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Partis pour effectuer le saut de l’Ange le soir du Nouvel An, depuis un immeuble de quatorze étages à Londres, 4 compères vont mutuellement se retenir, et, temporairement, renoncer à se jeter dans le vide, au moins pour un soir. Un peu dépourvus, il vont se revoir et, ensemble, effectuent progressivement, sans s’en rendre vraiment compte, une sorte de thérapie de groupe – pas du tout canalisée, voire même anarchique. Ils vont apprendre à s’écouter (plus ou moins), se disputer (beaucoup), décaler leur date d’envol vers l’inconnu et finalement développer une amitié pour le moins insolite.

Peut-on rire de tout? On entendra souvent spontanément autour de soi un « non » bien tranché. Car il y a des sujets graves, auxquels l’humour ne peut pas s’attaquer sans générer une levée de boucliers.
On pourrait penser que la tentative de suicide en fait partie. Et bien Nick Hornby réussit le pari de dédramatiser le thème. Avec une plume mordante, grinçante, il nous emmène dans une intrigue farfelue où la détermination d’en finir de nos quatre personnages principaux va être durablement contrariée.

Les personnages sont caricaturaux et en même temps très crédibles. Malgré la tristesse de leurs vies, on ne peut pas s’empêcher de rire des aventures qui leur arrivent. Nick Hornby, sarcastique à souhait, nous dépeint des vies dont le degré de solitude et de désespoir va crescendo. Au niveau 0, on classe le cas le moins grave : une ado (pas vraiment) rebelle à qui on secouerait bien les puces, puis un musicien qui n’arrive pas à émerger et voit ses rêves de star s’écrouler. Au niveau supérieur, un homme qui par sa propre bêtise et ses appétits sexuels mal placés perd famille et travail. Et le pire du pire, le top level de la destinée frappée par des Dieux pas contents, une femme à la vie sacrifiée, qui en une nuit sans lendemain est tombée enceinte et a accouché d’un handicapé moteur complet, incapable de la moindre communication, qui la contraint à tout abandonner pour lui.

A travers le prisme de leurs états d’âme se dresse le portrait cynique de la société. Le second degré est omniprésent, teinté ça et là de touches émotionnelles qui serrent la gorge à quelques reprises. Véritable catharsis, les personnages se livrent, montrent leurs faiblesses, leurs amertumes et déceptions, les petits riens qui suffisent à les rendre plus heureux et au travers de leur détresse, de leur fragilité, témoignent de leur humanité.

Un livre drôle et émouvant, un must read que j’ai dévoré, qui une fois de plus souligne la force du style de l’auteur, que l’on reconnaît aisément et qui en même temps sait se renouveler, pour notre plus grand plaisir. Je ne le recommande cependant pas à ceux qui sont trop sensibles à ce type de sujet et hermétiques à l’humour très particulier qui caractérise l’écriture de Nick Hornby. So british.

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