Au Zénith- labiblidemomiji

Au Zénith est bien plus qu’un roman, c’est un acte d’écriture engagé, le cri de cœur d’une auteure qui témoigne des désillusions politiques de son pays, le Vietnam. Un livre poignant, qui présente avec beaucoup de retenue et de perspicacité les bouleversements, les égarements et les conséquences d’une Révolution ratée. Une Révolution qui a combattu, pour mieux les recréer, l’injustice, la corruption et les inégalités.

4 voix se succèdent comme des actes d’une pièce, se font écho et s’entremêlent dans ce récit, souvent triste, mais chargé d’une écriture poétique.

Tout commence avec celle du « Président » – on devine tout de suite qu’il s’agit Hô Chi Minh. A l’automne de sa vie, en pleine guerre contre les Américains, il est mis à l’écart de la vie politique par les plus haut gradés, qui attendent sa mort et se servent de lui comme symbole et caution à toutes leurs exactions. Il fait alors son introspection et le bilan de sa vie, torturé par les remords et les regrets, que la mort d’un vieil homme du Village à proximité de lui attisent.
Autour de lui se déploient 3 lieux, temps et personnages, dont les points de vue donnent toute l’ampleur à la narration.
Celui du village des bûcherons relate la mort d’un notable. On découvre alors la vie de cet homme, qui envers et contre toutes les tradition et sa famille, impose son union avec une femme beaucoup plus jeune.
Puis, celui de Vu succède. Ministre intègre, désespéré par la corruption qui a envahi jusqu’au cœur de sa femme, il aime plus le fils du Président, qu’il a pris sous son aile tout petit, que le sien, qui prend tous les vices de sa belle-famille. Sous ses yeux se déploie la palette du cynisme, de la soif inextinguible de pouvoir à laquelle il assiste et dont il rêve de s’échapper, ne se faisant plus aucun espoir quant à l’avenir de son pays pour lequel il s’est tant battu.
Enfin, nous suivons le regard du beau-frère de la regrettée bien-aimée du président, chargé de rancœur et d’amertume. Se dessine sous nos yeux toute la tragédie de sa famille brisée par les intérêts d’une nouvelle classe politique corrompue, déterminée à éliminer sans distinction tout ce qui se met en travers de son chemin.

Dans cette fiction se lisent en filigrane les souffrances de Duong Thu Huong. Issue d’une famille révolutionnaire, membre du Parti communiste, engagée jusqu’au bout des ongles, ses prises de positions en faveur des réformes démocratiques, des droits de l’homme font d’elle une personne populaire dans les années 90 au Vietnam. Mais pas dans les sphères du pouvoir, qui l’excluent du Parti en 1990. Arrêtée et emprisonnée arbitrairement, un mouvement de protestation mondial permettra sa demi-libération en 1991 : elle est en effet assignée à résidence à Hanoi jusqu’à son arrivée à Paris en 2006.

La lecture de ce roman est passionnante et, ce qui ne gâche rien, la description des campagnes et des nombreux mets vietnamiens, accompagnant la vie quotidienne comme les fêtes et les coutumes ancestrales, vient d’autant plus nous immerger dans l’atmosphère du récit. Des traditions que la Révolution n’arrive pas à détruire. Rythmant le récit, ces passages sont aussi là pour rappeler que certaines choses ne disparaissent pas, quoi qu’il arrive.

Publicités