Igor Laforgue, Joseph Pritsky et Nourdine Kader sont trois ado du quartier de Belleville. Quand Monsieur Crastaing, leur effrayant professeur de français, les surprend avec un dessin où une cohorte d’élèves clame «Crastaing salaud la classe aura ta peau», ils écopent d’une punition : une rédaction à rédiger. Le sujet ? Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants. Racontez la suite. Avec son mot d’ordre habituel : « L’imagination, ce n’est pas le mensonge ! ». Sauf que l’imagination rejoint désespérément la réalité. Et bien évidemment, Crastaing a disparu…

Transformés en grand format, nos trois compères vont, en plus de devoir se dépêtrer de cette situation et gérer leurs proches retombés en enfance, être amenés à s’interroger sur eux-mêmes, la vie adulte. Et vont tout faire pour retrouver au plus vite leur situation initiale, dont ils veulent finalement bien encore profiter.

L’histoire de cette belle amitié est racontée par le fantôme du père d’Igor, mort après une transfusion sanguine, qui entrecoupe la narration par des épisodes de sa vie, qui accompagnent et rythment le récit. Ce parti-pris offre une vision omnisciente nous permettant de plonger au cœur de chacun des personnages. Daniel Pennac les dépeint avec beaucoup de tendresse, d’humour et de justesse. Comme à son habitude, il nous fait nous attacher à ces vies en qui on se reconnaît forcément à un moment ou à un autre. Son style, parfois poétique, imprégné de l’enfance, fait la part belle à l’humour. On rit beaucoup de certaines situations et répliques mordantes.

L’auteur réussit aussi à distiller en trame de fond des problématiques plus complexes : la nécessité de laisser à l’enfant le temps de vivre et de se construire, l’intégration de la deuxième génération d’immigrés et bien d’autres questions, sur le rôle d’adulte. Ce conte de fée plein de vie et d’imagination rejoint la morale des fables, sans pour autant jamais poser de jugement. Encore du grand Pennac !

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