Chagrin d’école. Un titre qui ouvre la porte aux souvenirs des douces (ou pas) années passées au primaire, collège et lycée. Un livre qui m’a fait sourire, qui a fait se bousculer au portillon une foule de petites choses dans ma mémoire, agréables et tristes. Un livre qui pourtant n’est pas du tout orienté sur la nostalgie.

Daniel Pennac  se livre ici au lecteur en nous parlant de son enfance et adolescence marquées par la honte d’être un cancre, quand tous dans sa famille réussissaient si bien. Ces confidences sont émouvantes. L’auteur ne cache rien : la colère, les frustrations, l’envie, le dégoût, toutes les émotions liées à l’échec scolaire par lequel il est passé sont exposées à nos yeux, sans fausse façade. J’ai particulièrement apprécié la franchise avec laquelle il s’exprime. Surtout, et il a grandement raison, il démonte le discours franchement imbitable de ceux qui pour se donner le sentiment d’être cool une fois que tout va bien pour eux, répètent à tout va qu’ils étaient des vrais cancres en classe. Alors que non. Parce que Daniel Pennac nous emmène dans le cheminement que vit un cancre et nous démontre à quel point, quand on en a été un vrai, on n’a pas envie de s’en vanter, car il s’agit d’une vraie souffrance.

Le cancre devenu professeur de français s’interroge tout au long du livre sur la fonction de professeur, ses difficultés, comment les affronter, le mur entre le savoir et l’ignorance qu’il doit arriver à faire grimper à ses élèves. Teinté d’idéalisme mais sans jamais tomber dans la mauvaise foi ou la langue de bois, l’auteur montre que si la profession implique d’y croire et d’être chaque jour animé de la volonté de transmettre, de faire repartir ceux qu’il nomme les hirondelles égarées, les miracles ne peuvent pas toujours arriver.

J’ai été émue par ce livre, qui m’a fait beaucoup réfléchir. Chagrin d’école est clairement un livre qui a divisé mes amis enseignant(e)s, professeurs qui tout comme moi l’ont lu et avec qui j’ai pu échanger.

N’étant pas moi-même un membre de ce noble métier que je défendrai toujours face aux pourfendeurs qui osent critiquer les instituteurs et les professeurs en les traitant de fainéants, d’incapables, incompétents, « payant les conséquences du mai 68 qu’ils ont tant voulu » (si, si, je vous assure qu’on me l’a sortie cette phrase), j’ai trouvé intéressant de solliciter leurs avis, à celles et ceux confrontés à la réalité de l’enseignement au quotidien.

Je comprends que certains aspects du livre puissent agacer des enseignants qui ont le sentiment que le livre emprunte trop à l’idéalisme par rapport à une réalité de plus en plus complexe, difficile et où ils ne sont pas soutenus. Cependant, ensemble nous avons été d’accord pour dire que Daniel Pennac rend ici un très bel hommage aux professeurs et à leur courage.

Une lecture agréable, avec par moments quelques longueurs, mais qui ne gâche pas le plaisir et la fluidité globale du livre. Je pense, et c’est là une opinion très subjective, que ce livre gagnerait à être lu et partagé davantage en cours, qu’il ouvrirait à des discussions et des échanges positifs. Surtout, il revaloriserait celles et ceux qui ont le sentiment d’échec insurmontable, ces cancres qui sont déjà tant moqués et décriés dans leur environnement, mais aussi dans les livres que le programme de lecture scolaire « traditionnel » met à leur disposition. Mais encore une fois, c’est l’idéalisme qui prend le risque de se cogner fort au mur de la réalité.

Publicités