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En 1950, Mizoguchi, un novice amené à devenir moine zen, comme son défunt père, brûle le Pavillon d’Or. Ce temple de Kyôtô est l’un des plus sacrés au Japon. Ce fait divers a ébranlé un pays exsangue par la guerre, sorti en ruines et devant se construire de nouveaux repères. Qui est Mizoguchi et pourquoi a-t-il œuvré à la destruction d’un monument considéré comme l’incarnation de la Beauté? C’est ce que Yukio Mishima tente de comprendre, et de nous faire comprendre, en nous plongeant dans un récit introspectif, où la voix de Mizoguchi raconte les enchaînements ayant mené à cet acte.

Yukio Mishima dépeint la souffrance, la haine, d’un être atteint de bégaiement, perçu et se percevant comme laid, pauvre et qui déteste sa mère. Aux descriptions d’une enfance misérable et marquée par le handicap du langage succèdent les années de noviciat où Mizoguchi va peu à peu fomenter son projet de destruction du temple, tiraillé, au travers de ses amitiés, entre le bien et le mal. Celle d’abord avec Tsurukama, le bienveillant, puis celle avec Kashiwagi, pervers et manipulateur, qui aura une influence croissante sur lui. temple, inatteignable par Mizoguchi, l’obsède, le rend malade. Comment pouvoir vivre, réellement vivre avec la Beauté que symbolise le Pavillon d’Or et qui l’entoure ? Il ne trouvera qu’une issue : l’acte du mal absolu, l’anéantissement de ce lieu, pour enfin avoir le sentiment d’exister et de pouvoir s’épanouir.

Yukio Mishima appartient à la même classe d’âge que Mizoguchi au moment où les faits arrivent. L’écriture de l’auteur s’en ressent. Au travers de ce récit se dresse la volonté d’une analyse psychologique, révélatrice des préoccupations de Mishima : l’équilibre des forces du bien et du mal, leur définition même, et surtout, la question du Beau. L’auteur nous emmène à la découverte d’un personnage mais élargit un fait divers à un panel de questions philosophiques.

J’ai apprécié cette lecture, terrifiante par moments, tant la folie gagnante de Mizoguchi imprègne le récit. J’ai dans l’ensemble beaucoup apprécié l’angle emprunté par l’auteur face à cet événement tragique. Yukio Mishima réussit à offrir une place forte au lecteur, qui tout en découvrant les cheminements de la pensée de Mizoguchi, peut aisément prendre du recul et se sentir impliqué par les interrogations soulevées.

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