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Dans ce livre, le narrateur nous fait partager sa vie intime, enfin, plus précisément, celle de son corps. Tout au long de son existence, de manière plus ou moins clinique, avec plus ou moins d’implication personnelle, il écrit, avec une constance remarquable, ses sensations physiques, résultant de ses états d’âme, de facteurs extérieurs, de l’évolution de la mécanique des organes au fil des ans. Avant sa mort, il les lègue tous à sa fille. Et ce qui aurait pu ne ressembler qu’à un simple compte-rendu médical devient plus puissant que tous les secrets que l’on pourrait trouver dans n’importe quel journal intime…

Je retrouve un de mes chouchous, Daniel Pennac, qui encore une fois m’impressionne et m’éblouit. Comme d’habitude, son style fluide et sa plume m’ont fait m’accrocher à cette lecture sans pouvoir m’en départir. Au travers de la singularité d’un homme qui retrace le parcours de son corps qu’il entraîne, puis traîne avec les années qui passent, c’est de nous tous qu’il parle. Bien évidemment, les différences biologiques entre homme et femme font que l’exploration interne ne peut être universelle et tout un pan manque forcément. C’est d’ailleurs ce que regrette notre narrateur : « Si je devais rendre ce journal public,  je le destinerais d’abord aux femmes. En retour, j’aimerais lire le journal qu’une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin de mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu’un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l’encombrement de leur sexe ».

Sans gêne, le narrateur dévoile tout de ce qu’il perçoit et ressent. Il y a des passages lus dans le métro où je ne vous cacherai pas que je ne pouvais m’empêcher d’espérer que personne ne lisait par-dessus mon épaule, tels que ceux sur la masturbation (ah ! Le jugement d’autrui, penser à s’en émanciper encore et toujours en 2014). C’est très réaliste mais en même temps jamais ennuyeux. On suit la vie de notre ami et celle de tous ceux qui la partage. Car il tente également par moments d’analyser aussi le corps des enfants qu’il voit grandir, les différences, les ressemblances. On suit le petit garçon qui entre en Résistance à l’adolescence. Puis qui devient un grand monsieur, rattaché au Ministère. Mais jamais les émotions et les états d’âme ne prennent le pas. Le peu de fois où quelques lignes sur l’amour, le désir, le doute s’immiscent, notre narrateur se reprend immédiatement. Et pourtant, ces descriptions sont émouvantes, drôles et font même monter les larmes aux yeux par moments.

On se prend au jeu et on se met à être davantage attentifs à ce que notre corps nous envoie comme signaux ! Bon, par contre, je n’aurais pas la patience de tenir avec autant de méticulosité un journal de ce genre (déjà que le peu de journal intime que j’ai tenté de tenir à jour a été à chaque fois rapidement mis aux oubliettes).

C’est un bel exercice que cet ouvrage assez unique dans son genre (du moins à ma connaissance). Je n’étais pas forcément fan de l’idée avant de me lancer dans cette lecture et je suis contente d’avoir dépassé ce premier mouvement de recul. Si vous aimez Pennac, foncez. Et si vous ne le connaissez pas, foncez aussi, vous ne serez pas déçus !

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