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A partir du XIXè siècle, de nombreuses Japonaises embarquent vers l’inconnu : les Etats-Unis, où leur futur mari, qu’elles ne connaissent que par lettres, les attend. Elles partent avec angoisse, mais aussi avec des attentes et des espoirs… qui s’effondrent à leur arrivée. Elles doivent désormais affronter cette nouvelle vie brute, où l’ardeur du labeur se joint à la dureté du regard des Américains sur cette minorité visible.

Ce livre a été une lecture rapide mais qui a retenu toute mon attention du début à la fin.

C’est d’abord dû à la narration, qui prend le parti d’une mise à distance, au moyen d’un point de vue externe mais aussi de par la volonté de ne pas singulariser les personnages. Le style est concis, musical et transpose subtilement la pudeur de ces femmes, leur discrétion, leurs peurs mais aussi, parfois, leurs joies.L’emploi constant du « Elles », « Nous », de phrases courtes qui s’enchaînent, décrivant des émotions contradictoires, des vécus et ressentis opposés au sein d’une même situation nous permet de rentrer dans un c(h)œur de voix qui crée un vrai rythme. L’auteur, dans une interview au Huffington Post, explique par ailleurs ce choix : « Cette voix collective me semblait convenir tout à fait aux particularités de la culture japonaise. Le Japon est une société où le collectif prime toujours sur l’individuel, où il est mal vu d’avoir une forte personnalité, où il importe de se fondre dans le groupe »

C’est aussi parce que le thème du livre est émouvant et tout en étant une fiction, témoigne de faits réels. Au-delà du parcours de ces femmes, de leur vie de famille, du rapport qu’elles ont avec leurs enfants, c’est une histoire de cette immigration, un pan de l’histoire des Etats-Unis qui est dévoilé, avec leur regard. C’est aussi parce qu’il relate l’internement des Japonais et Américains d’origine japonaise dans des « War Relocation Camps » après l’attaque de Pearl Harbor, fait qui n’est pas très connu. Julie Otsuka a pris son temps pour écrire ce livre (8 ans), car elle souhaitait non seulement laisser à son écriture le temps de mûrir, mais aussi parce qu’elle a pris le temps de se documenter (archives, témoignages…). Ce qui est tout à son honneur et donne encore plus de force à son récit.

L’auteur est elle-même issue de la communauté japonaise, elle fait partie de cette deuxième génération qui se pose plus de questions que ses parents et grands-parents, libérée du poids des tabous et du silence qui leur ont été imposés pour survivre. J’ai beaucoup aimé son cheminement et j’ai maintenant hâte de découvrir son premier roman, Quand l’empereur était divin.

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