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Zazie, très jeune provinciale effrontée au langage peu châtié, se rend à Paris chez son tonton Gabriel pour quelques jours, le temps que sa moman prenne du bon temps avec son nouveau Jules…Zazie n’a qu’une idée en tête : voir le Métropolitain. Pas de chance, il est en grève. Il va cependant falloir occuper cette gamine qui n’a pas sa langue dans sa poche…

Dans ce livre, Queneau ne cherche pas à dresser un récit logique, rempli d’actions, il n’y a pas de trame narrative qui nous emmène d’un point A à un point B. Bien au contraire, il ne se passe pas grand-chose. A peine arrivée à Paris, Zazie, contrariée de ne pas pouvoir crapahuter dans le métro, va partir la fleur au fusil se promener dans la capitale, en faisant la rencontre d’un satyre, qui se révèlera ensuite être un « flicmane », puis encore bien d’autres identités. Bref, on ne comprend pas trop qui il est vraiment. Elle va au passage découvrir que son tonton est une danseuse de charme, mais attention, pas un « hormosessuel ». Tenter d’aller visiter ce qui semblerait être la Sainte-Chapelle et passer plus de temps dans les bars qu’on ne devrait à son âge. Elle va se poser beaucoup de questions sur la sexualité (assez détonnant pour l’époque où a été écrite ce livre, 1959), et trouver les adultes qui l’entourent bien bizarres.

Zazie pourrait en ennuyer certains, moi il m’a fait beaucoup rire. La gouaille de cette gamine qui évoque très naturellement que sa mère a explosé le crâne de son père à la hache, le côté Paris populaire et son argot, les jeux de mots de l’auteur, les néologismes, les joutes verbales plus invraisemblables les unes que les autres sont absurdes et l’oralité du récit peut dérouter. J’ai personnellement adoré. Zazie, qui ponctue la majorité de ses phrases d’un « mon cul » bien tranché, remet en cause avec un brin de naïveté et surtout beaucoup d’audace les conceptions et avis bien établis des grands, les met au pied du mur et les oblige à s’exprimer sur les non-dits, les tabous.

On enchaîne les scènes, les rencontres, ça va à toute vitesse et on pourrait se croire dans une pièce de théâtre tant de par le rythme que par le style de l’oeuvre. Les personnages sont hilarants, jouant sur des registres variés : le tonton Gabriel est autant capable d’être pris d’un excès de lyrisme philosophique que d’en venir aux mains dans une verve digne des Rousseau des ruisseaux. Un perroquet vient animer l’ensemble, Laverdure, et berce le récit de son éternel « – Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. ». Peut-être la seule parole censée de ce livre.

Lecture piochée au hasard dans la bibliothèque de notre lieu de vacances, Zazie dans le métro se dévore en un rien de temps. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, ce livre marque les esprits et révèle le don de Queneau pour manipuler les mots et pour manier un humour particulier certes, mais hors du commun, ce qui m’a plu. Il ne me reste plus qu’à découvrir l’adaptation ciné de Louis Malle.

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