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Quand on est professeur de culture générale dans un lycée technique où le niveau intellectuel n’atteint pas celui des pâquerettes, qu’on vous refuse une promotion depuis des années et qu’on aborde la quarantaine avec une femme hystérique qui vous harcèle à longueur de temps et vous agonise de reproches, il y a de quoi aller mal. Alors quand une énième lubie de sa femme entraîne Henry Wilt dans une soirée qui tourne très mal, il prend sa décision. Celle qui lui pourrit la vie, cette cruche pour qui le dernier qui a parlé a raison, il va l’assassiner. Il croyait vivre l’enfer, mais la suite des événements va lui prouver qu’il n’en avait connu qu’un avant-goût…

Merci beaucoup à Maud de m’avoir prêté ce livre, qui m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Si vous voulez vous plonger dans une lecture où se marient le cynisme à l’humour british, n’allez pas plus loin, Tom Sharpe répondra à vos attentes ! Avec un dosage savamment orchestré de caricature, de vaudeville, de grossièreté, d’absurdité et de rebondissements loufouques, l’auteur nous embarque dans la vie d’Henry Wilt et permet de relativiser grandement sur nos petits soucis du quotidien.

Par quoi commencer ? Nous avons affaire ici à un condensé d’idées et d’opinions très tranchées et à un récit vif et mordant !

Henry Wilt, Eva – sa femme – Gaskell et Sally, le couple made in USA très bizarre qui va profiter de la crédulité d’Eva pour lui faire faire et croire les pires âneries, mais aussi l’inspecteur Flint, sont des condensés de clichés adjoints chacun d’une forte personnalité qui donnent du tonus et un pep’s fou à l’intrigue.
Henry Wilt, notre héros, a une capacité à élaborer des monologues sans queue ni tête, à inventer n’importe quelle histoire pour faire craquer l’adversaire qui est hilarante. Mais c’est surtout sa passivité et son calme face à l’agressivité de sa femme obsédée par le Hoover et le Harpic ainsi que par tout ce qu’elle ne comprend pas mais qui lui paraît hype – comme la méditation transcendantale-, qui en font un personnage aussi énervant qu’attachant.
Eva, on lui collerait volontiers de nombreuses paires de gifles avant de la prendre en pitié parce qu’au fond, c’est une sorte de desesperate housewive qui cherche à trouver un sens à sa vie. Et quand elle croit le trouver auprès du couple américain qui débarque en Angleterre avec des théories en vogue à l’époque (pour rappel, Tom Sharpe a écrit l’ouvrage dans les années 70), elle déchantera vite après avoir eu l’impression de toucher du bout du doigt le monde VIP des universitaires et des femmes libérées.

Car c’est ici tout le sel et le piment de ce livre : on nous livre sur un plateau d’argent une satire sociale qui n’épargne rien ni personne, sur fond d’enquête criminelle. Le système scolaire, la petite bourgeoisie, les dérives et les manipulations engendrées par les théories libératrices de l’époque quand elles sont utilisées par des personnes aux intentions douteuses, et bien d’autres encore ! Avec un regard affûté (l’auteur porte bien son nom), Tom Sharpe nous entraîne dans une vision beaucoup moins dorée et idolâtrée de cette décennie, bien loin de l’ambiance des dance floors de Saturday Night Fever. Mais toujours avec beaucoup d’humour !

Si l’auteur s’est vu décerner le Grand Prix de l’humour noir pour l’ensemble de son oeuvre en 1986, ce n’est pas un hasard. Henry Wilt et ses aventures m’ont fait beaucoup rire et il semble bien que je ne sois pas la seule ! Même les âmes sensibles doivent absolument ne pas s’abstenir. C’est un petit bijou littéraire déjanté qui vaut le détour et qui pour ma plus grande joie, à une suite. Qui n’a pas l’air de se dérouler en eaux calmes d’après son titre : Wilt, tome 2, Comment se débarrasser d’un crocodile, de terroristes et d’une jeune fille au pair.

To be continued…

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