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Amélie est retournée au pays de sa jeune enfance en 2012, à l’occasion du tournage d’un reportage télévisé la mettant à l’honneur. L’occasion pour elle de se rappeler au bon souvenir de ceux qui sont inévitablement liés à son Japon. Pour l’auteure, « Tout ce que l’on aime devient une fiction » et la question de la nostalgie se pose inévitablement…

Comme souvent, Amélie a réussi à me faire passer un très agréable moment de lecture. Ce que j’aime chez elle, c’est son univers, son style, reconnaissable entre tous, un mode de pensée qu’elle ne cherche pas à parer de faux atours. Elle manie sa plume avec simplicité mais générosité, ce qui rend ses textes accessibles sans jamais tomber dans le jeu de la facilité. Elle nous emmène dans son cheminement comme si l’on faisait une belle promenade.

Amélie nous livre un récit sincère et juste, sans chercher à cacher ses émotions, mais sans en faire un étalage mélodramatique. Il y a une grande part d’introspection, sans que l’auteure soit jamais pesante ou encombrante. Celles et ceux qui ont lu plusieurs de ses autres livres y retrouveront des rappels par touches légères qui s’intègrent harmonieusement au récit. Au fil de ses rendez-vous et rencontres qui s’intercalent pendant le tournage (dont la caméra semble devenir par moments oppressante), on en apprend davantage sur le contexte de certaines de ses publications précédentes (le déjeuner avec son interprète, son éditeur japonais et la traductrice de Métaphysique des tubes en japonais est un exemple frappant et un moment mémorable du livre!). On suit une Amélie fragilisée par son manque de pratique de la langue qui dresse un obstacle à la communication avec des êtres chers comme sa nounou, Nishio-san. On redécouvre son ex-fiancé devenu  bijoutier et à la tête d’une école.

On se balade dans un Japon qui a forcément changé depuis sa dernière visite, qui n’est pas non plus tout à fait le même par rapport au pouvoir que l’imagination confère aux souvenirs. Que le tremblement de terre de 1995 à Kobé où elle a passé son enfance a irrémédiablement changé, que Fukushima a gravement endommagé. Elle déambule dans un Tokyo qui a évolué pour répondre aux besoins de l’urbanisation, elle revit un Kyoto qu’elle qualifie de plus belle ville du monde. Entre mélancolie et poésie, la description qu’elle nous livre de ses impressions lors de sa visite des lieux est plutôt en retenue mais c’est ce qui lui donne justement toute sa force. J’ai trouvé les retrouvailles avec son école maternelle émouvantes. Elles nous rappellent le caractère éphémère de la vie et les souvenirs d’autant plus forts, précieux que l’on conserve, même s’ils ne sont pas toujours tout à fait réels.

La note de fond, de ce livre jaillit quand son interprète utilise le mot « nostalgy » au lieu de « natsukashii » pour évoquer le sentiment de nostalgie que ressent Amélie, lors d’une interview. Car si l’adjectif japonais évoque la joie de se remémorer des instants chers avec joie, notre mot occidental se rapporte à la notion de douleur et de tristesse, émotion que l’interprète pense déceler dans les traits d’Amélie. La nostalgie triste n’est pas une notion japonaise comme elle lui affirme. Ce passage enclenche toute une réflexion qui reste en filigrane jusqu’à la dernière page.

Le voyage d’Amélie se présente au final comme une quête personnelle et tel un parfum, il est une note de coeur qui annonce une fragrance plus persistante qui va s’inscrire dans notre mémoire. Il nous laisse sur un sentiment d’apaisement qu’elle semble avoir un peu trouvé. Je vous le recommande donc chaudement, ne serait-ce que parce les livres d’Amélie Nothomb sont à chaque fois une belle promesse et qu’ils me touchent toujours.

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