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Nichée à Tôkyô, la brocante Nakano est un lieu rempli d’objets variés et insolites, allant du réchaud à la robe d’occasion. Haruo, le propriétaire, est aidé par deux jeunes employés, Hitomi et Takeo, mais aussi par sa soeur, Masayo, artiste passionnée par la confection de poupées. Tout ce beau monde s’entremêle et les chemins se croisent, les conversations s’animent et retombent, les amours et les questionnements aussi. La brocante Nakano, c’est un peu le miroir de la vie…

Telle une scène de théâtre, vivante dans un lieu statique, la brocante Nakano est le siège de la rencontre, de l’échange, du hasard et des découvertes. C’est un roman aussi agréable qu’une brise en plein été, qui vient apporter de la fraîcheur et de la spontanéité. La vie s’y épanouit avec tendresse et délicatesse, le hasard parsème des petits bonheurs entre ces êtres, qu’on suit dans leurs déambulations, tant dans la ville que dans leurs têtes.

D’où vient tout le charme que j’ai trouvé à ce récit ? Très probablement du cadre temporel. Si l’histoire se déroule à notre époque, on met un petit moment à s’en rendre compte. Sans la mention des téléphones portables pour ne citer qu’eux, on aurait en effet l’impression d’être davantage dans le Japon d’après-guerre. Non pas tant à cause des mentalités que des manières un peu désuètes de Haruo et Masayo, des objets les entourant, de la description des lieux rappelant la beauté des boutiques anciennes. Mais aussi de la perception de la ville vécue au travers du regard des personnages.

On se prend très vite au jeu du magasin et à son rythme, jalonné par les récupérations d’objets modernes ou vieillots dont les propriétaires veulent se débarrasser aux quatre coins de la ville, les ventes aux enchères, les visites d’Haruo à sa maîtresse, celle de Masayo à la boutique. La brocante devient notre patio où on parcourt les étagères plutôt bien ordonnées, où l’on conseille un client, où l’on tente de percer le mystère d’un homme cherchant à tout prix à vendre un céladon soi-disant maudit.

Mais c’est surtout à la tribu qui gère le magasin que l’on s’attache. Déjà parce qu’ils ont chacun une personnalité bien frappée, chacun à leur sauce. On est touché par les amours adolescents d’Hitomi et de Takeo, deux êtres timides qui craignent d’entrer dans l’âge adulte, par ceux régressifs d’Haruo, coureur de jupons qui a un peu peur de vieillir. Mais ceux de Masayo sont les plus comiques dans un certain sens. Son caractère flamboyant, sa franchise et sa légèreté apportent beaucoup de pep’s au récit. On s’intègre dans le récit avec facilité et bientôt, on croit partager leurs repas au fond de la boutique, entendre leurs secrets se dévoiler, leur fragilité. Il s’en dégage une grande douceur, une convivialité aiguisée. Très vite, on perce la coquille des apparences solides, autour d’un bol de nouilles, de raviolis, d’une tasse de thé, qui font relâcher les tensions et ouvrent aux confidences. La nourriture tient par ailleurs une vraie place dans ce roman et les plats évoqués ont la simplicité et le délice de l’improvisation chaleureuse !

Tout ça avec un bel entrain. On ne tombe à aucun moment dans un apitoiement larmoyant qui nous ennuierait rapidement. Au contraire, le livre regorge d’ondes positives. Hiromi Kawakami manie sa plume avec poésie et musicalité. Chaque chapitre se déroule avec un angle d’attaque différent, un nouveau pan de vie, une nouvelle affaire, si bien que notre curiosité est sans cesse sollicitée.

Que vous dire de plus pour vous persuader ? C’est un roman où on rit beaucoup car les personnages font preuve d’un sens aiguisé de l’humour et leurs réparties sont mordantes. Mais il éveille également notre tendresse face à la naïveté, l’hésitation, les doutes que nos personnages manifestent à de nombreuses reprises. La brocante Nakano, c’est un peu nous tous à bien des égards, avec comme paysage un Tôkyô urbain mais empreint de ses traditions et de son intemporalité caractéristique. Un très bon moment de lecture en somme.

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