mêléeouverteauzoulouland-labiblidemomiji

Dans l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid, une vieille aristo fan de caoutchouc et très portée sur les armes tue son amant zoulou par passion. Ce qui ne plaît guère aux forces de police, qui aimeraient bien étouffer l’affaire. Mais à peine mettent-ils les pieds sur sa propriété de Jacaranda que le cauchemar commence et ne semble pas pouvoir s’arrêter…

Tom Sharpe, que j’ai découvert avec les aventures de Wilt 1 et Wilt 2, a écrit cet ouvrage en 1971, dix ans après avoir été expulsé de l’Afrique du Sud, où il avait écrit et représenté une pièce de théâtre contre le régime de l’apartheid. Dans Mêlée ouverte au Zoulouland, il règle bien ses comptes, notamment avec les colons et les policiers qui persécutent, torturent les populations indigènes, et dresse un portrait au vitriol d’une société raciste et abjecte, aux valeurs arriérées. Le tout avec un humour bien relevé et qui a dû donner des maux d’estomac à tous ceux qui se sont reconnus d’une manière ou d’une autre dans le récit (et tant mieux !).

L’idée du livre me plaît énormément : dénoncer, au travers d’un récit farfelu et plein de traits d’esprit, l’absurdité de l’apartheid et des dérives que cette idéologie a engendrées. Mais j’ai eu du mal à rentrer dedans, à m’accrocher à cette lecture. Je ne me suis sentie happée par l’histoire que dans le dernier quart, page 193 exactement ! (Ne me demandez pas pourquoi, c’est vraiment étrangement à cet endroit qu’un déclic et un intérêt forts sont apparus).

Pourquoi ? J’ai pourtant retrouvé la même plume qui m’a fait pleurer de rire avec Wilt. Je dois vous confesser que c’est peut-être une certaine omniprésence de l’évocation du sexe (et plus précisément de l’appareil génital des messieurs) qui m’a un peu refroidie. Je me suis pas prude, le langage peu châtié d’Henry Wilt m’aurait sinon depuis longtemps hérissé le poil, mais j’ai trouvé que c’était trop. Il y a également beaucoup d’actions et de personnages qui s’enchaînent et s’entremêlent au début à un moment clé de l’intrigue et j’ai eu un peu de mal à retrouver mes petits. Ca démarre sur les chapeaux de roues et il faut s’accrocher très vite aux wagons pour ne pas perdre pied. Et j’avais peut-être besoin d’un démarrage plus en douceur au moment où je me suis mise à cette lecture. Donc ça ne partait pas très bien pour me faire apprécier l’ouvrage.

Mais au fil du récit, l’humour de Tom Sharpe, son ironie et son cynisme prennent le pas et on se régale de ses dialogues à double sens, des évocations élusives où il faut savoir lire entre les lignes. Surtout, il réussit jusqu’au bout à surprendre le lecteur par la tournure des événements. Un évêque pas très catholique, une vieille folle très rusée, un lieutenant complètement dérangé et un commandant aussi bête que méchant sont quelques uns des personnages qui ensemble donnent un cocktail Molotov d’enchaînements tous plus insolites et incompréhensibles les uns que les autres !

Avis mitigé donc, mais l’humour noir de Tom Sharpe vaut le détour, d’autant plus qu’il l’a mis ici au service de la défense d’opprimés qui avaient peu de voix pour eux à l’époque.

Publicités