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Un employé qui travaille dans le magasin d’antiquités Barococo observe au quotidien une habituée de la boutique qui n’achète jamais rien mais vient presque tous les jours, une Française fan de sumo qui leur a confié ses tableaux, les deux petites filles du propriétaire, Mikio, qui sont insolites chacune à leur manière, et tous ceux qui viennent flâner dans les lieux. Avec nonchalance, humour et détachement, il analyse le ballet de la vie se déroulant sous ses yeux et devient le confident de secrets, celui qui dépoussière l’insignifiant pour lui donner toute son esthétique…

Quand j’ai commencé cette lecture, j’ai immédiatement eu le sentiment de retomber dans la même ambiance que celle de La brocante Nakano de Hiromi Kawakami. J’avais peur de la redite mais au final, il n’en est rien ! S’il y a en effet des résonances certaines de par le contexte spatio-temporel, les personnages, l’histoire et la plume diffèrent, ce qui m’a permis de l’apprécier à sa juste saveur !

Ce récit à la première personne nous fait cheminer dans les déambulations du personnage principal, dont le nom nous sera inconnu jusqu’au bout. Se présentant lui-même comme un lève-tard rechignant quelque peu à la tâche, on le rejoint au moment où il a emménagé au premier étage du magasin. Dès lors, nous le suivons dans ses occupations, dans les conversations plus ou moins élaborées qu’il entretient avec celles et ceux qu’ils rencontrent. Même les échanges les plus insolites deviennent naturels et comme lui, on apprend à regarder d’un oeil neuf ce qui ne compte pas aux yeux des autres, à apprécier la beauté d’une vitrine scintillante, même si elle souligne davantage la poussière de la boutique.

Les événements les plus simples sont racontés avec une légèreté qui leur donne toute l’importance qu’ils méritent. Au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture, notre narrateur apprend à découvrir davantage les être l’entourant. Asako, l’une des petites filles du propriétaire, qui en plein hiver passe ses journées dehors à créer des boîtes en bois pour son projet artistique de fin d’année, Yûko, la cadette fan de mangas et qui a des horaires étranges pour une fille censée fréquenter le lycée du soir. Mais aussi Françoise, l’amoureuse du Japon qui leur offre à tous, lui et la famille de Mikio, des billets pour assister à des combats de sumo, cependant que Mizue, l’habituée qui n’achète jamais rien lui confie ses rêves, ses projets et ses peurs, entre deux coups de peinture dans la boutique, et en partant toujours à toute allure quand elle se souvient qu’elle a rendez-vous. Avec lui, tous les moments de vie deviennent uniques et se chargent d’une poésie belle et subtile.

Barococo est une lecture qui se parcourt aisément en un jet, où l’on se prend au jeu et qui nous emmène de Tôkyô à Paris. Avec une maîtrise parfaite de l’enchaînement du récit, l’auteur nous régale d’une plume laissant place à beaucoup d’humour. On s’attache aux personnages et aux messages de ce livre, à la philosophie de vie qui en ressort, celle de l’appréciation de l’instant présent, de la beauté du hasard et des rencontres inattendues. Il s’en dégage une petite magie qui nous fait pétiller, comme les nervures du bois des boîtes d’Asako : identiques en apparence, elles témoignent, comme les instants fragiles et éphémères de l’existence, de leur singularité et de leur beauté.

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