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Doria, ado de 15 ans, vit avec sa mère dans une cité de Livry-Gargan. Son père les a quittées pour trouver une autre femme plus féconde au Maroc, qui sera capable de mettre au monde le fils que sa première épouse ne lui a pas donné. Autant dire que la vie n’est pas tous les jours joyeuse. Quand en plus les assistantes sociales et sa psy qui sent le Parapoux viennent mettre leur grain de sel, il y a de quoi se dire que le « mektoub », le destin quoi, s’acharne. Mais avec son humour et ses vannes, Doria, enfant des quartiers, est au fond pleine de vie et d’espoir.

C’est en regardant La Grande Librairie sur France 5 un soir d’hiver cette année que j’ai pu écouter Faïza Guène, auteure dont j’avais entendu parler de nombreuses fois, mais dont je ne connaissais pas grand chose, et dont je n’avais rien lu. J’avais beaucoup aimé son intervention, elle qui était venue parler de son dernier livre Un homme, ça ne pleure pas. Et puis, la PAL et le calendrier déjà bien rempli m’ont fait passer à autre chose, remettant à plus tard l’exploration de son oeuvre. Et c’est par hasard (qui s’appelle visite à la bibliothèque) que mon chéri a ramené son premier roman à la maison et que je lui ai impunément emprunté. C’était un signe.

Cette lecture est une bouffée d’air frais très agréable et surprenante. Ecrit en 2004, je me rends compte que Faïza Guène est vraiment de la même génération que moi et que l’humour mordant de Doria fait appel à un socle commun de références qui m’ont fait exploser de rire à de nombreuses reprises. Si cette adolescente n’a pas du tout une vie facile, souffre de la pauvreté, du regard des autres sur elle et sa mère, elle répond à sa manière à l’une des célèbres phrases de Françoise Sagan : « Ce n’est pas parce que la vie n’est pas élégante qu’il faut se conduire comme elle. » Elégante, Doria ne l’est pas toujours dans son langage, mais en tout cas, elle reste digne et garde le front haut en toutes circonstances. Elle s’en fiche qu’elle et sa mère ne fassent pas partie de la « jet-set » du quartier. Quand des filles de son âge se moque de ses habits récupérés au Secours Populaire, elle ravale ses larmes et ne réagit pas, pour ne surtout pas blesser sa mère. Par contre, quand son pote Hamoudi, qui la connaît depuis qu’elle est « haute comme une barrette de shit » se met à fréquenter une fille, là elle boude et a peur de perdre un de ses seuls amis de toujours. Et quand Nabil, l’enfant prodigue de la cité qui lui donne des cours particuliers l’embrasse par surprise puis l’ignore à la rentrée, elle est complètement dépourvue. Doria, c’est finalement une enfant comme les autres, qui se livre avec sincérité et qui est heureuse de petits bouts de petits rien.

La spontanéité, l’authenticité et l’innocence se mêlent à une ironie mordante qui jaillit tout au long de ce récit et en font une petite pépite pétillante. Doria n’épargne rien ni personne et à un regard féroce sur tout ce qui l’entoure.  Elle a toujours l’expression, la métaphore qui vient souligner avec justesse et cynisme l’incohérence du monde qui l’entoure, les clichés insupportables qui résonne à ses oreilles comme autant d’imbécillités constantes. Personne n’est épargné et tout le monde en prend pour son grade. Mais derrière cette carapace, Doria fait preuve d’une grande sensibilité et on s’attache réellement à elle. Je pourrais vous citer plus d’une de ses remarques pour illustrer mon propos, mais je préfère vous laisser savourer à votre tour ! Enfin, ce qui accroche notre regard, c’est l’oralité du récit : Doria s’exprime comme si elle écrivait un journal intime et y déversait le fil de ses pensées ou comme si elle nous parlait à nous. On se sent dès lors pris dans ses paroles et on a l’impression de vivre avec ses yeux sa vie quotidienne.

Kiffe kiffe demain se lit en un rien de temps et j’en suis personnellement ressortie avec le sourire et la pêche. Mettez-le vite dans votre PAL si ce n’est pas déjà fait !

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