les gens de la rue des rêves-labiblidemomiji

A Ôsaka, la rue des Rêves est remplie de commerces divers et variés. Dans cette rue, tous les chemins et les destins des personnages se croisent, s’imbriquent et s’entremêlent. Les fragments de vie rapportés permettent de constituer le puzzle de cette rue pleine de vie et de songes, où décidément, il se passe toujours quelque chose…

Poétique, entraînant et émouvant sont les premiers adjectifs qui me viennent spontanément à l’esprit pour qualifier ce bel ouvrage de Miyamoto Teru. Il faut avant tout rappeler que l’auteur est très attaché à la ville d’Ôsaka, grouillante et exaltée, que j’ai personnellement adorée lors de notre voyage en Octobre 2013. Il met en scène ici le quartier sud, celui historique des commerçants et use de portraits aussi différents que celui des magasins de la rue pour lui rendre hommage.

C’est une lecture où on est immédiatement immergé dans la vie de cette rue commerçante, où l’on a à peine le temps de se pencher sur un personnage que déjà, le prochain chapitre nous plonge dans la vie d’un autre. Déplaisant ? Point du tout ! En maniant un rythme dynamique marié à une écriture calme, l’auteur réussit à constituer des tranches de vies assez semblables à la réalité et à celle que l’on pourrait ressentir si nous faisions partie des Gens de la rue des rêves. Ce réalisme est touchant car il permet d’entrevoir, de découvrir des indices puis de rebondir sur une autre histoire, avant de revenir à un des personnages déjà introduit, qui tout en ayant son cheminement de base, se trouve mis au cœur d’une affaire, d’un événement. Ce parti-pris permet d’offrir au lecture une trame riche et dense, qui met en lien les êtres, et pas toujours comme on l’attend.

Je me suis particulièrement attachée à quelques personnages, notamment le principal, un poète célibataire, qui rêve de publier un recueil à compte d’auteur. En cheminant avec lui, on le voit entamer un changement de ses perceptions, de sa vision du monde et de l’amour. Même s’il s’en défend, il aime rendre service aux autres et œuvrer pour le bonheur d’autrui avant le sien. Au travers du regard de ce démarcheur proposant des cours à distance, on en apprend davantage sur la grand-mère attendrissante qu’on tente d’expulser de son minuscule bureau de tabac, sur le photographe homosexuel, sur le fils de l’horloger, cleptomane. Son attirance pour l’apprentie coiffeuse va se confronter à celle réciproque de l’un des deux frères boucher, et nous permettre de découvrir un autre aspect de la personnalité de cet ancien malfrat. Certains personnages sont plus à même de nous faire rire, comme le gérant du restaurant qui est assez grossier et drôle par moments. Comme dans un film, il y a des premiers et des seconds rôles bien orchestrés. L’alchimie prend : l’ensemble forme une structure très belle, un paysage complet où on se balade avec plaisir.

Au-delà d’un récit vif, porté par une esthétique littéraire pleine de douceur, le message que cette lecture porte nous laisse sur une touche apaisante et le sourire aux lèvres : en liant par le désir, les souvenirs, les rêves, les rencontres et les obsessions les vies de personnes très différentes, il rappelle les liens invisibles mais forts qui peuvent nous relier les uns aux autres. Ces existences fragiles et constamment perturbées par le cours de la vie nous sont relatées avec humour, délicatesse et parfois ironie, mais sans jamais tomber dans le mépris ou le jugement. On en ressort en gardant en tête qu’un petit geste, une main tendue, peut changer la vie de notre voisin comme la nôtre.

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