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Il y a des familles où on retient pas les leçons du passé. Celle des Wilt en fait partie. Quand Eva impose à Henry de passer son été à donner des cours d’histoire à Edward, le fils d’un couple aristo complètement timbré, elle pense avoir mis la main sur une aubaine formidable pour renflouer leurs comptes, payer les frais astronomiques de l’école privée des quadruplées et passer des vacances chics dans la résidence de Lady et Sir Gadsley. Elle semble avoir oublié qu’avec Henry et les filles, rien se passe jamais tranquillement et une fois de plus, elle va savoir quand les ennuis commencent mais pas quand ils finissent…

Tom Sharpe nous a quittés l’année dernière, le 6 juin 2013 précisément. Il laisse derrière lui une bibliographie dense et géniale, animée par la satire, le rire et des convictions fortes. Rappelons, comme j’ai pu en parler dans Mêlée ouverte au Zoulouland, son opposition à l’apartheid en Afrique du Sud et sa plume mordante contre sa terre natale.
C’est donc avec un peu d’émotion que j’ai entamé la lecture du dernier tome de la saga des Wilt. Et même si je trouve que c’est le moins bon de la série, j’ai quand même globalement apprécié cette lecture.

Pourquoi est-t-il à mon sens un poil en deçà des autres tomes ? Peut-être parce qu’au bout de cinq volumes, Tom Sharpe a eu un peu de mal à renouveler la famille Wilt et que par moments on commence un peu à tourner en rond. Que les blagues scabreuses et les situations dans lesquelles se trouve notre antihéros dégagent parfois un effet de déjà vu, de répétitions. Donc on rit moins que dans les précédents.

Cependant, l’intrigue est comme d’habitude bien ficelée et cette fois, c’est l’aristocratie anglaise qui en prend pour son grade, qu’elle soit véritable ou falsifiée. Entre enfant dégénéré, femme alcoolique qui pense que sa position peut lui permettre d’assouvir tous ses désirs et vieil homme qui déteste son beau-fils et pense que le droit de cuissage est toujours d’actualité, Tom Sharpe égratigne encore une fois une classe sociale et une société anglaise dont les dérives l’amuse. Et se moquer de l’architecture des demeures de ces enracinés d’une autre époque, des écoles privées hors de prix, il ne s’en prive pas.

Un dernier tome donc, où nos personnages ont grandi, ont vieilli et où l’essence de leur personnalité ne change pas. Eva est toujours aussi hystérique, les quadruplées sont l’incarnation et le résultat d’un produit d’éducation version enfant roi par leur mère, qui évidemment ne contrôle plus à l’adolescence ses chérubins. Quant à Wilt, il semble développer un flegme encore plus fort que dans les tomes précédents, occasionnellement contrecarré par un sursaut de survie et de défense de la cellule familiale.

Si vous avez été séduit par la série des Wilt, je vous recommande donc d’aller jusqu’au bout. Si vous souhaitez vous y intéresser, je ne vous conseille pas de débuter par celui-ci, il pourrait vous laisser sur une impression en demi-teinte. Définitivement, Wilt 1 est une mise en bouche qui vous donnera envie de suivre cette famille loufoque sur qui les situations ubuesques s’enchaînent.

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