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Quand Kitchen de Yoshimoto Banana paraît en 1987, loué et adoubé par les prix littéraires, nombreux sont les observateurs et critiques à y voir un symbole fort du renouveau et de la rupture dans l’histoire de la littérature japonaise. Et ce n’est pas le seul. Que s’est-il passé de 1980 à aujourd’hui ? Comment le paysage littéraire japonais a évolué et muté ? Comment les changements culturels, sociologiques et technologiques ont affecté les écrivains ?  Tant de questions auxquelles Mariko Ozaki tente de répondre synthétiquement, en analysant avec son regard japonais la place et la perception des auteurs nippons dans son pays. Une balade qui ne se veut pas plus sérieuse que nécessaire pour comprendre les grands rouages de l’histoire littéraire japonaise et mieux connaître ses écrivains. 

Je vous vois venir et je vous entends presque : « avec un titre pareil, ça doit être un ouvrage académique, difficile, pas agréable à parcourir ». Vous avez peut-être même employé des mots moins policés. Stop. Je vous arrête tout de suite. Certes, ma passion pour le Japon joue sur ma subjectivité et mon intérêt pour sa littérature aiguise probablement ma curiosité, mais ce petit ouvrage est un vrai bon moment de lecture, aussi divertissant qu’instructif. Evidemment, il s’adresse à un public d’initiés ou tout au moins à des personnes souhaitant mieux comprendre la littérature japonaise contemporaine, ses modes, ses mouvements, ses changements. Mais il est loin d’être un pavé vous assommant plus vite qu’un somnifère (enfin j’imagine, je n’en ai personnellement jamais pris, mon sommeil est un ami fiable).

Premier intérêt de ce livre : avoir le point de vue d’un autochtone sur les écrivains japonais et au-delà, sur la panorama littéraire global du pays. Qui plus est, une journaliste et critique littéraire qui a menée une réflexion pertinente, poussée et pourtant concentrée sur l’essentiel pour ne pas perdre un lecteur qui pourrait rapidement être noyé sous la masse d’informations. En tentant de répondre à diverses questions sur cette période relativement courte, elle apporte un point de vue original qui vient enrichir notre compréhension et fait évoluer notre regard sur les plumes les plus célèbres parvenues jusqu’à nous telles que celles d’Haruki Murakami, Yoshimoto Banana et Wataya Risa, pour n’en citer que quelques unes. Car l’un des débats est bien sûr celui de la mondialisation de certains auteurs japonais et donc de la persistance d’un style proprement japonais, mais est également évoqué celui de la perte des spécificités de l’écriture et donc d’une partie de son identité (idéogrammes vs. alphabets syllabaires, anglicisation), notamment avec les nouvelles technologies.

Deuxième point qui me semble souligner la qualité de ce livre : en choisissant d’être concise et de se centrer sur le fil du mouvement de la littérature davantage que sur le paysage complet des écrivains y ayant participé, l’auteur fait des choix qui permettent de dresser un portrait compréhensible, un paysage harmonieux où l’on réussit à rassembler les pièces du puzzle de manière fluide. Certes, cela implique de ne pas évoquer tout le monde et de ne pas rentrer dans trop de détails, mais c’est justement ce qui contribue à le rendre dynamique et à maintenir notre attention. L’auteur le présente d’ailleurs tel que : il s’agit ici d’établir une synthèse pour délivrer les clés permettant de situer l’ensemble. Et si après cette lecture, votre appétit n’est pas satisfait, vous trouverez de nombreux ouvrages pour combler le manque. Ce qui est aussi agréable, c’est qu’au-delà de l’analyse de cette période, l’auteur crée des passerelles qui permettent de resituer la littérature japonaise depuis la fin XIXè – début XXè siècle et de comprendre les « écoles » d’écriture, les influences plus ou moins pérennes dans le style de certains auteurs, les grands mouvements s’opérant.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié la volonté de Mariko Ozaki de marier une analyse se voulant neutre à la diffusion d’anecdotes professionnelles, en intégrant des questionnements et des opinions qui viennent colorer le récit et l’humaniser encore plus.

 

Un ouvrage simple à lire qui nous en apprend donc beaucoup en peu de pages sur l’histoire de la littérature japonaise, et au final sur l’évolution de la société dans son ensemble. Et pour ceux qui auraient peur de ne pas pouvoir s’y retrouver, sachez qu’une notice bio-bibliographique à la fin de l’ouvrage vous sera un guide utile pour vous repérer et partir à la découverte des riches trésors de la littérature japonaise, d’hier et d’aujourd’hui.

PS : Avez-vous remarqué que lorsque je parle d’un livre type essai ou non-fiction de manière générale, j’ai tendance à retrouver mes réflexes d’étudiante en Histoire et à structurer mon article comme une petite dissertation ? Chassez le naturel…

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