L'embellie-labiblideMomiji

Alors que son mari vient de la quitter, la narratrice gagne non seulement un beau pécule au loto mais aussi un chalet d’été. Et sa meilleure amie, enceinte, lui confie pour quelques temps Tumi, son fils de 4 ans presque sourd. Bravant ce destin si étrange, nos deux héros vont partir faire le tour de leur Islande sauvage, ensemble, en hiver. Une route parsemée d’inattendu, l’occasion d’apprendre à se connaître et à se retrouver, bercé par les paysages, les mots, les sons mais aussi le silence qui vient les envelopper.

 J’avais gardé un excellent souvenir de Rosa Candida que j’ai lu il y a deux ans je crois et j’ai retrouvé dans L’embellie la même grâce dans l’écriture, qui est aérienne, poétique et touchante. Auður Ava Ólafsdóttir nous emmène une fois de plus dans un voyage qui vient résonner dans tout notre être et dont on ressort ému, les sens en éveil et profondément apaisé. C’est probablement en raison de la légèreté et de l’humour que sa plume distille dans son récit, qui irradient tant dans les moments graves que les instants précieux où le rire nous emporte.

On part en balade dans un parcours qui n’est pas de tout repos, dans les landes, les paysages bruts mais aussi dans la ville de Reyjavik avec un regard subtil et très personnel sur l’environnement qui entoure notre narratrice. Mais c’est surtout une exploration qui nous fait plonger  dans ses pensées, dans son passé, que l’on découvre par fragments, petits bouts par petits bouts. L’auteure nous fait vivre – bien plus que simplement lire – une histoire forte où l’on apprend à comprendre notre narratrice, les blessures de sa jeunesse, les troubles qui la tracassent, qui émergent toujours par surprise dans le récit, au détour d’un virage, d’une conversation, constituant un récit dans le récit. Ces discours que la narratrice entretient avec elle-même nous permettent de davantage nous faire partager son univers et lui donne encore plus de densité et de présence. On chemine avec elle et tout au long de la route, on vogue avec cet esprit libre, qui embrasse la vie avec tout ce qu’elle lui apporte : les tourments, les absurdités, mais aussi la beauté des rencontres faites au hasard, les situations comiques et attachantes.

Mais c’est surtout la relation que va entretenir notre héroïne avec le jeune Tumi qui constitue l’essence de cet enchantement littéraire. Au-delà de la réflexion sur la maternité sur laquelle la narratrice s’interroge, ces deux êtres vont entamer une relation drôle, originale tant dans leur manière de communiquer que par la force de ce qu’ils vont vivre. Ce petit bonhomme, sage, calme et très sensible apporte une émotion incroyable au récit. Si les premiers pas se révèlent compliqués, angoissants même pour la narratrice, les péripéties lors de leur tour de l’île vont les amener à créer un lien très fort, bien au-delà des sons et des mots, un lien impalpable mais puissant. Un fil ténu mais incassable, où chacun va trouver en l’autre amour, sérénité et joie de vivre. On voyage avec eux et on se sent faire partie de l’aventure, on devient intimement complices et on ne veut pas que l’histoire s’arrête.

La beauté de cette relation enfant-adulte m’a beaucoup touchée. Si Tumi est handicapé et que notre narratrice est obligé de penser autrement toute forme de communication au début, ils vont très rapidement trouver le meilleur moyen de se comprendre : s’exprimer avec le cœur. L’intelligence de ce petit être, sa détermination et sa douceur vont lui permettre de s’affranchir des barrières qu’elle a construites et qui entravent son épanouissement. Une vraie bouffée d’oxygène !

Une très belle lecture pleine de vie, de spontanéité et d’amour, où Auður Ava Ólafsdóttir nous fait vibrer. Une métaphore filée du voyage tant intérieur que géographique qui nous laisse sur une fragrance tendre et une douce brume de mystère. Et pour prolonger le séjour, 47 recettes de cuisine présentes dans le récit et une de tricot nous sont offertes en annexes. Nous ne sommes pas prêts de quitter l’Islande…

 

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