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Sumire, une grand-mère un peu fantasque et passionnée par la faune ailée, se met à couver un œuf dans son chignon. Avec l’aide de sa petite-fille, Hibari, elle le fait éclore et nomme l’oiseau Ruban. Car cette perruche callopsite les reliera désormais pour l’éternité. En prenant un beau jour son envol, Ruban ne se doute pas qu’il va bouleverser la vie de tous ceux qu’il rencontre et tel un ange gardien, leur apporter réconfort, lumière, joie, espoir et liberté.

J’avais déjà été profondément séduite par Ogawa Ito dans Le restaurant de l’amour retrouvé et c’est un sentiment qui s’est renforcé tout au long de cette lecture. Son écriture aérienne est non seulement pleine d’amour, de générosité et de tendresse, mais aussi très sensuelle. Avec une grande délicatesse, elle réveille notre ouïe, notre vue et notre goût, nous donne l’impression de caresser nous aussi cet animal céleste. Tout au long des pages, on vogue sur un flot d’émotions intenses mais dont on ressort paradoxalement apaisé et plein de joie. C’est toute la magie d’Ogawa Ito : elle nous embarque dans un univers où tout notre être s’investit et se prend à vivre ses mots. Et à l’image de cet oiseau, on avance en confiance et on se laisse emporter en douceur vers le hasard des rencontres.

La beauté de ce texte m’a énormément touchée. Tant par son style que par l’éventail des personnages mis en scène, l’auteur sait parler à notre cœur et nous offre une galerie d’environnements, de contextes très variés qui font sans cesse rebondir le récit, en créant des passerelles entre les différentes histoires. Ruban fait entrer en écho des vies qui semblent très éloignées les unes des autres avec naturel, réveillant la conscience que nous sommes tous reliés. Grand-mère qui voit en Ruban la réincarnation d’un amour mort avant d’avoir pu commencer, jeune femme apaisée après avoir perdu un enfant, grande sœur qui le chérit comme souvenir d’un être cher, vieille femme qui retrouve un souffle de vie au crépuscule de la sienne, et tant d’autres destins sont tissés et reliés au fil du déploiement de ses ailes. Symbole d’attachement et de liberté, Ruban est celui qui en partageant l’intimité de ceux qu’il croisent favorise les rencontres, les fous rires, qui fait naître les moments précieux et scintillants, qui ravive la flamme de cœurs parfois assombris et apporte une certaine douceur de vivre. En abordant des thèmes parfois tristes et graves, on ressent la culture japonaise de l’auteure dans ce rapport à la mort, qui n’est pas une fin mais le début d’un nouveau cycle. La relation humain-animal devient une amitié évidente, empreinte de respect et de transmission. L’instinct comme l’innocence de cet être réveillent les nôtres en laissant une douce atmosphère dans notre esprit. Présent sans être intrusif, Ruban est comme notre petite voix intérieure qui nous guide et nous console, nous apprend à (re)déployer nos ailes et va apprendre à voler à ceux qui en ont besoin

Ogawa Ito nous invite dans ce roman à nous saisir avec spontanéité des bonheurs que la vie nous offre. Ce texte est une ode à la beauté du monde qui nous entoure, qui nous incite à ralentir, à entrer davantage en contact les uns avec les autres et à prendre confiance en nous. Elle fait jaillir une lueur d’espoir et d’optimisme en toute situation pour nous rappeler de ne pas laisser l’ombre l’emporter sur la lumière. Ce recueil de nouvelles, qui se transforme progressivement en un conte, nous emmène dans un voyage bouleversant et plein de grâce, où le concert des voix forme une unité harmonieuse, poétique et colorée.

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