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Pour ouvrir son restaurant, Kenji a emprunté de l’argent à des gens pas très nets. Mais faute de clients et donc de recettes, il se trouve en difficulté quand ceux-ci viennent un soir réclamer leur dû. En tout cas, c’est la version qu’en donne la seule cliente présente ce jour-là au commissariat. Mais les policiers chargés de l’enquête se rendent rapidement compte que l’affaire est très étrange et les récits des témoins de cette soirée trop contradictoires. Et si les yakuzas en avaient en réalité après cette jeune fille ? 

J’avais déjà lu Tokyo Sanpo : Promenades à Tokyo de Florent Chavouet et j’avais beaucoup apprécié son univers et son style. Bien loin d’un récit de voyage, Petites coupures à Shioguni nous emmène cette fois au cœur d’une enquête trépidante et haletante qui s’avère être surprenante et très agréable à lire.

Ce livre, à la croisée du roman graphique et du livre-objet, est en effet déjà attractif par sa forme. La couverture cartonnée permet un bonne prise en main, confortable, et l’œil se prend à parcourir le foisonnement de dessins qui tels des petits indices donnent déjà le ton de l’ouvrage.
Sur le fond, j’ai été happée par le récit et l’ai lu d’un trait. Je pense que c’est d’ailleurs indispensable pour ne pas perdre le fil. L’intrigue est composée d’un ensemble de points de vue éclatés, avance très rapidement et si l’on est un peu perdu au début, on rassemble au fur et à mesure les pièces de puzzle de cette course poursuite urbaine. On est plongés dans l’enquête comme les personnages et on a hâte de découvrir le dénouement.

D’un point de vue graphique, j’ai adoré. Florent Chavouet alterne des cases classiques du code des mangas à des pages de carnet de notes brouillons, sur lesquelles il faut parfois déchiffrer l’écriture compliquée et les dessins de reconstitution d’un enquêteur. Ce qui, tout en donnant un effet très réaliste à l’ensemble, permet non seulement de montrer l’évolution de l’affaire et constitue des pages d’aération nous permettant de reprendre notre souffle avant de poursuivre notre exploration. Les dessins sont quant à eux vraiment magnifiques. Le trait est dense, très prononcé, riche en détails et en couleurs (belle impression au passage ! Ça rend très très bien). C’est vraiment assez impressionnant. Il joue avec notre œil et notre concentration en alternant des cadrages et angles variés, ce qui apporte encore plus de mouvement et de dynamique aux dessins.

Enfin, j’ai grandement apprécié l’humour de l’auteur qui met en scène des situations et des personnages très drôles par moments, qui le deviennent encore plus par l’expressivité de leurs traits : gangsters pas très doués, policiers un peu à l’ouest et pas très dégourdis, chauffeur de taxi qui rêve sa vie au lieu de vivre ses rêves, cuisinier un peu fou, gamine maline et même un tigre qui se balade en ville ! Un joyeux ensemble qui ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer !

Je tire mon chapeau à Florent Chavouet pour son travail qui mérite d’être salué et qui m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Un grand merci à Babelio et aux éditions Philippe Picquier pour cette découverte.

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