la vraie parisienne- labiblidemomiji

Elles sont Parisiennes, depuis peu ou depuis toujours. Elles sont l’objet de fantasmes et de représentations depuis la nuit des temps. Qui sont-elles vraiment ? Ici, Caro, Louise, Charlotte, Chloé sont croquées par l’auteure-narratrice qui connaît, observe et analyse ses amies, est capable de repérer la tristesse derrière le sourire gracieux lors d’un café, la jalousie derrière le masque de bienveillance mais aussi à même de comprendre leur (dés)amour de la capitale.

La Parisienne : qui est-elle au-delà des clichés bien ancrés dans l’imaginaire ? N’est-elle qu’une et même copie conforme comme certaines couvertures de magazines au papier glacé le laissent parfois penser ? Est-elle la femme éternellement mystérieuse ? Une femme hautaine et froide mais pleine d’ardeur quand vous la percez à jour ? Non, non, triple non ! La Parisienne, il y en a autant de différentes qu’il y a de femmes vivant dans cette ville et j’aurais aimé que l’auteure le montre un peu plus, elle ne va pas assez loin. Dans ce roman, on retombe dans le cliché d’une Parisienne forcément bourgeoise, femme au foyer frustrée ou mondaine plaquée par son mari pour une midinette, ou alors l’actrice sur le déclin, ou encore la provinciale récemment débarquée, forcément niaise, qui vit forcément dans un quartier présenté comme craignos et pleine de complexes, et j’oubliais la cadre qui gère toutes les batailles seules (oui, forcément elle est divorcée, vit seule dans un très grand appart et élève bravement ses enfants tout en bossant des heures et des heures). Bon, cet aspect là du livre ne m’a pas plu. J’aurais aimé qu’en plus on nous présente des portraits, clichés pourquoi pas pour rester dans le ton, mais plus variés : la bobo, l’étudiante, etc. Après, on comprend que l’auteure nous parle des Parisiennes qu’elle fréquente dans son cercle et cela devient plus compréhensible, on adhère mieux à l’ensemble en prenant du recul au fur et à mesure (mais il aurait dans ce cas-là mieux fallu – ce n’est que mon avis – s’orienter vers un titre plus en lien avec le contenu comme « Mes Parisiennes » je pense).

Ceci étant dit, j’ai apprécié cette lecture, qui se parcourt en un rien de temps dans le métro ou entre deux rendez-vous, est divertissante et m’a fait sourire à de nombreuses reprises, que ce soit parce que certaines situations sont drôles, m’ont évoquée des souvenirs ou des personnes que je connais.

Mais, mais, la réussite de ce petit livre est de démontrer avec humour que la Parisienne, qu’elle vive dans le fossilisé XVIè arrondissement, au milieu des branchés bien-pensants et consensuels du côté cool du IXè, dans le populaire et craignos Barbès ou ailleurs (ne me sautez pas à la gorge, je paraphrase l’auteure qui force volontairement le trait de ces quartiers), bref où qu’elle soit, elle n’est pas PAR-FAITE. Loin de là. Grinçant, presque mordant, l’auteure pique là où ça fait mal et ouvre la porte à une autre image que celle de la femme glamour, chic sans effort, toujours parée et apprêtée jusqu’au bout des ongles. La galerie de portraits qu’elle fait défiler brise le mythe, casse l’image figée et si enviable de la composition qui a si souvent été faite de la Parisienne.  Et oui, la Parisienne, c’est une femme comme les autres, qui n’est pas toujours en robe noire, en talons, à flâner sur une terrasse en laissant couler le temps. C’est une femme qui peut être fatiguée, qui se balade en baskets, qui doit faire du sport pour soigner son allure ou qui au contraire assume ses rondeurs par exemple.

La plume d’Anne Plantagenet est plaisante car légère, fluide, sans prétention. On passe un agréable moment et on s’attache au chœur polyphonique des voix de nos héroïnes qui s’entremêlent, repartent, reviennent et font avancer graduellement le récit. Ce texte m’a fait un peu penser au livre « Les grandes bourgeoises » d’Emmanuelle de Boysson, dans le style et certaines parties du contenu. Anne Plantagenet, qui peut aussi être narratrice, détaille avec malice et parfois cruauté les personnages, en écorchant le détail qu’on s’efforce de cacher. Elle joue le jeu de la caricature qui fera forcément sourire car ses portraits ne sont pas une invention éhontée montée de toutes pièces.
J’ai bien aimé la construction du récit qui comme une pièce de théâtre en actes maintient un rythme et un suspens, dévoile graduellement la psychologie des personnages. Et je dois dire que le dernier personnage apparaissant, Diane, SDF venant de Moldavie, m’a touchée et s’il peut paraître tomber comme un cheveu dans la soupe, il n’en est rien. L’auteure, en évoquant un destin tragique et la vraie bienveillance d’un des personnages envers elle, redonne une dignité à ses êtres qui vivent dans une misère qui ne devrait pas avoir lieu d’être dans notre pays.

Un roman qui bien que caricatural par moments est donc sympathique à lire, entre deux lectures plus longues et plus denses pour s’aérer l’esprit. Et petit plus : la couverture est jolie et élégante, so Parisienne pourrait-on dire…

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