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Il vit à Montréal, lit et vit avec Basho et Mishima, passe ses journées à déambuler un peu partout et nulle part, séduit des jeunes Japonaises et raconte à un journaliste nippon qu’il projette d’écrire un livre à la manière des plus grands représentants de la littérature du pays du Soleil Levant. Ce qui va enclencher un phénomène dépassant largement son entendement et son projet initial…

Je n’avais pas encore eu l’occasion de lire Dany Laferrière, dont j’avais beaucoup entendu parler au travers de mes lectures pré-départ au Canada. Une de mes amies m’en avait aussi parlé et je m’étais promis qu’il ferait l’objet d’une de mes premières lectures à Montréal. C’est chose faite et j’en ressors avec l’envie de parcourir d’autres ouvrages de l’auteur, qui m’a intriguée et séduite, au sens littéraire.

Je ne sais pas si Dany Laferrière est un écrivain japonais, mais en tout cas, dans ce récit proprement envoûtant, il réussit à composer avec un rythme et une écriture qui n’est pas sans me rappeler les fragrances de certains de mes écrivains japonais préférés. Bien sûr, il ne cherche pas ici à calquer et fort heureusement, le livre ne tombe pas dans un exercice de copier/coller d’influences diverses et variées. Admettons-le tout de même : j’ai été influencée par le titre pour plonger dans un angle de lecture (vous noterez que j’ai choisi de commencer à découvrir la bibliographie de Dany Laferrière par le livre dont le titre comportait le mot « japonais ») qui a très probablement joué dans mon ressenti.

Si j’ai dévoré ce livre qui coordonne avec aisance une structure quelque peu éclatée où les lieux, espaces et temps ne suivent pas un fil toujours clair, c’est que la plume de l’auteur est d’une richesse et d’une simplicité troublante. Parfois crue, parfois cynique et sombre, il s’en dégage pourtant une grande lumière, un amour de la vie, de la littérature et un hédonisme qui émerge même au milieu de la tempête.

La vie de l’auteur a été un parcours quelque peu chaotique que je vous invite à découvrir si vous êtes intéressé. On le ressent dans son écriture qui s’émancipe des cicatrices mais ne les masque pas. J’y ai trouvé une grande beauté et j’ai tout simplement été happée par ce récit qui m’a ramené  par moments dans mon voyage au Japon. On  accède à un réveil des sens et des souvenirs sans même s’en rendre compte. Basho et Mishima viennent ponctuer les digressions et les pensées du narrateur pour mon plus grand plaisir, moi qui découvre ses auteurs depuis peu de temps finalement (voir par exemple mon article sur Le pavillon d’or de Mishima).

L’intrigue en elle-même est déjà très prenante et manie différents niveaux de lectures, plusieurs couches, plusieurs histoires qui s’entremêlent parfois, qui naviguent indépendamment mais apportent tout leur sens au paysage mental de ce narrateur qui va se trouver dépasser par la tournure des événements. Un auteur montréalais qui se prend pour un écrivain japonais. La confusion naît suite à une interview et déchaîne scandales et passions au Japon. Et sur ce fond d’intrigue, Dany Laferrière établit en réalité une réflexion poussée sur le rôle de l’écrivain et de la littérature, sur sa réalité, son interprétation. Peut-on être considéré comme un écrivain japonais sans avoir la culture ou la nationalité de ce pays ? Qu’est-ce qu’un auteur japonais ou encore anglais ? Francophone ? Notre identité littéraire doit-elle être marquée du sceau du lieu où nous sommes nés et où nous vivons ?

Dany Laferrière nous offre ici une ode à la vie, une joie de l’écrivain qui en même temps nous interroge. Ce beau désordre bien orchestré nous laisse sur un sentiment plaisant bien que troublant. Avec l’envie de chercher plus loin pour comprendre l’univers de l’auteur.

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