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Dans cet essai sensible, rayonnant de sagesse et de lumière, Irvin Yalom aborde une question universelle, délicate et inhérente à la condition humaine : celle de notre mortalité. Est-il possible de se confronter à ce sujet sans tomber dans un discours démoralisant ? L’auteur nous prouve clairement que oui et, en se penchant sur la question, nous invite à apprivoiser cette composante pour mieux apprécier la beauté du quotidien et à vivre pleinement notre existence.

Je vous vois venir : qu’est-ce qui lui prend à se pencher sur une lecture au thème aussi glauque penserez-vous peut-être. Il n’en est rien, allez au-delà des apparences !

Le jardin d’Epicure : un titre qui attire immédiatement mon œil dans la librairie de Baie Comeau où nous sommes en transit avec mon amoureux et un couple d’amis avant de prendre le bateau pour nous rendre en Gaspésie. Staring at the sun en est le titre original. Je suis encore plus intriguée. La fraîcheur et le clin d’œil philosophique de la première de couverture captent mon regard et le résumé achève de me convaincre. Je ne sais pas exactement pourquoi, ni comment, mais je sens que ce livre va nourrir mon âme. Et j’ai bien fait de suivre mon intuition : ce livre au thème en apparence difficile s’avère être une bouffée d’oxygène, un concentré de positif, de lumière et d’amour.

Irvin Yalom, que je ne connaissais pas, est un psychanalyste, professeur émérite de psychiatrie à Stanford et l’auteur de nombreux ouvrages, tant fictionnels qu’académiques. Il aborde à plusieurs reprises dans ce livre sa volonté d’être dans une démarche de psychothérapie existentielle envers ses patients, qui anime son travail et son enseignement.

Dans le présent livre, en mélangeant dans un ensemble harmonieux différentes conceptions philosophiques de l’Antiquité à nos jours, sa sensibilité, ses valeurs, des cas d’études et ses propres convictions, Irvin Yalom nous donne à réfléchir sur le thème de la mort, afin de se défaire de la terreur qu’elle peut nous inspirer. Sans tomber dans la moralisation ni l’illusion qu’on peut se défaire complètement de l’angoisse qu’elle nous inspire (il se dévoile dans toute une partie du livre pour parler de la sienne, avec authenticité), il nous fournit des clés pour que nous puissions, chacun avec notre socle culturel, nos intimes croyances, notre cœur, avoir notre cheminement et apprivoiser cette mortalité qui depuis les premiers écrits de l’humanité (j’ai adoré qu’il mentionne Gilgamesh) traverse nos pensées et fait partie de notre paysage mental. Le titre original, Staring at the sun, en est une belle métaphore : regarder le soleil en face est impossible sans souffrir, mais sa lumière est pourtant présente au quotidien et nous l’avons intégré à nos vies.

Mais pourquoi avoir autant aimé cette lecture ? Car elle est profondément positive et au-delà du sujet de la mortalité humaine, porte en elle de nombreux dialogues qui tous sont radieux et nous font ressortir avec apaisement, sérénité, réflexion positive et, pour mon cas, prise de conscience sur certains points, certaines questions, certaines angoisses, peurs ou regrets qui sont en moi. En parlant de certains de ses patients, de leur cheminement et de leurs angoisses, Irvin Yalom témoigne du fait que nous sommes tous traversés – à notre manière – par cette interrogation et nous rassure non seulement en parlant d’eux, mais en nous montrant que les plus grands penseurs de l’Histoire se sont eux aussi appliqué à travailler dessus.

Cet ouvrage ne s’adresse pas qu’aux (futurs) thérapeutes, mais à toutes celles et ceux qui ont une sensibilité à la psychologie et en particulier ici, une volonté de trouver un discours positif, encourageant et enrichissant et pas que sur la mortalité, je le répète. Bien sûr, une partie parlera encore plus aux professionnels (ce dont l’auteur ne se cache pas), mais sa volonté de rendre son propos accessible se retrouve dans l’écriture et la présentation des concepts limpides comme de l’eau de roche (et j’en ai vu en trois semaines de rando au Québec, je sais de quoi je parle ! ˆˆ), ce qui m’a beaucoup plu. J’ai aimé pouvoir aussi me plonger (un bien petit plongeon dans un bassin d’eau douce bien périmétré, j’en conviens), dans les interrogations et réflexions de ce milieu de la psychologie/psychiatrie,  en constante évolution, comme nos consciences.

Irvin Yalom est généreux dans son propos et dégage un grand amour de la vie, de l’humanité, une volonté de nous aider à nous émanciper au moins un peu de notre peur la plus instinctive pour nous épanouir davantage, apprécier le quotidien, unique chaque jour et pour chacun de nous, de communiquer avec le monde, nos amis, nos proches et de profiter de la vie en la croquant à belles dents, tant qu’on peut. Il n’y a pas plus belle philosophie de vie et il fait bien de la partager avec nous.

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