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Dans un village isolé, encerclé de forêts denses et hostiles, tous les animaux ont disparu il y a fort longtemps et le village est considéré comme maudit. Les habitants craignent la venue la nuit d’un démon Nehi. Mais surtout, personne ne veut en parler, surtout pas aux enfants. La plupart des adultes feignent même que les animaux n’ont jamais existé et malheur à celui qui prétend le contraire : il sera rejeté de la communauté. Matti et Maya, deux jeunes enfants curieux croient pourtant leur institutrice qui leur parle des animaux qui étaient là avant et décident de percer le mystère en s’aventurant dans la forêt interdite.

Avec un art consommé de la narration et un usage délicieux du suspens, Amos Oz réussit dans ce petit livre à retenir le lecteur en haleine et lui donne envie de vite arriver à la fin de l’ouvrage pour découvrir la vérité, le secret qui explique pourquoi et comment les animaux ont disparu du village (et non, je ne vous le dirai pas, évidemment). C’est aussi probablement parce qu’il prend le parti de mêler dans une écriture entraînante les codes de différentes cultures, du conte et de la parabole, avec lesquels nous avons tous grandi d’une manière ou d’une autre. On reconnaît bien sûr l’influence biblique, celle du folklore européen mais au-delà, Amos Oz offre ici un conte philosophique à portée universelle, pour toutes les générations pour éveiller nos consciences.

Il est aisément facile de tomber dans le piège de trop en dire ici et je préfère laisser le mystère planer pour vous laisser à votre tour vous plonger dans ce récit dont on ne ressort pas indifférent, bercé par l’atmosphère tour à tour merveilleuse, inquiétante, déroutante qui se déploie.

Parabole sur la tolérance autant que plaidoyer sur la beauté et le merveilleux du Vivant dans son ensemble, Amos Oz nous invite à nous interroger également sur notre rapport aux êtres humains et animaux, dont nous abusons parfois, que nous rejetons, méprisons car ils ne rentrent pas dans le cadre de nos visions normées. Dans un style s’émancipant d’une moralisation inutile cependant, il s’inscrit comme un veilleur, un donneur d’alerte pour nous inciter à chérir la beauté de la diversité et à nous ouvrir aux autres.

Une belle lecture qui initie un discours aisément prolongeable sur les liens essentiels de l’Humanité avec les animaux, sur l’acceptation de la différence, de l’autre, qui s’il n’est pas et ne pense pas comme nous ne mérite pas moins notre intérêt ou du moins notre respect.

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