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Un inconnu appelle Jean Daragane pour lui signaler qu’il a retrouvé son carnet d’adresse. Cet homme étrange va entraîner tel un coup de vent Jean dans son passé et réveiller un épisode troublant de son enfance, dont la mémoire lui échappe. Se met alors en place une enquête à la recherche du temps perdu, où l’oubli, la déformation, la réalité et l’imagination semblent s’associer pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Au moment où j’ai pris ce livre en main, je venais de terminer quelques livres formidables et assez sérieux, qui exigeaient une grande concentration et j’avais envie de quelque chose de léger. Léger n’est pas chez moi connoté négativement. Ça peut être de la grande littérature. J’entends par-là une lecture que je parcours avec fluidité certes, mais qui me transporte dans un monde parcouru sans effort, bref qui m’aère l’esprit. Et ce petit livre m’a permis ce plaisir !

Je ne vous mentirai pas je ne connais pas bien l’œuvre de Modiano. C’est le heureux hasard de la bibliothèque (y a-t-il un lieu plus délicieux pour l’esprit ?) qui a fait correspondre une envie à une opportunité. Et j’ai beaucoup apprécié cette lecture, tant pour l’histoire que le style que les réflexions qui en sous-tendent le propos. Sans vouloir faire dire à l’auteur ce qu’il n’a pas voulu dire, l’enquête dans les souvenirs d’enfance que le personnage principal entreprend invite à beaucoup s’interroger sur la mémoire, l’imagination, l’omission, l’oubli. Tout ce qui a trait à la psychologie et la neurologie m’attire énormément, aussi bien les essais que les romans qui abordent le sujet. Et cette quête désespérée en quelque sorte, cette perte de repère, cette errance dans un monde où l’identité se trouble, se fond, se reconnecte emmène le lecteur dans un tourbillon assez déroutant et troublant.

On suit Jean dans son enfance, dans sa jeunesse, dans son présent, dans ses projections. On se prend nous aussi à avoir le tournis, à chercher à recomposer et à comprendre ce qui n’est pas dit, caché ou déformé. Mais qu’est-ce qui l’est vraiment au final ? Comment débusquer le vrai dans l’interprétation et le ressenti croisés de tous ceux qui sont à même de reconstituer le puzzle ? Aussi perturbant que Jean sont les personnages qui ont eu un rôle dans l’épisode de son enfance dont il tente de recoller les morceaux. Des figures parfois effacées, éphémères qui apparaissent le temps de quelques pages puis disparaissent brutalement, comme parfois étrangement nos souvenirs…Ceux qu’on pense être au cœur de l’intrigue au départ, le couple qui remet son carnet à Jean, dont on pense qu’ils vont jouer un rôle primordial s’avère au final et de manière assez étrange un simple et mystérieux rouage de quelque chose de plus profond.
J’ai une excellente mémoire, surtout émotionnelle et je me suis donc sentie parfois angoissée mais surtout happée par le cheminement de Jean en me disant que je serai terrifiée qu’un épisode de mon enfance qui a eu des répercussions importantes sur ma vie m’échappe. Qui sait ? C’est peut-être le cas mais le fait de l’avoir bien enfoui dans les tréfonds de mon inconscient me laisse en paix. La mémoire nous joue parfois bien des tours, dont les motivations sont difficiles à cerner semble ici signer Patrick Modiano.

Page 53 a aussi donné son avis sur le livre, allez donc voir !

Et vous trouverez aussi une courte et intéressante interview de l’auteur à propos du livre ici

 

 

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