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5 ans après la mort de sa première femme, Khadija, Mahomet continue de diffuser les paroles que lui envoie l’ange Gabriel à Mekka, soutenu par une poignée de fidèles, ce qui n’est pas du goût des adorateurs des divinités Al’lat et Hobal, qui complotent pour attenter à ses jours. Fatima, sa fille chérie, guerrière dans l’âme, est de tous les combats pour protéger et soutenir son père, qu’elle accompagne partout où elle peut. Bientôt arrive le temps de l’Hégire et pour les fidèles de Mahomet comme pour Fatima, plus rien ne sera jamais comme avant…

Après une attente empreinte d’impatience, j’ai enfin pu mettre la main sur ce volume 2 de la trilogie des Femmes de l’Islam et le dévorer ! Souvenez-vous, je vous avais parlé du tome 1 l’année dernière : j’avais eu la chance exceptionnelle de rencontrer Marek Halter qui avait pu nous expliquer lors d’un événement organisé par Babelio toute la Genèse de ce projet, sa construction, son travail, ses envies. J’avais pu alors vous exprimer toute l’admiration que je ressens pour cet auteur qui est non seulement un écrivain doté d’une très belle plume mais aussi un homme touchant et profondément respectable pour tout ce qu’il entreprend comme ses valeurs. Il a eu et a un parcours pas toujours aisé et a su rester humain, ouvert, humble et engagé dans le discours inter-religieux, ce qui ne peut que faire du bien au milieu de cette actualité parfois terrifiante autour des religions…

Ici, c’est le regard de Fatima qui dirige le nôtre, Fatima la guerrière, qui est dévouée à son père corps et âme, le suit sans compromis et ressent le besoin de toujours le rendre fier. J’aimerais en profiter pour faire un rappel ici : il s’agit d’un roman, qui se base sur des faits historiques pour rendre hommage aux femmes clés qui ont joué un rôle dans l’histoire de cette religion, et initier ou développer les connaissances du lecteur mais Marek Halter n’a pas rédigé pas un ouvrage académique purement factuel et bien sûr qu’il romance la narration en extrapolant ou en imaginant ce qu’aurait pu penser Fatima de même que Mahomet ou d’autres personnages, tout en faisant en sorte que l’ensemble soit réaliste ou du moins plausible. Il faut le garder en tête afin de ne pas s’offusquer de certains éléments de l’intrigue, surtout quand il s’éloigne des événements purement historiques pour rentrer dans le détail de la vie quotidienne ou les interrogations intimes de Fatima par exemple. D’ailleurs, il nous avait expliqué que dans cette démarche, il avait consulté des religieux pour relecture du manuscrit, qui avaient pu lui apporter les conseils et la validation nécessaires pour que l’ensemble soit harmonieux et ne choque pas. Cette parenthèse refermée, reprenons : Fatima nous fait cheminer avec elle et on arpente le long et épineux chemin fait d’embûches, de récriminations, intimidations et violences que les habitants de Mekka font vivre à ceux qui suivent Mahomet. On baigne dans l’ambiance trépidante de Mekka, faite de complots, de conflits, d’étals de marchés, de saveurs et d’odeurs. Nos yeux imaginent les étoffes, notre peau ressent l’aridité du désert et bientôt, nous ne faisons plus qu’un avec le cheminement de Fatima, ses yeux deviennent les nôtres et on plonge au plus profond de ses interrogations, de ses émotions et de ses doutes.

Le temps de l’Hégire arrive puis celui des premiers combats entre les clans religieux. Marek Halter n’ignore rien des différentes facettes de la construction de l’Islam du prêche aux batailles. D’où un vrai réalisme dans la description qui, si le regard de Fatima la rend subjective, emporte vraiment le lecteur dans l’aventure et l’intimité des plus proches de Mahomet. Ce qui est marquant dans cette lecture, c’est aussi de pouvoir ressentir l’ardeur de la guerrière, la jalousie d’une enfant qui voit son père s’éloigner d’elle de par son rôle mais aussi de par le fait qu’il va prendre une nouvelle épouse, une promise si jeune, qui ne partagera sa coche certes qu’une fois que son sang aura coulé, mais une adversaire déjà. Aïcha devient dans son paysage une évidence difficile à accepter et même la naissance de son fils Hassan ne semble pas l’apaiser. Se dessine dès lors le conflit qui continuera jusqu’à aujourd’hui à diviser les sunnites et les chiites. La vision personnelle de cette femme, fille et fidèle comme on appelle alors les croyants du Rabb de Mahomet apporte une vivacité importante au récit.

On retrouve ici avec plaisir le talent de Marek Halter qui réussit tel un conteur des temps anciens à nous projeter dans un autre espace-temps et à plonger tous nos sens dans ce VIIe siècle au cœur de l’Arabie. Sans efforts, notre esprit entre instantanément dans l’histoire et nous projette dans sa continuité comme si nous avions enchaîné les deux tomes. L’écriture est toujours aussi agréable, alliant une minutie et une rigueur toute historienne a un art consommé de la narration qui comme je l’avais déjà dit à propos du tome 1 est une manière extraordinaire de faire apprendre la petite et la Grande histoire. Avec la volonté de nous faire gravir la chronologie de l’Islam tout comme de nous sensibiliser aux sociétés d’alors et de leurs coutumes, l’auteur nous permet une fois de plus de nous enrichir en (re)découvrant cette riche épopée et l’extraordinaire vie culturelle et religieuse abondant dans cette région du monde.

Une très belle lecture, où l’on se laisse emporter par un souffle spirituel délicatement distillé par la voix d’un sage qui rappelle avec amour combien les femmes ont compté dans la fondation des religions monothéistes.

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