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Martin Vidberg raconte dans cette bande dessinée autobiographique ses débuts dans l’enseignement à un poste peu convoité : celui de remplaçant et, encore moins convoité, dans un Institut de Redressement pour élèves difficiles, voire même violents. Entre amour et vocation pour le professorat et désemparement face à un système parfois inadapté et déconnecté des réalités, il témoigne avec son expérience de toute la complexité de ce noble métier.

C’est bientôt la rentrée des classes : entre la nostalgie de ceux qui reprennent le chemin du travail et la joie de ceux qui y retournent avec plaisir après avoir rechargé leurs batteries, prêts à affronter la bourrasque, parents épuisés par les inscriptions et les achats de rentrée (je me rappelle avec délice de ces doux moments) et enfants excités par le mix fin des vacances-retrouvailles avec les copains, le mois de septembre est en général un des plus fébriles et l’un de mes préférés (j’adorais l’école).

Alors, me suis-je dit, comment pourrais-je finir le mois d’août sur le blog ? Et ce petit ouvrage est apparu comme une évidence.

Tout en noir et blanc, cette bande dessinée est d’abord marquante par l’usage de personnages en forme de patates, typiques de l’auteur, ce qui surprend et amuse. On s’y habitue étrangement vite et chacun avec leurs traits se distingue du voisin. J’ai aimé ce style que je n’avais jamais vu avant (sauf avec Monsieur Patate dans Toy Story entendons-nous) et j’y ai trouvé beaucoup de douceur et d’humour pour décrire un environnement de travail qui l’est malheureusement beaucoup moins.

Intelligent et passionné, Martin Vidberg se dévoile avec authenticité et relate une année entière au sein de l’Éducation Nationale : après quelques courts remplacements en début d’année – qui permettent à l’auteur de parler de cette angoisse du remplaçant qui ne sait pas quand et où sera sa prochaine affectation et doit sans cesse jongler, ne pouvant pas s’investir réellement dans une classe – il est envoyé en Institut de Redressement, où il est censé tenir toute l’année, après deux collègues qui ont craqué. Commence alors un long chemin de croix où il doit passer plus de temps à empêcher la guerre d’éclater en classe et gérer les conflits qu’enseigner. Une confrontation à laquelle aucune formation ne prépare et des instituts qui sont mis de côté, laissant les enseignants sans aide et dépourvus, à devoir composer avec les moyens du bord. Martin Vidberg n’épargne rien ni personne et dévoile les coulisses pas très joyeux d’un système parfois régi par des théoriciens coupés de la réalité du terrain et bénéficiant de moyens bien en-dessous de ce qui serait nécessaire.

On suit son parcours et les montagnes russes émotionnelles qu’il traverse, passant de la joie du progrès inattendu d’un élève à un découragement profond le lendemain. J’ai été sensible à ce qu’il vit et je me suis prise au jeu, ai été émue de voir l’évolution (ou son manque) des durs à cuire qu’ils côtoient au quotidien et qui bien souvent sont là en raison d’un climat familial peu propice à leur stabilité. Loin de tout masque, l’auteur ne cherche pas à se placer en sauveur qui rétablirait la situation de par la simple force de son travail et de sa volonté. Bien au contraire, il offre un témoignage sincère et troublant sur la difficulté des professeurs qui sont parfois isolés et doivent patauger pour garder la tête hors de l’eau. Un récit qui n’est donc pas un conte de fées, même s’il est parsemé çà et là d’une envie de rester optimiste et de garder espoir, et qui rappelle que l’ordre et la discipline ne suffisent à faire de tous les enfants de bons élèves de la République.

Drôle parfois, poignant et touchant, Journal d’un remplaçant est un témoignage efficace et pertinent de la réalité d’une partie de l’enseignement qu’on évoque que trop peu. C’est une lecture que je vous recommande chaudement et qui m’a personnellement donné envie de découvrir davantage cet auteur.

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