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C’est le hasard d’une dédicace dans une librairie qui met Pétronille Fanto sur le chemin d’Amélie Nothomb, qui recherche au même moment une compagne digne de ce nom pour déguster avec elle son breuvage favori, le champagne. C’est le début d’une amitié où les bulles évanescentes vont les relier l’une à l’autre.

Je lis décidément toujours en décalé les livres d’Amélie Nothomb et au moment où son tout dernier a pris place dans le déferlement de la rentrée littéraire, je me suis adonnée au parcours de son prédécesseur. J’ai déjà pu dire toute l’appréciation que je porte à ses livres. Amélie Nothomb réussit à chaque fois à m’emporter dans ses récits, qui à mon sens marient la beauté de la maîtrise de la langue française à celle d’un style simple et raffiné à la fois. On ressent dans son écriture l’esthétique propre à la culture japonaise, faite de sobriété, de raffinement et de délicatesse, puissante et aérienne à la fois. Vous l’aurez compris, cela contribue amplement à jouer un rôle dans l’attention que je lui porte.

Évidemment, comme tout lecteur, j’ai mes préférés et ceux que j’ai moins aimés (moins ai-je dit, ce qui ne signifie pas que je ne les ai pas parcourus avec plaisir). Pétronille entre dans cette seconde catégorie.

Pourquoi ? Difficile à dire. Ce livre m’a juste moins transportée que d’autres textes de l’auteur. La mise en scène que l’auteur fait d’elle-même dans cette autobiographie en partie fictive et l’histoire de son amitié chahutée avec Pétronille ne m’ont pas totalement séduite. Même si je dois reconnaître que la force de caractère de chacune insuffle beaucoup d’énergie au rythme du récit. Bref, une impression étrange où au sortir de cette lecture, je réponds à l’interrogation de mon cher et tendre d’un simple : « Bien, mais pas mon préféré. »

Mais ne restons pas sur cette note, Pétronille reste un ouvrage dont la lecture est agréable. Avant tout, je dois quand même avouer que je partage le plaisir d’Amélie Nothomb pour le divin nectar qu’est le champagne. J’ai adoré ses descriptions des sensations qu’il procure et le fait que ce rafraîchissement puisse être le point de départ et de rencontre entre deux personnes rend hommage à la légèreté qu’il sait faire naître en nous.

Pétronille Fanto, cette jeune fille mystérieuse que les curieux et connaisseurs ont bien vite démasquée et dont ils ont rapidement révélé l’identité en Sherlock Holmes des temps modernes est ici présentée sous le regard de la narratrice qui nous fait vivre sa relation d’amitié étrange, parfois houleuse, avec cette écrivaine qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui s’inscrit en prolétaire face à une Amélie imbibée de la classe sociale diplomate mais qui n’en tire aucun sentiment de supériorité. Une amitié fragmentée, faite de bulles, de rires, de balades à Londres qui font encore plus aimer Paris et la France, de dégustation au Ritz, de coupures et de retrouvailles mouvementées.

Mais alors, qui est vraiment Pétronille Fanto ? Il vous suffirait de taper ce nom pour voir immédiatement dans les moteurs de recherche de la toile qui envahit nos vies qu’il s’agit de Stéphanie Hochet, romancière, essayiste et journaliste culturelle. Mais qui elle est vraiment, vous ne le saurez pas. Vous n’aurez que le regard subjectif de l’auteur et son évolution, ses questionnements sur cet être difficile à cerner et qui apparaît comme bouillonnant de vie, la rage au ventre à tous les instants. Vous apprendrez à connaître la Pétronille telle qu’elle apparaît aux yeux de la narratrice. Une perspective décalée et évidemment à prendre avec du recul sur le personnage éponyme, mais qui offre aussi l’occasion d’une réflexion sur l’amitié et le rôle que chacun donne à l’autre dans ce type de relation.

Enfin, j’aimerais noter que l’investissement que l’auteur a mis pour soutenir son amie et jeune romancière est admirable (réel ou pas, je ne sais guère, mais crois volontiers le récit qu’elle en fait) et que sa franchise quant à certains comportements, valeurs et visions qu’elle a pu observer dans certaines maisons d’édition parisiennes force le respect. Bien peu oseraient écrire les propos qu’elle a pu entendre sachant qu’ils seront largement diffusés et si j’ai déjà entendu des choses similaires, je m’en étonne et m’attriste toujours. L’art d’une belle plume ne devrait jamais être reconnu ou infirmé en fonction du pedigree, des réseaux familiaux ou autres mais jugée sur son talent, l’émotion qu’elle éveille en soi. Voilà encore un point qui me fait aimer l’auteur davantage !

Je retiendrai de ce 23 è roman d’Amélie Nothomb le plaisir retrouvé de premières pages qui happent et retiennent l’attention, qui séduisent et nous font plonger dans son univers, un récit vif, la joie des souvenirs de son enfance au Japon, son humour et la poésie de ses descriptions aussi. Amélie (vous ne me lirez sûrement jamais, mais si vous tombez un jour sur ces mots, j’espère que vous me pardonnerez l’usage de votre prénom soustrait de votre nom) me fait passer des moments de lecture où je ne vois pas le temps passer, où je plonge dans une sphère délicieuse coupée du temps et de l’espace, avant que la fin me reconnecte souvent assez rapidement au monde, me laissant parfois étourdie quelques instants. Alors si la magie a été moins puissante sur moi que dans d’autres livres, j’y ai retrouvé l’effervescence que me font vivre les livres de l’auteur et en ai découvert en même temps un autre que je ne connaissais pas (j’avoue) et qui laisse augurer de belles promesses de lecture également !

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