Vendredi, après une journée intense qui m’a empêchée de me connecter ne serait-ce que 30 secondes à internet, je suis rentrée le cœur joyeux à l’idée de prendre des nouvelles de ma famille et de mes amis en France, d’écrire des mails. J’ai allumé ma tablette et d’un coup, le temps s’est arrêté, j’ai senti le sang quitter mon visage et toute force me quitter.

Comme tous les Français, je suis bouleversée par les événements tragiques dont notre capitale, notre pays, a été le théâtre sanglant. Je suis comme vous tous partagée entre la tristesse, le désarroi, l’incompréhension, la colère aussi. J’ai pleuré tout ce week-end, incapable de penser à autre chose, accrochée au fil d’actualité comme en janvier dernier, avec l’envie que tout cela ne soit qu’un cauchemar dont nous allions tous nous réveiller.

Tous, notre planète entière. La France est ma patrie et Paris mon foyer, c’est donc pour ce que je connais que je ressens l’émotion la plus vive, car y vivent aussi tous ceux que moi et mon amoureux aimons le plus. Mais je n’oublie pas qu’ailleurs se déroulent des actes odieux qui sont tout aussi terrifiants et dont on parle moins. Je pense notamment à Beyrouth. Nous ne devons pas oublier les souffrances des autres pays pendant que nous pleurons nos morts.

Paris est ma capitale, la France mon pays. Elle rayonne de par le monde, elle qui est un symbole si fort, qui est riche de son histoire, de ses valeurs et qui a toujours su relever la tête face à l’adversité. Oui, elle n’est pas parfaite, elle a commis des erreurs dans l’histoire et ses politiques me désolent parfois, mais je l’aime et je suis fière d’elle. Et d’autant plus quand je vois le formidable élan de solidarité dont ont immédiatement su faire preuve les Français pour accueillir ceux qui avaient besoin d’un toit pour la nuit. Je suis fière de voir comment ils se sont mobilisés pour donner leur sang, merci à nos équipes médicales, à nos pompiers, à nos forces de police, à l’armée qui a permis de mettre fin au bain de sang que ces fous furieux avaient décidé de faire couler.

Je tiens à adresser mes condoléances, mes pensées profondes à toutes les victimes, leurs familles, leurs proches.

Des innocents sont morts. Ces ignobles monstres ont voulu s’attaquer à des symboles forts de notre culture, à notre mode de vie, à nos valeurs, mais ils ne gagneront pas. Car notre amour de la vie est plus fort que celui qui les anime, celui du chaos, de la discorde et de la mort. Notre amour de la liberté, de la joie, de l’amour est plus puissant que leur haine.

Paris, je t’aime.
Ta devise, Fluctuat Nec Mergitur, résonne plus fortement aujourd’hui que jamais.

Merci à toutes les plumes, aux dessins émouvants qui rendent hommage aux victimes, qui témoignent de leur soutien, qui créent avec dignité des ponts de partage et d’expression de notre émotion du moment. Merci à Joann Sfar en particulier, dont les dessins de ces derniers jours ont réussi à concentrer l’essence de ce que je ressens. Merci à toutes celles et ceux qui parfois avec courage, s’expriment pour dire non à cette violence, mais aussi à toutes celles et ceux qui au quotidien s’engagent, s’expriment, font vivre la liberté d’expression.

Nous allons pleurer nos morts, nous allons nous donner le temps nécessaire au deuil… Mais nous continuerons de vivre pleinement, de nous enrichir humainement de toute la beauté que ce monde a à offrir. Chacun a aujourd’hui la responsabilité de faire jaillir la lumière là où certains voudront mettre de l’ombre, à l’image de ces bougies que vous avez été nombreux à allumer en hommage à tout ceux qui ont perdu la vie. Il est de notre devoir de ne pas tomber dans le piège que ces ennemis de la vie nous tendent : restons unis et solidaires, un peuple, solide, fort de ses valeurs démocratiques et républicaines. Montrons-leur qu’ils ne réussiront pas à semer la haine ni la peur dans nos coeurs.

La bibli de Momiji, en hommage à toutes les victimes, gardera le silence après cet article durant la période de deuil national. Mais je vous retrouve bientôt, avec l’envie de continuer à promouvoir la lecture comme une des clés de la connaissance, de l’ouverture et du partage.

Merci à toutes et tous.

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