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Ferdinand, cheveux jaunes et genoux bleus, aime se promener sur la plage, sous la pluie, collectionner les cailloux et la nuit, admirer la lune et les étoiles. Un jour, il ramasse un caillou bien différent des autres, un caillou magique qui prend la forme de ses mots et de son imagination…

Cela fait maintenant bien des albums réalisés par Isabelle Simler que je parcours et au risque de me répéter, je suis admirative de son talent : ses histoires nous font entrer dans un univers onirique, gracieux et délicat et en maestro du crayon, elle nous transporte dans ses récits avec élégance et poésie. Alliant des traités graphiques volontairement contrastés, elle joue et nous invite à nous concentrer là où ses pinceaux veulent nous emmener.

Le pouvoir de l’imagination pour se construire, thème récurrent de ses créations, prend ici place dans une balade quelque peu mélancolique de prime abord : un enfant solitaire déambule sans but précis sur la plage. Mais ce qu’il cherche, c’est à collectionner les cailloux. Étrange ? Qui n’a jamais ramené de retour d’une excursion dominicale en famille en bord de mer un sac de coquillages, captivé par la forme et la couleur uniques de chacun ? On sera aisément projeté dans nos propres souvenirs au travers de Ferdinand, qui vient réveiller avec émotion notre capacité innée à nous émerveiller de la beauté des détails.

L’auteur leur rend un hommage comme elle sait si bien le faire : en donnant sous nos yeux vie à la Nature. Ses cailloux sont dessinés avec une précision stupéfiante, colorés avec minutie et sont généreusement mis en valeur sur de grandes pages, incitant à s’arrêter pour les contempler, laisser notre regard les appréhender, les comparer à la lune parfois, tandis que Ferdinand, la plage, sa maison, son chat sont esquivés à coups de grands traits, dans un effet balayé, dont les contours se dressent à peine. De même, à l’éclat des tons et des formes des cailloux font face un bord de mer sous temps pluvieux, nuageux, qui font ressortir Ferdinand, comme un petit halo de lumière. Ce faisant, nos repères sont perturbés : malicieuse, Isabelle Simler donne à voir une réalité où les cailloux sont tangibles et concrets, tandis que le reste n’est qu’impalpable et se devine, dans un mouvement léger et doux, à même de nous faire rentrer dans le cheminement de Ferdinand.

Car ce caillou moiré, brillant, au toucher différent, est capable de le transporter dans une découverte du monde à lui tout seul. Sur deux belles doubles pages, l’imaginaire de Ferdinand se déploie et le caillou prend tour à tour l’aspect de ses idées décousues, devenant ours, framboise, robot, chapiteau…toute la nuit, jusqu’au lever du jour, où Ferdinand repart à l’aventure de ce monde gris qu’il colore de ses nuances bien personnelles.

Source de beauté, cet album est une ode à ces petits bouts de petits riens qui nous permettent d’être présent au monde. Durant son parcours, le temps s’arrête et la force du symbole opère sur nous : le caillou devient le réceptacle de notre perception et de notre exploration du monde, changeante, mouvante et source d’éternelle émerveillement. Propice à un moment d’évasion ou d’échange avec l’enfant, Le caillou de Ferdinand est un trésor à placer précieusement dans sa bibliothèque.

Du même auteur sur La bibli de Momiji :

Plume

Heure bleue                                        

Des vagues                                      

 

 

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