La dernière conquête du major Pettigrew - Labiblidemomiji

Il est britannique, elle est d’origine pakistanaise. Il vient d’une famille riche, elle tient un modeste commerce. Il appartient aux clubs huppés de leur ville, Edgecombe Saint Mary dans le Sussex, elle n’a jamais pu tisser des liens d’amitié avec des gens autres que ceux issus de sa communauté. Ils sont tous les deux veufs et partagent l’amour de la littérature, de la campagne et d’un élégant art de vivre. Leur idylle naissante n’est pas du goût de tout le monde dans cette petite ville ancrée dans ses vieilles valeurs…

J’avais entendu parler de ce roman hautement salué depuis très longtemps et il était dans ma PAL depuis un an ! Après quelques lectures plus sérieuses, j’ai ressenti le besoin de me plonger dans un roman ambiance British comme je les aime et je n’ai pas été déçue !
Helen Simonson nous embarque dans une intrigue mêlant histoire d’amour, de familles, de société aussi. Elle nous fait vivre le quotidien d’une campagne anglaise avec un grand art de la description des lieux, paysages et des personnalités. Les 500 et quelques pages de ce roman se dévorent en un rien de temps et on en ressort ravi d’avoir parcouru un récit contemporain qui s’inscrit cependant parfaitement dans la grande tradition littéraire britannique.

Si l’amour est au cœur de ce roman et en constitue le fil conducteur, que ce soit entre le major Pettigrew et Madame Ali, ou bien encore les frasques du fils du premier et la complexité d’un amour impossible pour le neveu très religieux de la seconde, il est en réalité le prétexte à une mise en scène bien plus profonde et satirique : celle de la société anglaise et de ses mutations.
Préjugés, racisme, communautarisme : Helen Simonson décortique les bas-fonds d’une société lisse qui en apparence est ouverte mais cloisonne en réalité les milieux. Et tout le monde en prend pour son grade : la bonne bourgeoisie anglaise héritière de l’Empire est dépeinte dans sa grâce mais aussi ses travers, tout comme la communauté indo-pakistanaise. Madame Ali doit en effet lutter autant contre un neveu à la tendance religieuse rigoriste que sa belle-famille qui veut faire respecter ses vieilles traditions et entend la placer sous sa tutelle maintenant qu’elle est veuve, et veut lui interdire de se mêler à des personnes non originaires de son pays. C’est avec humour et tendresse que cette thématique est abordée pour l’essentiel, avec juste ce qu’il faut d’indignation de la part de nos deux tourtereaux qui entendent bien se débarrasser de ce carcan idéologique qui les étouffe mutuellement.

Le point fort de ce livreen dehors des très belles descriptions de l’auteur, qui nous donnerait presque l’impression de voir la campagne devant nos yeux et de fouler ses terres, de vivre dans ces cottages et manoirs typiques et d’avoir en permanence le goût d’une tasse de thé en bouche – réside dans les personnages hauts en couleurs qui viennent apporter chacun une densité et des rebondissements formidables à l’intrigue. Un Lord un peu ridicule prêt à brader son patrimoine, un Américain opportuniste, une vieille fille touchante versus une bande de harpies régentant la vie sociale du village, une femme rebelle et son adorable fils qui n’entendent pas laisser leur communauté leur interdire d’aimer qui ils veulent, et j’en passe. On pourrait en parler pendant des pages mais ce n’est pas le but ici. Leur psychologie est extrêmement bien construite et l’auteur marie et agence toutes ces présences avec dextérité. Il n’y a guère que Roger, le fils du major, que j’ai trouvé antipathique de bout en bout (mais c’est l’objectif).

Enfin, j’ai aimé être emmenée beaucoup plus loin que ce à quoi je m’attendais. Le récit débute sur la mort du frère du major Pettigrew et bien vite, on comprend les rivalités et rancunes qu’il y a dans sa famille, notamment autour d’une paire de fusils prestigieux qui ont été répartis entre les deux frères et que le major n’a jamais pardonné. On comprend que la génération suivante n’a que faire du symbole qu’ils représentent et préférerait les vendre pour se graisser la patte. On saisit vite qu’une amitié et plus si affinités va se développer entre le major et Madame Ali. Mais ensuite, page après page, on plonge dans un univers dense et fouillé, et on se sent peu à peu intégré dans tous les aspects de la vie d’Edgecombe Saint Mary, et c’est une vrai délice. On n’atterrit jamais là où on le pense et quand on croit connaître l’issue, on est encore amené ailleurs. Helen Simonson montre ainsi par là-même son talent pour construire un récit où tout n’est pas cousu de fil blanc, un régal pour le lecteur.

Très chouette roman qui nous plonge dans la vie d’un village du Sussex, La dernière conquête du major Petigrew est un page-turner surprenant et agréable à parcourir. Portrait d’une société anglaise en pleine évolution, il met en scène le charme intemporel d’un art de vivre britannique, rend hommage à la littérature et à la nécessaire ouverture d’esprit dont chacun devrait faire preuve mais aussi à l’universalité de l’amour qui permet d’abattre bien des frontières, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Drôle, touchant et contemporain, c’est un récit que je vous recommande chaudement, à savourer avec une bonne tasse de thé et quelques scones ou de délicatesses du continent indien !

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