Shimazaki_Zakuro

Tsuyoshi Toda n’a pas revu son père depuis 1942, quand il est parti travailler en Mandchourie pendant la guerre et d’où il a été déporté ensuite en Sibérie. Si sa mère, atteinte d’Alzheimer, espère toujours le revoir 25 ans plus tard, lui tombe des nues quand un de ses amis retrouve par hasard sa trace et lui apprend qu’il vit près de chez lui. Acceptant de rencontrer son fils, Banzo Toda décide de lui expliquer dans une longue lettre le drame survenu sur le bateau qui le ramenait au Japon qui l’a empêché de revenir vivre parmi les siens.

Autant Mitsuba, premier tome de la pentalogie Au cœur du Yamato, m’avait moyennement emballé (voir ma chronique ici), autant la suite de la série n’en finit pas de me ravir. J’ai lu le tome 3 (Yamabuki, voir ma chronique ici) avant mais cela ne gêne en rien la compréhension puisque chaque histoire peut être lu indépendamment, ce qui me plaît aussi beaucoup dans cette série. J’aime la poésie et la symbolique que l’auteur a mis en place en créant des liens subtils mais puissants entre ses personnages à travers une fleur, une plante ou un fruit dans chaque tome. Ici, ce sont les zakuro (grenades) du jardin de Tsuyoshi, qui créent ce lien entre les générations.

Tsuyoshi savoure la vie et ses petites joies quotidiennes, malgré la douleur que la maladie de sa mère éveille en lui et sa tristesse face à sa certitude que son mari est en vie. J’ai trouvé ce personnage touchant, tant par sa réserve que sa douceur et sa bienveillance. Quand il apprend que son père est bel et bien vivant, plutôt que de laisser la colère ou l’abattement prendre le contrôle, il va tout faire pour comprendre les raisons qui ont poussées son père à reconstruire sa vie ailleurs, permettant à ce dernier d’être suffisamment à l’aise pour enfin révéler le lourd secret qui a détruit tous ses espoirs de retrouver sa vie d’avant-guerre. Il émane de ces deux personnages une sincérité qui les rend très attachants. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et viennent donner un relief encore plus profond à l’intrigue. Et même si elle apparaît finalement peu, la mère de Tsuyoshi est émouvante et j’ai senti à plusieurs reprises ma gorge se serrer lors des passages où elle intervient.

Là réside la force de l’écriture d’Aki Shimazaki : sa plume élégante et épurée met en scène dans un style concis et aérien des univers et des personnages aussi riches que bien travaillés, très authentiques, et la simplicité qui habite ses pages ne lui retire en rien sa beauté, bien au contraire. Tout au long de ce récit qui explore le destin d’un homme que la guerre a irrémédiablement bouleversé, elle évoque avec empathie la tragédie que cette période a provoquée dans nombre de familles, qui a broyé tant d’individus, mais sans jamais tomber dans le pathos. Jusqu’à la dernière page, on ne peut se détacher de l’histoire, on veut en connaître le dénouement, qui m’a mis les larmes aux yeux.

Délicat, élégant, empreint d’empathie et d’espoir, ce second tome de la série Au cœur du Yamato a remporté mon adhésion, grâce à son intrigue captivante et aux personnages mis en scène mais aussi en raison de la beauté de l’écriture d’Aki Shimazaki. Un très bon livre qui donne envie de poursuivre la série !

 

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