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Après avoir quitté la compagnie Goshima où il exerçait comme cadre, Nobu a fondé en 1981 un juku, établissement de cours privés préparant aux examens d’entrée à l’université. Menant désormais une vie beaucoup plus calme, son quotidian est perturbé le jour où un ancien élève de son père souhaite le rencontrer pour lui reveler les vraies circonstances du suicide de ce dernier, qui avait profondément marquee Nobu et durablement assombri ses jeunes années.

Après Mitsuba (chronique ici) et Zakuro, Tonbo est le troisième tome de la série Au coeur du Yamato, que j’avais hate de parcourir après ma lecture très appréciée, du second tome (chronique ici). Tonbo est le nom du juku de Nobu, significant libellule*. C’est une chanson répétée en boucle par sa fille qui décide Nobu à le nommer ainsi.

6 ans après son ouverture, le juku bénéficie d’un franc succès et Nobu est apaisé par cette nouvelle vie beaucoup plus sereine que celle qu’il avait quand il exerçait chez Goshima, entreprise qui sert de ramification entre tous les tomes de la série. Le roman est l’occasion de se plonger dans les coulisses de ces établissements que l’on connaît très peu en France, sans que cela prenne non plus plus de place que nécessaire dans l’intrigue, centrée sur les revelations de cet inconnu qui souhaite soulager sa conscience et lui faire part d’un lourd secret, qui renferme en lui les raisons du drame qui a frappé la famille de Nobu. Professeur injustement accusé d’avoir provoqué la mort d’un élève, son père s’est en réalité retrouvé pris au coeur d’un conflit entre étudiants qui a eu comme conséquence tragique son suicide. Aki Shimazaki déploie le rythme de ce suspens avec brio, qui nous plonge dans une musicalité à meme de capter durablement notre attention.

L’auteur aborde dans ce tome le poids de l’éducation, de l’honneur, la cruauté qui peut exister au sein du monde professionnel au Japon. Toujours avec pudeur et subtilité, sa plume poétique effleure les contours de ces thèmes avec une économie de mots qui loin de rendre son écriture froide ou clinique lui permet au contraire de toucher au plus juste et de déployer en délicatesse tant son empathie que son élégance littéraires.

Si l’on suit de bout en bout ce récit et que le suspens donne envie de le parcourir sans s’interrompre (ce qui est plus que possible car c’est un petit format, moins de 150 pages), je dois cependant dire qu’en dépit de l’intérêt de l’histoire et de la beauté de l’écriture, j’ai un tantinet moins accroché à Tonbo qu’à Zakuro ou Yamabuki (chronique ici). Je me suis moins attachée aux personnages notamment. Rien de tout cela n’est dû à un défaut de l’oeuvre mais Nobu n’a pas su me toucher comme d’autres personnages de la saga, qui je le répète, peut tout à fait se lire dans le désordre ou dont vous pouvez ne parcourir qu’une partie sans que cela entrave votre comprehension puisque chaque tome a été pensé individuellement, bien que de nombreuses ramifications se mettent en place au fur et à mesure des tomes.

Un troisième tome qui est toujours aussi bien écrit et poignant mais qui m’a un peu moins séduite que son prédécesseur car je me suis moins attachée aux personnages. Roman court qui nous plonge dans un drame psychologique et réfléchit en parallèle tout en subtilité au poids de l’éducation et de l’honneur au Japon, Tonbo reste ancré dans la qualité globale de ce cycle romanesque que je découvre avec plaisir et dont il me tarde de parcourir le dernier manquant pour achever ma boucle, Tsukushi.

* Symbole très usité au Japon, elle évoque l’été mais aussi la force et le courage chez les samouraï car elle va toujours de l’avant. Enfin, Aki Shimazaki, dans la digne lignée poétique de ses récits, rappelle que le Japon était aussi appelé autrefois « akitsushima » (île de la libellule), «akitsu» étant l’ancien nom de libellule et désignant la forme de l’île majeure du pays, Honshu, qui ressemble à des libellules en train de s’accoupler.
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