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Trois lettres, écrites par trois femmes dont les destins sont tragiquement reliés, sont adressées au même homme, un chasseur qui, comprenant avoir été le sujet d’inspiration d’un poème écrit par le narrateur, publié dans la revue Compagnon du Chasseur, décide de lui faire parvenir cette correspondance pour qu’ils les lisent, simplement, avant de les brûler et de devenir ainsi le dernier dépositaire de son lourd secret.

Court récit marquant tant par la beauté de son écriture subtilement dépouillée que par la densité de l’histoire en si peu de pages (88 !), Le Fusil de chasse a été une étonnante découverte pour moi. Je connais bien Yasushi Inoue et ai notamment lu de lui des récits à portée historique comme Le Loup bleu (qui traite de Gengis Khan), La Favorite (racontant la relation de l’empereur Siuan-tsong et de Yang Kouei-fei au VIIIè siècle en Chine) ou encore Le Sabre des Takeda. Mais je crois que c’est la première fois que je parcours une de ses œuvres se déroulant au XXè siècle.

Dans ces trois lettres se nouent au fil de la lecture du narrateur le drame qui a profondément marqué ces trois femmes. La tension monte petit à petit, on ressent tout le bouleversement que les liens du sang entre elles génèrent, leur sentiment de fatalité face à la relation adultère dont elles sont soit spectatrice impuissante ou actrice qui a le mauvais rôle. Le récit commence après la mort de Saïko, mère de Shoko et cousine de Midori, la femme du chasseur. Chacune d’elles écrit à ce dernier pour lui dévoiler leur connaissance de la situation, soulager leur conscience ou tourner une page. Chacune possède un pan de la vérité et ignore en partie ce que les deux autres savent. On assiste donc à un quasi quatuor émotionnel extrêmement bien mis en scène, qui une fois achevé, ne nous laisse pas indifférent.

Chacun des personnages est intriguant à sa manière et si je ne me suis sentie proche ou attachée à aucun d’eux, j’ai aimé le travail de l’auteur sur leurs personnalités respectives, leurs parcours de vie, le déploiement de détails succincts mais ayant leur importance pour mieux cerner leurs psychologies. Yasushi Inoue ne juge ni n’accuse mais à la manière des grandes tragédies grecques, réinvente le couple maudit, l’histoire d’amour impossible avec une finesse remarquable.

Histoire d’amour maudite qui ne va pas sans rappeler celles des tragédies grecques, ce court roman essentiellement épistolaire dépeint dans une atmosphère à huis clos un drame familial qui réussit à happer toute notre attention et dont on ressort conquis par la beauté de sa mise en scène. Un très beau moment de lecture ! 

PS : j’ai reçu ce livre dans le cadre du challenge Interlivres (en envoyant un livre à une personne, vous en recevez jusqu’à 36, mais la chaîne est dure à maintenir et je n’ai pas réussi à aller aussi loin). J’ai malheureusement perdu le mot de la personne qui me l’a envoyé, je n’ai donc pas pu la remercier personnellement et j’en suis désolée ! Si le hasard te fait lire cet article, cher lecteur, merci pour cette belle lecture ! 

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