LaSolutionEsquimauAW

Vieux-Os, surnom de l’auteur dans ce roman autobiographique qui raconte son quotidien à la charnière de l’enfance et de l’adolescence, nous fait déambuler dans Petit-Goâve à Haïti et évoque ses journées qui semblent pouvoir durer éternellement, faite de jeux, de l’école, des copains, des premiers émois, d’une grande-mère sage et aimante, d’un notaire intriguant et de bien d’autres. Mais les troubles militaires rampants viennent en toile de fond semer la douceur de cette époque bénie.

Dany Laferrière est un auteur que je découvre depuis relativement peu de temps avec un plaisir renouvelé à chaque lecture. Je suis vraiment émue par son style, la beauté de sa plume mélodieuse et sensuelle, qui nous emporte avec douceur et profondeur dans son univers. Dans ce récit qui est celui d’une tranche de sa vie, la magie opère davantage encore et on ne peut qu’être touché par l’évocation pleine de tendresse et de nostalgie qu’il fait de son enfance et plus particulièrement des moments passés avec sa grand-mère, à laquelle il voue un amour et une admiration que l’on ressent comme la note de fond de ce roman aux fragrances envoûtantes.

Sous son oeil défile tous les personnages qui ont compté ou l’ont marqué et on se prend à s’attacher à notre tour à eux en quelques pages seulement. Le récit est très immersif : on réussit à imaginer en détail et sans effort tout ce qui se déroule sous ses yeux, à se couper complètement du reste du monde. Un si agréable sentiment pour un lecteur. Je dois dire qu’en dehors de la grand-mère, j’ai adoré les scènes évoquant ses amis, Rico et surtout Frantz, dont toutes les filles rêvent mais qui ne semblent pas comprendre comment se comporter avec elles. J’ai été très touchée par Izma, cuisinière hors pair qui a un fils gravement malade, que l’auteur évoque avec pudeur et respect.

Enfin, longtemps après l’avoir lu, je retiens que Dany Laferrière réussit à transmettre les émotions et les sensations avec les mots justes, délicieusement posés et harmonieux, qui viennent rappeler le souvenir du goût d’une mangue mûre à point, l’odeur enivrante d’une tasse de café chaude, la beauté d’une mer turquoise qui vient englober son environnement d’une aura chaleureuse et rafraîchissante.

Lire Le charme des après-midi sans fin, c’est s’immerger dans un monde voluptueux, construit en courts et parfaits tableaux successifs, qui nous emmènent avec grâce dans le cheminement des souvenirs de l’auteur qui nous fait revivre avec talent l’innocence de l’enfant qu’il a été à Haïti. Sensuel, envoûtant et très touchant.

 

Publicités