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Saturnine vient de trouver la colocation parfaite : une immense chambre dans un hôtel particulier situé au coeur d’un des quartiers les plus chics de Paris et pour une modique somme. Mais elle est prévenue : les 8 femmes qui l’ont précédée ont toutes disparues. Quel secret cache donc don Elemirio Nibal y Milcar, le propriétaire des lieux auto-proclamé plus grand noble de la Terre et qui cherche en vain à la séduire ?

Une fois de plus, je lis en décalé les livres d’Amélie Nothomb et pendant que tout le monde se rue sur Riquet à la houppe, je me suis attelée à lire le cru 2012, portant lui aussi le nom d’un conte de Charles Perrault. Le conte semble depuis plusieurs années être un thème qui parle à l’auteur, qui s’en inspire autant pour la structure de ses récits que pour les intrigues et dénouement. Si j’avais été assez déçue par Le crime du comte Neville, j’ai en revanche bien aimé Barbe bleue ! Dès le début, le titre donne le ton, évidemment. On comprend qu’on va avoir à faire à un homme mystérieux qui cherche à cacher quelque chose dans une pièce de son hôtel particulier et qui entretient des relations particulières avec les femmes qui se sont succédé dans sa vie.

Mais là où Amélie Nothomb réussit à dépasser l’inspiration initiale, c’est en mettant en place une personnalité et une psychologie surprenantes chez ses personnagesSaturnine, forte tête qui ne s’en laisse pas compter, a un parcours digne des contes de fées et à 25 ans, enseigne à L’École du Louvre (en remplacement certes, mais la classe quand même). Elle adore le champagne (une récurrence chez l’auteur, dont l’amour pour ce breuvage ne se dément pas), la bonne chair et a de la répartie. Ce personnage m’a donc plu, même s’il faut bien reconnaître qu’il ne sort pas du lot des héroïnes qu’Amélie Nothomb construit depuis des années.
Celui qui en revanche est le plus intriguant est don Elemirio, notre noble espagnol qui est un fervent chrétien aux lectures ultra sélectives (parmi lesquelles le greffe du tribunal de l’Inquisition a sa préférence), passionné par les œufs, les couleurs et un certain genre photographique. Si ce quelque peu glauque homme peut être détestable par moments, on a envie de le sonder avec Saturnine et le cerner, comprendre ses motivations, ce qu’il a réellement fait ou pas, s’il est vraiment responsable de la disparition de ces 8 femmes.
Et leur relation faite d’échanges souvent épineux, intellectuels et dynamiques donne beaucoup de piment au récit.

Si tout ceci semble de prime abord incongru, l’ensemble est d’une grande logique au fil de l’avancée du récit ! J’ai été emportée par cette histoire qui se parcourt en un rien de temps et bénéficie de ce clapet de fin rapide et un peu abrupte, laissant des choses en suspens, dont elle signe beaucoup de ses livres. Comme toujours, Amélie Nothomb marie un style simple certes, mais agréable à lire et érudit. Les références fourmillent, les mots savants aussi mais sans jamais que rien ne pèse ou pose. J’ai aimé ses réflexions sur les couleurs et la photographie, les questionnements qu’elle soulève, l’interrogation sur le beau, l’éthique, la morale, la notion du respect du secret et de la vie privée. J’avais notamment lu il y a un moment une interview où elle disait qu’il y avait une grande injustice envers Barbe bleue (son conte préféré !), puisque après tout, on violait un de ses secrets, un pan de son intimité. J’avais trouvé cela très intéressant et elle rend bien hommage au conte dans sa réinterprétation.

Plein d’esprit, de finesse et d’humour, ce roman d’Amélie Nothomb fait partie de ceux qui me laissent un très bon souvenir. Remanié à la sauce contemporaine, ce Barbe bleue est agréablement surprenant à bien des égards. À découvrir !

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