tsukushi

À l’occasion de la soirée qu’elle organise pour les 13 ans de sa fille Mitsuba, Yûko trouve une boîte d’allumettes décorée de deux beaux et troublants tsukushi (tige à sporange de la prêle). Cet objet en apparence anodin contient en réalité un secret qui, révélé, pourrait bien perturber l’apparente sérénité idyllique de sa vie.

Quatrième et avant-dernier tome de la saga Au cœur du Yamato, Tsukushi nous permet de retrouver 13 ans plus tard l’un des personnages majeurs du premier opus : Yûko. Autant vous dire que j’avais hâte de le parcourir !Dans ce premier livre (voir ma chronique ici), elle fréquentait T.Aoki, shôsha-man (commercial), muté sur demande de la riche famille Sumida à l’étranger pour l’éloigner d’elle car Takeshi, le fils héritier de cette dynastie, la courtisait. Elle avait finalement pris la décision d’épouser ce dernier, fortement influencée par son entourage. Yûko est aujourd’hui une femme dont le quotidien calme et opulent semble lui convenir. Mère d’une enfant unique, une fille nommée Mitsuba, pour qui elle a une grande affection, elle mène une existence paisible, rassurante et épanouissante. Femme au foyer qui se consacre notamment aux arts de l’ikebana, elle incarne une figure d’épouse parfaite et ne manque pas de loisirs. Yûko pourrait en énerver plus d’une et faire des envieux : elle peut organiser ses journées comme bon lui semble et ne s’ennuie clairement pas. Mais sa douceur et sa gentillesse lui attire la sympathie des autres.
C’est un personnage qui a su me toucher : au fur et à mesure du récit, on comprend que le passé continue de la hanter et quand il finit par se heurter au présent, le choc n’en est que plus fort.

Graduellement, son paysage mental et émotionnel est perturbé par les connexions qu’elle effectue entre un objet insignifiant, cette boîte d’allumettes aux tsukushi qu’elle trouve « artistique et érotique », et sa portée plus profonde une fois que les ramifications s’effectuent, avec les doubles vies qu’elle découvre. Un sentiment croissant de trahison et de désarroi se développe et nous envahit et ce n’est pas tant l’impression d’avoir été jouée que celui de ne pas avoir écouté son ressenti 13 ans avant qui devient le tourment majeur blessant cette femme, qui par souci des convenances ne peut se confier à personne, pas même à son amie Matsuo Yoshiko, qui lui a pourtant révéler sans complexe la sexualité de son mari et. Yûko va apprendre qu’un secret peut en cacher plusieurs et que là où l’on croit parfois voir la surface limpide de la vérité se nichent en réalité les silences les plus trompeurs. Mais est-il toujours préférable de débusquer les non-dits ? La question reste ouverte à la fin du récit.
On pourrait détester ce mari qui donne clairement l’impression de s’être servi d’elle comme couverture, mais en réalité, les choses sont bien plus complexes et j’ai aimé que l’auteur vienne teinter son récit d’un refus du manichéisme et mette en scène une intrigue qui résume bien la difficulté à cerner la psychologie d’un être.

Aki Shimazaki continue d’explorer dans ce tome les thèmes des codifications sociales, parfois pesantes pour les individus. Elle aborde plus spécifiquement ici la question de l’homosexualité, de la bisexualité, de la stérilité aussi tout comme le rôle des apparences, surtout au sein des cellules familiales.
Avec cette retenue et cette sobriété élégante qui caractérisent son écriture poétique, pleine d’empathie et de subtilité, c’est chacun d’entre nous qui est invité à réfléchir sur ces silences, ces tabous et leurs conséquences. Mais au-delà, l’un des messages les plus forts qu’elle délivre est celui sur la nécessité d’écouter son cœur avant tout. Yûko se retrouve prise, au-delà du poids des révélations qu’elle affronte désormais, égarée dans son parcours de vie. Émouvant, ce quatrième tome est l’un de mes préférés, car il est aussi l’un de ceux où l’on est le plus immergé dans le cheminement du personnage principal et où les émotions deviennent presque palpables.

C’est par ce tome que j’ai fini cette saga marquante, qui a su me séduire de bout en bout après un premier tome que j’avais moins aimé que tous les autres. Aki Shimazaki dresse un panorama de la société japonaise, entre modernité et tradition, qui sait toucher le lecteur par sa plume élégante et douce tout comme par ses personnages attachants et finement travaillés. Une saga que je vous recommande chaudement !

 

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