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Fille d’Akébo le Grand, Makéda, légendaire Reine de Saba, subjugue les esprits depuis des siècles et le
Cantique des Cantiques chante l’amour qu’elle et le roi de Juda et d’Israël, Salomon, ont partagé, donnant naissance à Ménélik, premier d’une longue lignée de rois africains. Guerrière, intelligente, forte et belle, Marek Halter nous la narre dans un roman qui s’appuie sur les dernières fouilles archéologiques pour nous révéler une personnalité puissante et envoûtante.

Je pense qu’il n’est plus besoin de vous rappeler l’attachement que j’ai pour Marek Halter, dont chacun des récits que j’ai pu parcourir est à chaque fois un plaisir renouvelé grâce à ses talents narratifs qui nous embarquent dans le temps et l’espace tels les plus grands conteurs d’antan. Après la trilogie sur les Femmes de l’Islam, j’ai donc poursuivi ma découverte avec La Reine de Saba et la magie a à nouveau opéré dès les premières lignes.

Des descriptions qui permettent de s’ancrer dans le décor, de voir et comprendre les personnages principaux comme si nous étions avec eux et dans leurs têtes, de sentir les odeurs de cèdre, de myrrhe, d’encens, les tissus sur notre peau. Marek Halter sait éveiller tous nos sens avec subtilité et en conservant une aura de mystère troublante qui donne envie de continuer sa lecture sans interruption : on plonge dans l’époque instantanément et on suit ses personnages intensément. La plume est comme toujours raffinée mais légère et hypnotisante.

J’ai été surprise car si l’on pourrait penser de prime abord que le récit se concentrerait sur la relation entre Makéda et Salomon, elle n’en occupe en réalité que la dernière partie. Cela pourra en lasser voire en décevoir certains. Passée l’étonnement, j’ai aimé que l’histoire d’amour soit scellée dans un cadre plus large, qui donne à réfléchir sur les relations diplomatiques, le commerce et la vision du monde des différentes cultures évoquées à cette époque. L’histoire s’ouvre sur l’enfance de Makéda, orpheline de mère et très attachée à son père, qui lui voue une admiration et un amour sans limites, se refusant même à se remarier pour avoir d’autres héritiers. Une trahison obligera le roi et ses fidèles à fuir la capitale du royaume Maryab pour traverser la mer Pourpre et rejoindre l’autre rive du royaume, désormais plus ou moins scindé en deux. On retrouvera Makéda des années plus tard, jeune femme fougueuse qui veut venger l’honneur de sa famille. L’auteur joue tout au long du roman sur ces ellipses qui font avancer le récit efficacement par grandes étapes de vie. La relation père-fille est donc l’un des pivots centraux du roman, bien à propos car elle explique le parcours et le cheminement de Makéda, comment son caractère se forge au contact des amis comme des ennemis, des soupirants comme des traîtres. Femme à la beauté louée de toutes parts, elle a un esprit tout aussi marquant et sait susciter tant l’admiration que la crainte.

J’ai aimé être surprise par la structure narrative où l’on finit par se demander quand et comment Salomon va arriver dans le récit, où les rouages ne nous emmènent pas forcément tout de suite là où l’on s’y attend mais ravivent notre curiosité et s’imbriquent parfaitement les uns avec les autres. Quand enfin la rencontre a lieu, là encore, l’auteur sait créer le suspens, l’attente, nous mettre dans la tête et les nombreux tourments de Makéda, mais aussi de Salomon, dont on découvre le royaume, le prestige, les difficultés à régner aussi. Tourbillon émotionnel, leur attirance commune nous est dévoilée avec lyrisme et densité, à l’instar de ces trois nuits d’union quasi céleste que chante la légende. Et avec tout son art de la narration, l’auteur nous abandonne bien trop vite à notre goût, le coeur et les pensées pleines de rêverie.

Bien plus qu’une histoire d’amour, La Reine de Saba est donc l’histoire de deux fortes personnalités, de leurs royaumes et destinées mutuelles, dans une ère historique particulièrement riche qui continue de fasciner artistes comme chercheurs. Marek Halter nous offre ici un beau roman historique qui donne envie de creuser davantage sur le sujet et dont on ressort émerveillé, comme après le récit d’un conte au coin du feu lors d’une veillée d’hiver.

 

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