la_dame_a_la_camionnette

Quand le célèbre Alan Bennett accepte de laisser Miss Shepherd, vieille femme marginalisée et excentrique au possible, installer sa camionnette sur la pelouse de sa maison londonienne, il n’imagine alors pas s’engager pour une cohabitation longue de presque 20 ans. Une voisine qui va lui faire vivre nombre de situations cocasses, de disputes, d’extravagances en tout genre, tour à tour attendrissantes ou agaçantes, qui en disent long sur la société britannique de son époque et qu’il rapporte dans ce récit.

Émouvant, drôle et interpellant : 3 adjectifs qui à mon sens résument parfaitement ce petit livre.
Doté d’une grande humanité, ce récit dont la forme s’apparente à un journal suivi d’un épilogue éclairant ne laisse pas indifférent. L’auteur manie humour, tendresse et portrait des travers de sa société contemporaine avec une retenue toute British mais qui ne retire rien à l’efficacité de l’intrigue, qui se parcourt d’une traite et a su me faire rire comme me toucher.

Dans les années 70 et 80, Alan Bennett vit à Camden, quartier symbole de la gentrification londonienne rampante, qui oppose graduellement bourgeois progressistes aux exclus de la mondialisation. Il analyse avec honnêteté cette société qui se déploie sous ses yeux à travers le prisme de sa relation avec Miss Shepherd. Évoquant comment il en vient à la connaître, l’accueillir, puis la supporter, elle et ses discours, ses manies et idées loufoques, leur compagnonnage devient une relation unique à laquelle le lecteur s’attache et qui lui donne envie d’en savoir plus sur cette femme intrigante.

Miss Shepherd nous est présenté comme une caractérielle, une femme à la répartie mordante et aux idées bien arrêtées. Vivant de manière extrêmement précaire, elle est audacieuse et n’en décide pas moins d’écrire à Margaret Thatcher pour lui soumettre ses idées, de tenter de se lancer en politique ou encore d’essayer de convaincre Alan Bennett de lui consacrer une émission radio.
Croquant sous formes d’anecdotes rassemblées comme des notes les années passées aux côtés de cette vieille dame peu commode, l’auteur raconte donc l’histoire d’une amitié particulière mais nous parle aussi de ceux dont on n’entend pas la voix, car ils sont invisibles aux yeux du monde : SDF, marginalisés pour des raisons diverses et qui finissent par s’isoler davantage au fil du temps. S’il a la décence de ne pas prétendre avoir la solution, on ne peut que saluer ce qu’il a fait pour aider cette femme, à son échelle, pour que ses vieux jours soient plus sereins.

L’épilogue est d’autant plus touchant qu’il nous permet d’en apprendre plus sur Miss Shepherd, très secrète sur sa vie, son passé, n’ayant distillé que quelques informations au fil du temps à l’auteur, mais lui accordant assez de confiance pour lui confier en quelque sorte ce peu qui lui permettra de reconstituer davantage le puzzle de son existence.

Une belle surprise que ce tout petit récit émouvant et souvent drôle, une histoire de compagnonnage voire d’amitié singulière entre un homme célèbre et une marginale qui permet de dresser le portrait de la société britannique contemporaine avec brio. Je recommande !

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