Hello chers lecteurs !

Voici donc aujourd’hui le texte de notre deuxième finaliste dans le cadre du concours  La bibli de Momiji et Mademoiselle Berthelot fêtent les femmes !

Une fois encore, nous avons toutes les deux aimé ce chouette récit, l’écriture et l’histoire, qui a su nous faire sourire, nous toucher et nous faire voyager dans le temps, l’espace et qui nous donne envie d’en lire la suite !
Merci et bravo Aurélie !

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Gwendoline

13 novembre 1953. Gwendoline allait-elle encore croiser ce lourdaud d’Albert avec son sempiternel  «Salut, comment ça va, Gwen ? » (ne va-t-il donc jamais comprendre que son prénom c’est Gwendoline, pas Gwen ? Qu’il n’aura le droit d’utiliser un diminutif aussi familier que quand elle l’y aura autorisé ?) ; cette vieille Gertrude aura-t-elle encore une de ses migraines dont elle a le secret ? Ces indésirables, ce sont les collègues de Gwendoline. Employée depuis quelques mois dans une grande confiserie parisienne, elle a vite appris qu’elle ne peut compter que sur elle-même et, surtout, qu’une jeune fille de 21 ans n’a pas son mot à dire… sur quoi que ce soit. Qu’à cela ne tienne, elle fait toujours son travail avec sérieux, en mesurant la chance qu’elle a d’avoir cet emploi à une époque où la femme parfaite est mariée, mère au foyer aimante et attentionnée. Très peu pour elle ! Elle veut faire honneur à sa mère et aux valeurs qu’elle lui a léguées, la détermination, l’indépendance et l’estime d’elle-même. En effet, sa mère lui a transmis la force de caractère nécessaire qui lui avait été nécessaire pour affronter l’absence de l’homme de la maison, la nécessité de travailler pour subvenir aux besoins de la famille, gérer l’éducation de ses enfants (Gwendoline a 3 petits frères) tout en maintenant un foyer ordonné pendant la guerre. Autant vous dire que, de la force de caractère, il lui en a fallu pour mener à bien sa mission. Et même si elle a repris sa place de femme au foyer depuis le retour de la paix, elle n’a jamais vraiment perdu ce goût de l’indépendance et l’a transmis à sa fille. Grâce à elle, Gwendoline a réussi à obtenir un diplôme de secrétariat, un emploi, un logement. Inespéré de nos jours. Ne lui manquerait plus que le permis et alors à elle les voyages et autres aventures ! En attendant, elle répond au téléphone, prend les messages et transmet les appels. Mais un jour, oui un jour, elle vivra la vraie vie…

Un client arrive pour un rendez-vous avec le grand patron, M. Partois. Gwendoline l’appelle pour le prévenir et propose un café au nouveau venu pour le faire patienter en attendant que M. Partois puisse le recevoir. Ce client, M. Longstorm, un américain, gère de nombreuses boutiques de bonbons et sucreries en tous genres dans le monde et compte bientôt investir en France. La Confiserie Carasucre lui semble être un bon partenaire pour lui fournir ses premiers bonbons locaux. Le courant passe bien, Gwendoline est sous le charme de l’homme et de sa vie trépidante. Les jours et les semaines se suivent, M. Longstorm continue ses négociations auprès de M. Partois, s’arrêtant toujours dans le bureau de Gwendoline à chacune de ses visites. Un raccompagnement un jour, puis un café, un dîner, deux, trois… le baiser. Tendre mais passionné, plein de promesses auxquelles Gwendoline veut croire.

Ça y est, le grand jour est arrivé. Elle quitte Carasucre pour rejoindre son fiancé et la Sweeties Company. Vivre enfin les voyages, les décalages horaires, la rencontre de nouvelles cultures, quelle excitation ! Elle gratifie Albert d’un « Tchao Albi ! », offre des cachets d’aspirine à Gertrude et part pour sa nouvelle vie sans un regard en arrière. La voiture est là, la portière s’ouvre, tout va enfin…

« Hum hum ! Gwendoline, je peux savoir ce que vous attendez pour venir sténographier le rapport de ma dernière réunion ? Je vous attends depuis dix minutes. » M. Partois ? Gwendoline sortit de sa rêverie. La laitière ne pouvait pas être plus déçue qu’elle. Adieu fiancé, voyages, cultures et liberté. Elle s’apprête à rejoindre son patron avec cahier et stylo lorsqu’un client arrive, la sténographie devra attendre. Il va falloir offrir un café au visiteur pour le faire patienter…

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