Les cahiers d'Esther-La bibli de Momiji

Esther est une petite fille qui raconte une fois par semaine des histoires de son quotidien à Riad Sattouf, qui les a retranscrits sous forme de planches. Vie de famille, école, vacances, copines, rêves pour le futur, interrogations sur l’actualité, obsession pour l’Iphone : Esther en a des choses à partager et son regard est très révélateur de la vision que sa génération porte sur le monde.

C’est la première fois que je parcours un album de Riad Sattouf mais ce n’est pas le dernier je pense ! J’ai vraiment beaucoup aimé l’art et la manière qu’il a eu de retranscrire ses conversations avec Esther, son point de vue enfantin voire préadolescent, avec beaucoup d’humour, de tendresse et une pointe de taquinerie parfois.

Esther est une petite fille que j’ai trouvée drôle et attachante bien qu’agaçante par moments. Concernant ce dernier qualitatif, je crois que ce qui m’a le plus irritée et marquée est son obsession pour les smartphones, que Riad Sattouf dévoile parfaitement en en faisant une récurrence dans les thèmes abordés dans ses bulles. Esther rêve d’avoir un Iphone, en parle étonnamment (trop) souvent, témoignant d’une intense frustration, d’autant plus que ses parents sont catégoriques : pas avant le collège (trop tôt à mon goût). Beaucoup de ses camarades en ont un et c’est vraiment ce qui m’a le plus choquée. D’accord, je suis une vieille schnock comparée à Esther mais je ne pense pas délirer en trouvant scandaleux que des téléphones de ce genre se retrouvent dans des mains si petites sans contrôle. Que l’on veuille pouvoir joindre son enfant ou qu’il puisse le faire, d’autant plus s’il doit prendre les transports etc., je peux le concevoir. Mais pourquoi leur laisser en toute autonomie un objet si poussé d’un point de vue technologie ? Les parents qui font ça se rendent-ils comptent de l’impact sur leur enfant et des risques ? Mesurent-ils la facilité avec laquelle on peut aller surfer sur le web ou les réseaux sociaux avec ces appareils ? L’auteur montre bien qu’entre Youporn et compagnie, l‘innocence de nos chers têtes blondes est réduite à peau de chagrin avec cette déferlante de téléphones dans les cours de récré (officiellement interdits mais la ruse est un instinct chez les petits).
Je dois dire que la lecture de cet album m’a vraiment fait cogiter sur la question et que je persiste à trouver extrêmement négatif et même dangereux de favoriser la possession et l’utilisation par l’enfant d’un smartphone sans la supervision d’un adulte.

Hormis cela, Esther est une petite fille drôle, pleine de joie de vivre, avec de la répartie, qui m’a souvent fait sourire, un peu chipie aussi. Elle m’a rappelée certains souvenirs d’enfance, car malgré le temps qui passe, il y a des choses qui ne changent pas et c’est rassurant. Néanmoins, contrairement à elle, je ne rêvais pas de devenir une star. J’ai éprouvé une pointe de tristesse quand elle parle de Mitchell, ce garçon dont tout le monde, elle inclus, se moque. Les enfants peuvent être cruels.

L’approche de Riad Sattouf est aussi originale qu’intelligente : sans jamais juger, il met en scène les récits d’Esther et réussit à nous imprégner de sa spontanéité, nous donnant l’impression de vivre en temps réel les histoires avec le point de vue de la petite fille. Il permet au lecteur de découvrir son quotidien et d’observer ses schémas de pensée, d’y réfléchir. Avec elle, on apprend quelles sont les nouvelles idoles des jeunes, ce qu’il faut faire pour être populaire, comment réagir face à des copines beaucoup plus riches que sa famille. Elle parle du vécu des attentats du 7 janvier contre Charlie Hebdo, des critères de beauté, raconte à l’auteur comme à un journal intime ce qu’elle ne dit pas forcément à ses parents. Surtout, elle offre un témoignage singulier et très intéressant de sa génération et de notre époque. On parcourt le compte-rendu de cette année de vie telle une belle pièce de théâtre, au rythme envolée de saynètes courtes mais bien concentrées, avec un plaisir renouvelé à chaque page, en raison de la variété des petits et grands événements qui sont relatés.

Immersion parfaite dans la peau d’une enfant de 10 ans, portrait d’une génération et d’une époque, tendre, drôle et cruel à la fois, ce très bon album de Riad Sattouf témoigne de sa sensibilité et de sa capacité à retranscrire avec un grand talent les histoires et émotions d’une petite fille tout en permettant au lecteur de réfléchir à tous les thèmes qui sont abordés. Une belle découverte qui me donne envie d’en lire la suite, l’année des 11 ans de la demoiselle !

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