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Le vert, histoire d’une couleur, Michel Pastoureau, éditions du Seuil

 

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On l’a associé au printemps, à la Nature, à la vie, à la jeunesse mais aussi au poison, à la malchance, à la sorcellerie. Le vert est une couleur ambiguë, tout à tour valorisée puis mal-aimée, qui a canalisée des symboliques opposées à travers les siècles. Michel Pastoureau nous emmène à la découverte de sa riche histoire sociale, artistique et symbolique en Europe, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. 

Le vert est ma couleur préférée : elle me rend joyeuse, va bien avec la couleur de mes cheveux (considération très intellectuelle, vous aurez noté), me fait penser à la nature, bref, je la trouve pleine de pep’s et en harmonie avec ma personnalité. Michel Pastoureau, si vous ne le connaissez pas, est un historien médiéviste, spécialiste de la symbolique des couleurs, des emblèmes et de l’héraldique. J’ai donc attendu avec impatience la sortie du volume qui lui serait dédié, Le Noir (en 2000) et Le Bleu (en 2008) ayant eu précédemment cet honneur. Autant vous dire que quand je l’ai eu entre les mains, mon sentiment était proche de celui qu’aurait eu Arthur entrant en possession du Graal. Et en le refermant, j’ai l’impression d’avoir accompli une quête (de connaissances) aussi précieuse et noble que celle des chevaliers de la Table ronde.

Pourquoi ? Parce que ce livre est une prouesse documentaire extrêmement fine et fouillée, allié à l’esthétisme d’un très bel ouvrage faisant la part belle à l’iconographie. Celle-ci constitue tant un appui à son propos que des pages de respiration propices à éveiller l’imaginaire, à nous emmener en voyage dans des contrées, époques et univers variés. Surprenantes à chaque fois, elles sont autant de pauses que de prolongements de la réflexion. Le Vert est un livre qu’on prend plaisir à tenir en main. Il est certes volumineux et assez grand, mais cela participe de sa majesté. Il fait clairement partie de ceux dont je ne me séparerai pas.

La forme attire l’œil, mais c’est le fond qui le retient. Comment Michel Pastoureau réussit-il donc à retenir notre attention avec une telle aisance sur 240 pages ? La réponse coule de source : tout en faisant preuve d’une érudition impressionnante, il a su rendre son savoir accessible en mariant un langage riche et précis à une syntaxe simple et efficace, qui suit un fil chronologique et une zone géographique, celle de l’Europe. L’auteur a en effet volontairement restreint le champ d’étude à ce continent, pour des raisons culturelles : l’étude de la perception du vert sur ce territoire recouvre déjà une forte complexité, qui serait devenu trop contradictoire s’il avait fallu prendre en compte les cultures du monde entier. Ce qui n’empêche pas Michel Pastoureau, quand besoin est, de faire un rapide parallèle avec d’autres cultures. Je pense notamment à celle de l’Islam. En évitant par ailleurs les voyages dans le temps, il établit déjà une structure nette, en plusieurs chapitres, chacun donnant le ton de l’appréciation de la couleur à l’époque sur laquelle il se concentre. Et comme j’ai déjà pu en parler à plusieurs reprises (je pense notamment à Khadija où je mentionnais un de mes professeurs d’Histoire), il use d’un procédé plaisant et qui a fait ses preuves : l’art de l’anecdote, qui ancre durablement en nous la connaissance des faits et la compréhension des mœurs, époques et contextes.

On se balade dans les siècles et on découvre comment cette couleur instable, chimiquement difficile à fabriquer et à fixer, est peu à peu apparu dans les bijoux, tableaux, vêtements. On apprend avec surprise son absence notoire des blasons, le rôle qu’il a joué dans les déclarations d’amour, qu’il a été célébré dans les poèmes avant d’être voué aux Gémonies, notamment par des théoriciens de l’Art au XIXème siècle, puis à nouveau mis sur un piédestal. Le vert a fasciné l’humanité et a tour a tour été une couleur apaisante, secondaire, complémentaire, maudite et fourbe, chanceuse, avant de s’inscrire jusqu’à aujourd’hui comme la couleur de la Nature, de la santé et de l’écologie. En prenant un angle d’analyse par chapitre (qui chacun couvre une période de 2 à 3 siècles), l’auteur nous fait découvrir le paysage de sociétés en évolution constante mais où des symboliques persistent et s’installent durablement dans l’inconscient jusqu’à aujourd’hui. Un des passages que j’ai adorés et qui illustre ce que je viens de vous dire est celui qui explique pourquoi le vert est une couleur mal vue au théâtre. Ça vient de loin et ce n’est pas qu’une simple superstition !

Je pourrais vous parler de ce livre formidable pendant des heures tant il m’a passionnée, alors je vais juste vous conseiller de vous plonger dans ce bain de vert, rafraîchissant et apaisant d’après moi ! Et si vous n’aimez pas le vert, en plus des deux volumes consacrés au noir et au bleu, sachez qu’il a aussi un petit concentré de l’histoire des couleurs qui se savoure en un rien de temps et qui constitue une très bonne introduction au sujet : Le petit livre des couleurs, co-écrit avec Dominique Simonnet.

 

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Khadija, Les Femmes de l’Islam, tome 1, Marek Halter, éditions Robert Laffont

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Dans La Mecque préislamique, Khadija bint Kowaylid est une riche veuve, femme d’affaires prospère qui doit se remarier pour maintenir son rang dans une société régentée par les hommes. Refusant toute alliance par intérêt, elle va épouser un de ses caravaniers, Muhammad ibn ‘Abdallah, homme pauvre et sans instruction. En dix ans, elle va non seulement lui permettre de se hisser auprès des plus puissants de la mâla, mais former avec lui un couple exceptionnel qui traversera de nombreuses épreuves. Et quand l’ange Gabriel lui apparaît, elle sera la première à lui dire : « Moi. Moi je te crois », posant la pierre fondatrice de l’Islam…

Marek Halter est un écrivain très connu et dont on a beaucoup entendu parler pour ses ouvrages rendant hommage aux femmes et à leur rôle dans la fondation des monothéismes. Après une trilogie consacrée au christianisme (La Bible au féminin), il nous en offre une nouvelle, cette fois dédiée à l’Islam. Le premier volume prend pour figure principale la première femme de Muhammad, amené à devenir le Prophète de cette religion.

J’ai eu le privilège de rencontrer hier soir Marek Halter, pour échanger autour de ce livre. L’auteur est passionnant, touchant et l’homme l’est tout autant. Communicatif, chaleureux, intelligent, porteur de messages de paix et de tolérance, érudit et très accessible, il m’a vraiment impressionnée ! Deux heures avec lui sont passées à la vitesse de l’éclair et j’avais envie qu’il continue de nous parler de ses recherches, de sa volonté active d’œuvrer pour la paix au Moyen-Orient, de son parcours, de ses découvertes pendant qu’il préparait Khadija.

J’ai parcouru les 340 pages qui composent ce livre en moins de deux soirées. La plume de Marek Halter reflète le portrait que je viens juste de vous livrer de l’auteur : on nous entraîne dans un récit vif, composé de chapitres relativement courts qu’on souhaite enchaîner sans s’arrêter. Une fois le livre refermé, on aimerait pouvoir tout de suite commencer le second volume et pour moi, cela signe la réussite de l’auteur à captiver durablement notre attention et notre intérêt. Les ingrédients concourant à nous passionner autant par ce roman historique sont au fond assez simples : l’écrivain a pris le temps de bien se renseigner sur l’époque, les lieux, les personnages historiques, les coutumes et habitudes alimentaires, l’économie (un an de recherche nous a-t-il dit !) et il s’est tant et si bien imprégné de ces connaissances qu’il nous les transmet avec une fluidité magistrale. Quand j’étais étudiante en Histoire, j’avais eu l’opportunité de suivre pendant tout un semestre un cours sur l’Islam médiéval avec Mr Gabriel Martinez-Gros, qui m’avait passionné car ce professeur savait nous transmettre de la même manière un savoir immense sans jamais tomber dans l’écueil de la simple récitation. J’ai retrouvé avec plaisir ce monde du haut Moyen-Âge oriental avec Marek Halter.

L’auteur nous plonge avec délice dans l’univers de ces terres et de ce siècle. Il nous emmène en balade dans l’ambiance exaltée de La Mecque, nous fait ressentir la dévotion des êtres priant leurs 360 idoles entourant la Pierre Noire de la Ka’bâ, on traverse nous aussi les dunes arides du désert et nous entendons le silence, puis le vent balayant ses contrées hostiles. La description de la vie de cour de Khadija, les mets savourés, les jeux des enfants, les traditions d’hospitalité mais aussi les trahisons, coups bas, les intrigues viennent nous plonger totalement dans la vie de l’époque, et met tous nos sens et émotions en éveil. On savoure d’autant plus l’atmosphère car Marek Halter manie anecdotes et détails en les intégrant dans une trame globale extrêmement bien construite, qui permet de densifier le récit.

Lors de la rencontre, il a souligné un point qui est très important à mon sens : celui des personnages fictifs, qui accompagnent ceux ayant réellement existé. Ces premiers apportent selon lui (et je suis entièrement d’accord), de l’épaisseur au récit historique et nous permettent de nous identifier au récit, ainsi qu’aux figures de l’Histoire. Et ils viennent dans ce récit renforcer la présence et la personnalité de Khadija et de Muhammad, en soulignant certains aspects de leur vie. Ashemou et Barrira, deux servantes de Khadija, par exemple, permettent de mettre en avant les doutes, les peurs et les craintes de leur maîtresse, en tant que femme qui se livre, à l’abri des regards qui guettent la moindre faiblesse de sa part.

Second point qui a également retenu mon attention : l’importance du détail, qu’il soit psychologique ou physique. Marek Halter nous a expliqué que c’est souvent cela qui reste en mémoire et permet de se rappeler d’autant plus le récit. Le cousin Waraqà, sage, érudit, possédant les rouleaux de mémoire des Anciens, a une jambe plus courte provoquant une démarche claudicante le rendant reconnaissable entre mille. Simple détail ? Peut-être, mais en attendant, je me souviens de beaucoup de passages du livre où il se trouve grâce à cela ! Surtout que c’est lui qui instruira Muhammad avec ses manuscrits sur les prophètes du judaïsme et du christianisme, qui ébranlera ses croyances, notamment autour de la Ka’bâ et des deux principales idoles de La Mekka, Hobal et Al’lat.

Passons à l’un des points essentiels et fil conducteur de ce livre : Khadija, et plus globalement, les femmes et leur rôle. Khadija, c’est une femme moderne. Elle veut bien se remarier, mais n’être ni la seconde épouse, ni voir son mari entourée de concubines, une norme à l’époque. De plus, elle veut faire un mariage d’amour. C’est une business woman avant l’heure, qui dirige sa maisonnée avec autant de poigne que ses oncles et cousins le font avec les leurs. Quand la peste s’abat sur la ville, elle est la seule puissante à rester, à essayer de trouver une solution, à injecter de l’espoir parmi la population. Un mot de l’auteur m’a beaucoup touchée. A un certain moment, il a dit que quand il s’agit d’une question de vie ou de mort, les femmes sont plus intuitives et plus efficaces que les hommes pour prendre une décision…L’avenir donne raison à Khadija : elle ne fuit pas et gagne ainsi d’autant plus le respect des habitants de La Mekka quand le mal est vaincu. Son amour avec Muhammad témoigne d’une grande force de caractère pour l’époque. Il ne faut pas oublier qu’il y avait 15 ans d’écart entre eux deux et que Khadija a déjà 40 ans quand elle épouse le jeune Muhammed (que l’auteur a ramené à 35 ans dans le livre). On comprend que ce n’est pas un mariage d’intérêt car Khadija veille à d’abord sonder le coeur de celui-ci avant de lui accorder sa couche. Et il lui restera fidèle et monogame jusqu’à ce qu’elle meurt, même quand elle l’enjoint à prendre une maîtresse pour avoir des fils. Marek Halter dresse le portrait d’une femme pleine de conviction, à la fois mère, amante, épouse et dirigeante. Vu depuis ses yeux, on découvre Muhammad avant qu’il ne devienne prophète et cela offre une angle particulier, bien qu’évidemment teinté de romance. On découvre ici des femmes fortes, notamment ses cousines, bien loin de l’image effacée et simplement soumises aux hommes. Bien évidemment, tout n’était pas rose, les femmes n’avaient aucun pouvoir politique. Mais Khadija contourne la règle en imposant Muhammad, droit et honnête, à l’écoute, comme l’une des figures prépondérantes de la mâla – où les clans mènent leurs querelles de faction, s’allient et s’opposent continuellement – prouvant que derrière un grand homme, il y a souvent une femme.

Khadija, pourrait-on penser, il doit y en avoir des tonnes et des tonnes d’écrits sur elle ? Pas du tout ! L’auteur m’a étonnée quand il nous l’a dit mais très peu de choses ont été rédigées sur elle, c’est une figure historique que beaucoup connaissent de nom (et les musulmans en particulier) mais dont la vie est ignorée. Comme Marek Halter le dit, les femmes sont encore trop à la marge de l’Histoire, et on ne peut que le remercier grandement de réparer cette injustice au travers de ses romans.

Enfin, la question religieuse n’est pas centrale dans ce volume puisque la révélation n’intervient que dans les dernières pages. Tout au long du volume, on évolue dans le culte qu’on pourrait dire païen et animiste qui régente jusqu’alors la vie de La Mekka, mais pas seulement. Zayd, le fils adoptif de Muhammad, est lui croyant en un dieu unique, Christus. Loin de tout prosélytisme, Marek Halter délivre un beau message de tolérance. En racontant l’histoire de l’Islam depuis le regard des femmes, il les met à l’honneur et comme l’origine de la vie humaine vient du ventre de la femme, il raconte l’origine de nos religions en les prenant comme piliers fondateurs.

En ces temps de guerres religieuses, de montées des tensions, Khadija et Marek Halter viennent apporter leur pierre à l’édifice de la paix. Et comme il l’a mentionné très justement lors de notre rencontre, retracer les origines de nos religions, c’est revenir à la source de nos comportements, pour mieux les comprendre et arriver ensemble à vivre mieux. Et pour finir, je citerai une de ses phrases que j’ai pris le temps de noter « Si le monde doit changer – et il doit changer ! – cela passera par les femmes ».

C’est un très long article que celui-ci mais Marek Halter est un excellent conteur, un être exceptionnel, de ceux qui laissent durablement une empreinte sur nous et qui nous donnent envie de parler des heures durant de leur travail. Il m’a énormément appris par ce livre ainsi que lors de notre échange. Je vous recommande fortement la lecture de Khadija, tant pour l’histoire – la petite et la grande – que pour les messages qui en ressortent, les connaissances qu’elle vous apportera et la qualité de ce récit qui fait vivre le lecteur au pays des Mille et Une Nuits. J’attends de mon côté le second volume, où Fatima Zhara sera à l’honneur, avec impatience.

Je remercie chaleureusement l’auteur, les éditions Robert Laffont et Babelio pour ce très beau moment en leur compagnie et pour cette très belle lecture.

Le chevalier au bouclier vert, Odile Weulersse, éditions Hachette Jeunesse

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Sous le règne de Louis VI le Gros, au XIIè siècle, Thibault de Sauvigny, jeune et brave chevalier, délivre une magicienne d’un maléfice et se retrouve en possession d’une pierre magique qui guérit ses blessures mais est néfaste pour quiconque d’autre la touche. Issu d’une famille noble mais pauvre, il est amoureux de la fille du Comte de Blois, Eléonore. Mais le fourbe et déloyal Foulque de Montcornet, fils de son seigneur, l’est également et décide de lui mener la vie dure. Tout comme Rosamonde, la soeur d’Eleonore, qui n’arrive pas à le charmer. Elle découvre le secret de la pierre et l’appose sur le front de la jeune fille. Thibault va avoir très peu de temps pour la sauver et beaucoup d’épreuves à endurer…

J’ai déjà pu vous dire à quel point Odile Weulersse avait conquis mon coeur d’enfant, passionnée par l’Histoire, lorsque j’ai parlé du Messager d’Athènes. Devenue une jeune adulte, je retrouve cette atmosphère que j’avais tant chérie dans ce livre. L’auteur a un don incontestable pour nous transporter à une époque et nous immerger dans son ambiance. Ici, au Moyen-Âge, dans ce siècle de la féodalité, de la chevalerie, où la prospérité et le renouveau culturel en font, à mon sens, l’un des siècles de cette période les plus intéressants à étudier.

Le talent remarquable d’Odile Weulersse réside en sa capacité à nous faire découvrir la vie quotidienne de différentes classes sociales de l’époque, au travers d’une intrigue intéressante, dynamique, qui retient notre attention jusqu’au bout. Avec une écriture concise mais généreuse en même temps, tous les pans de la société sont décrits, sans jamais nous noyer sous une masse de détails dont on ne retiendrait rien.
Au contraire, avec simplicité et efficacité, on apprend le déroulé d’une cérémonie d’adoubement, les relations seigneur-vassal, l’organisation de la vie religieuse, les horaires de prière du clergé… On s’imprègne également des us et coutumes de ce siècle, qu’il s’agisse des vêtements que l’on portait, de ce qu’on mangeait, de ce qu’on récoltait, de la vie des châteaux, de leur défense, les tournois et j’en passe. Une carte en deuxième de couverture permet de bien  comprendre comment sont composés les territoires, bien loin des frontières de notre métropole aujourd’hui. Des illustrations viennent accompagner le récit et soutiennent le propos, notamment quand il s’agit de se représenter l’accoutrement d’un chevalier.

Par ailleurs, l’auteur permet une certaine compréhension des moeurs de ce siècle, ce qui à mon sens est très précieux : amour courtois, troubadours et ménestrels, l’ost, la peur du Diable, des sorciers, sens exacerbé de l’honneur (ou pas) entre autres… Et au-delà de cette approche des moeurs sont abordés intelligemment les grands rouages qui composent l’Histoire de cette époque : croisades en Terre Sainte,  rôle de Paris, intérêt pour les grands marchés et foires qui apportent des saveurs, tissus et odeurs exotiques, etc. Enfin, le vocabulaire du Moyen-Âge est présent et expliqué quand cela est nécessaire, ce qui est très appréciable non seulement pour vivre le récit, mais aussi pour en ressortir enrichi !

Vous l’aurez compris, Odile Weulersse valorise ici une période historique qui est souvent teintée d’une auréole sombre et qui pourtant mérite largement d’être connue et appréciée à bien des égards. Abordable dès l’âge de 9 ans, l’ouvrage joint l’utile à l’agréable. Il saura ravir les plus jeunes et rafraîchir votre mémoire si vous ne distinguez plus le heaume du haubert !

 

 

 

 

Le Roman du café, Pascal Marmet, éditions du Rocher

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Julien a 20 ans est et aveugle. Élevé par son grand-père, torréfacteur réputé de Paris, le goût et l’odorat ont été ses meilleurs alliés pour découvrir et devenir un expert en café. Ce breuvage, il en est amoureux, follement. Lorsqu’il est mis à la porte par son aïeul, il part se réfugier chez Jo, sa meilleure amie, journaliste délurée. Et qui décide de demander à Julien de lui raconter tout ce qu’il sait sur le café. C’est le début des aventures et surtout d’un voyage initiatique qui nous emmène au bout du monde mais aussi au plus profond de l’exploration de nos sens…

J’aimerais remercier l’auteur de m’avoir choisie pour lire – que dis-je – déguster ce livre.

J’aime le café. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie selon mon amoureux. Enfant, j’aimais me lever avant tout le monde le week-end pour le préparer car l’odeur était déjà un délice pour mes narines. Autant vous dire que j’avais des attentes aussi élevées que l’altitude de récolte de certains des plus grands crus du monde. Et j’ai été ravie.

L’intrigue est certes assez simple. Un panel bien serré de personnages et un fil linéaire qui ne vacille pas, la dose équilibrée amour-amitié-aventure-bon-méchant etc. Mais qu’importe, l’histoire n’est que le prétexte à la mise en scène d’une autre plus importante, celle du riche et noble café. A travers notre passionné du divin breuvage, on apprend mille et une anecdotes formidables. Il y a une âme d’historien qui se manifeste dans ce roman, pour mon plus grand plaisir.

C’est là toute la réussite de ce livre : ici, vous ne trouverez ni un exposé morne, ni une conférence à rallonge comme nous en avons tous vécu. Je pense en particulier aux anciens et actuels étudiants en Histoire qui me lisent/me liront. Sachez que 5 années d’Histoire durant, j’ai connu ces moments ennuyants. Mais j’ai aussi et surtout connu ceux merveilleux de professeurs qui savent retenir votre attention des heures et des heures durant en mariant les faits à l’anecdote, en nous immergeant dans une époque et son ambiance. Et Pascal Marmet se situe définitivement dans cette catégorie d’orateur.

De l’origine probable du mot, « Qahwa » (utilisé par les soufi et qui signifie « qui ravit et incite à l’envol »), à ses usages, ses interdictions, les voies diplomatiques qu’il ouvre, les traditions qu’il suscite, tout, tout, tout, vous allez tout savoir sur le café. Ou presque. Vous découvrirez tantôt les légendes entourant sa découverte, vous apprendrez qu’en Turquie, une femme pouvait demander le divorce si son mari ne pouvait pas lui fournir sa dose quotidienne de café. Qu’une variété, le kopi luwak (essentiellement produit dans l’archipel indonésien), est récolté après être passé dans l’estomac du luwak, animal local…Vous serez stupéfait par l’impact qu’il a eu sur l’histoire de France, pourquoi Molière tourne en ridicule la mode des salons turcs dans le Bourgeois Gentilhomme. Et au-delà de l’histoire, c’est toute l’économie du café, ses vertus thérapeutiques, les conflits politiques, les impacts environnementaux ainsi que les mauvaises pratiques engendrées qui vous seront narrés avec justesse et sans lourdeur.

J’aimerais tout de même souligner un point (juste pour chipoter) : une chronologie, comme disait l’un de mes professeurs d’Histoire contemporaine, c’est une question de choix, de logique, elle se doit d’être concentrée et de relier tous les aspects de l’Histoire entre eux. Celle de ce livre est un peu bancale par moments. On trouve notamment à deux dates éloignées le même fait… Mais elle reste tout de même intéressante à consulter.

On finit sur une note gourmande ? Préparez-vous vraiment à un éveil de vos papilles et de votre nez, votre toucher même, à l’explosion de votre imaginaire. En vous expliquant les différentes manières de préparer le café, de le déguster (un exemple ? Le mazagran : avec de l’eau de vie), l’infinie variété des arômes et saveurs, vous voyagerez très loin. Géographiquement, de Paris au Costa Rica entre autres. Mais aussi dans l’esprit de ceux qui nous permettent de le déguster par leur travail. Et enfin, au plus riche des saveurs et des parfums. Vous apprendrez même quelques bases du jargon des experts !

Si vous aimez le café, comme moi, vous serez conquis. Vous aurez tout au long de la lecture envie de vous précipiter chez un torréfacteur pour toucher les grains, pour sentir et comparer les crus, vous épater des contrées d’où il sont issus. Vous aurez envie de goûter à tout et en ce qui me concerne, de faire encore plus attention à la provenance, au label écolo et équitable quand je le peux. Et vous voudrez vous aussi investir dans l’une de ces nombreuses cafetières à l’ancienne qui à en croire notre héros, font jaillir un nectar digne des dieux de l’Olympe ! Et si vous ne l’aimez pas, c’est un roman qui vous plaira quand même, pour peu que vous soyez curieux.

Bonne dégustation et bonne lecture !

Le Sabre des Takeda, Inoue Yasushi, éditions Philippe Picquier

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Au XVIe siècle, les seigneurs de clans se battent ardemment et continuellement pour gagner des territoires sur leurs voisins. Intrigues, complots, stratégie, offensives, ruse et violences composent le quotidien de ces guerriers qui n’ont pour seul but que celui de la renommée de leur clan. Yamamoto Kansuke, personnage historique auréolé de légende, est le stratège du clan Takeda. Disgracieux mais redouté, il n’aura de cesse de multiplier les opérations pour tenter d’unifier le Japon sous l’égide de son seigneur et parallèlement, protégera sans cesse la concubine Yubu qu’il admire.

Voici un nouveau livre que j’ai reçu à Noël de la part de mon amoureux. Yasushi Inoue est un auteur que j’ai tout d’abord découvert avec Le Loup bleu et La Favorite, tous deux également publiés chez Picquier. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas plongée dans une de ses oeuvres…

Avant toute chose, j’aimerais souligner que Yasushi Inoue a le mérite de maîtriser avec une grande rigueur et un sens inné de la chronique son récit. En se basant sur des faits avérés, il dépeint une époque charnière dans l’Histoire du Japon, tout en la romançant. Les personnages sont nombreux, tout comme les batailles, mais jamais l’auteur ne perd le fil conducteur principal et réussit le tour de force de maintenir notre attention jusqu’au bout.

Je ne suis pas du tout fan des récits de bataille, des faits de guerre, des stratégies militaires. C’est pour cette raison que ce livre – ou plutôt son thème majeur – est celui que j’ai le moins aimé de l’auteur. Mais cela a tout de même été une lecture agréable, car le style de l’auteur est fluide, il ne s’encombre pas de descriptions inutiles et à rallonge, il ne rentre pas dans trop de détails de batailles, qui pour le coup m’auraient probablement fait passer un mauvais moment. Au contraire, il trouve le compromis idéal : l’action se mélange à des moments plus calmes où l’on découvre la psychologie des personnages, la vie de l’époque. Où même parfois une touche de douceur émerge avec des descriptions courtes mais poétiques de paysages. So Japanese, comme je les aime.

A mon sens, Le Sabre des Takeda, tout comme les autres livres de Yasushi Inoue que j’ai mentionnés, s’adresse à un public initié, ou au minimum sensible à l’Histoire de ces régions. Il ne s’agit pas d’un simple déroulé de combats mais bien de la retranscription de la construction du pays, des débuts du Japon moderne. Il y a dans l’écriture de l’auteur un certain sérieux, un hommage au pays en quelque sorte, qui lui confère une dimension instructive. Bien sûr, il n’oublie pas, grâce aux concubines, d’y ajouter une dose de sentiments, d’émotion, pour éviter de tomber dans l’écueil d’une simple chronique militaire uniquement peuplée de personnages belliqueux, ce qui nous ennuierait vite.

Bref, c’est un livre bien écrit mais que je ne conseille pas d’emmener à la plage, lors d’un pique-nique…plutôt chez soi ou dans une atmosphère calme et propice à la concentration. Mais après tout, à vous de voir… Et surtout, à vous de lire !

La fin de l’homme rouge ou le temps du désenchantement, Svetlana Alexievitch, éditions Actes Sud

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Svetlana Alexievitch est une journaliste et écrivain née en Ukraine en 1948. Depuis les années 80, elle étudie et tente d’analyser, au travers de ses ouvrages, l’URSS et sa mémoire. Le 26 décembre 1991, la dissolution de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques est prononcée. Dès lors, la mort de l’Homo sovieticus est signée et l’évolution de son espèce apparaît incertaine avec la nouvelle expérimentation du capitalisme. Deux décennies se sont écoulées et que connaît-t-on vraiment de la Russie, du Tadjikistan, de la Sibérie, de tous ces pays unis par un Parti et subitement éparpillés ? Mais surtout, que sait-on de leurs femmes et de leurs hommes ? Dans La fin de l’homme rouge, l’auteur décide de leur donner la parole et ce ne sont pas les archives ni les recherches historiques qui alimentent le propos, mais les émotions et les souvenirs qui nous frappent très fort et viennent apporter tout un nouvel angle à notre vision des choses…

Ici, on ne vous donnera pas un cours d’histoire, on ne tentera pas de vous retracer de manière neutre les grandes dates et événements qui ont construits, alimentés et signés la fin de ces républiques fédérées. Stevlana rencontre ces êtres qui témoignent, longuement ou par bribes, et qui en nous racontant ce qui a été ou fût leur quotidien pendant l’Union soviétique, juste après sa fin ou leur vie en 2012, nous en disent plus que ce que n’importe quel manuel avait pu m’apprendre jusqu’à aujourd’hui. Le parti-pris de l’auteur est de faire parler de cette utopie, de cet idéal, de cette catastrophe selon les voix, en évoquant les souvenirs d’une enfance, de plats, de musique, de paysages, d’habitudes, la peur, la haine, le ressentiment, tous les sens et les sentiments propre à notre espèce pour tenter d’en dégager une approche plus humaine et moins factuelle. Comme l’auteur l’explique : « Je pose des questions non sur le socialisme, mais sur l’amour, la jalousie, l’enfance, la vieillesse. Sur la musique, les danses, les coupes de cheveux. Sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. De deviner quelque chose…L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne. »

C’est ce passage du livre (lu en quatrième de couverture tout d’abord), qui a retenu toute mon attention. J’ai un Master 2 d’Histoire, cette discipline m’a toujours passionnée depuis l’enfance. Autant vous dire que j’ai toujours lu énormément d’ouvrages plus ou moins académiques à ce sujet, sur des époques et thématiques diverses. Comme j’ai déjà pu l’évoquer dans mon article sur Limonov, les pays de l’Est et la Guerre froide ont fait partie des champs d’étude que j’ai beaucoup creusés. Mais au-delà d’extraits de biographie, je n’avais jusque là pas lu d’ouvrages de ce genre, prenant le parti d’interroger des inconnus et d’écouter leurs pensées sur cette drôle d’époque.

Et l’exercice est fascinant. C’est un ouvrage sublime que signe Stevlana Alexievitch. Scindé en deux parties historiques (1991-2001 et 2002-2012) et dix grandes histoires ou plutôt thématiques, cette polyphonie de voix qui s’enchaînent m’a emportée, m’a arrachée des larmes, m’a même – je l’avoue – fait passer de très mauvaises nuits. Car je ne vous mentirai pas. Cet ouvrage est passionnant pour toute la richesse des témoignages qu’il offre mais certains passages sont extrêmement durs à lire. Il y a des histoires qui sont proprement horribles et, je vous l’assure, vous font fortement douter de l’humanité de certains êtres. Ce livre est globalement triste. La Russie, ce qu’on en voit dans les médias, c’est une minorité d’oligarques qui s’enrichissent, le nationalisme montant, le pays qui tient tout le monde et peut taper du poing sur la table parce qu’il a les moyens de couper le gaz s’il le veut à pas mal de personnes en Europe, c’est Poutine qui dit qu’il ira trouver les terroristes Tchétchènes jusque dans les chiottes. C’est vrai tout ça. Mais c’est bien plus compliqué que ça.

C’est toute une population qui même si elle a été mise dans les camps staliniens, a vu ses parents emportés en pleine nuit par la police, dénoncés par des voisins qui convoitaient les 3m² supplémentaires de leur chambre dans l’appartement communautaire, a vu des exécutions, des enfants mourir de faim sous ses yeux, des hommes torturés à mort, et tant d’autres horreurs, regrette l’URSS et le communisme. Une population qui voudrait fusiller ces nouveaux riches. Des êtres qui ne comprennent plus le monde où ils vivent. Où ils n’ont plus leur place. Où avec leur salaire ils ne peuvent manger que des pommes de terre et voient les hommes âgés décorés de tous les grades de l’armée soviétique mendier un morceau de pain dans la rue. Ce sont des personnes qui hier encore étaient tous frères et soeurs soviétiques, partageaient tout, vivaient en harmonie avec leurs différentes coutumes et qui du jour au lendemain s’entre-tuent parce que l’un est Arménien et l’autre Azerbaïdjanais…

Je ne peux pas résumer 540 pages de vécus et de témoignages différents en un article. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que cette lecture, bien que difficile et poignante, m’a beaucoup apportée et qu’elle a l’honneur de mettre en avant ceux que l’on entend jamais. Point besoin d’être en accord avec ce qu’ils disent, ils ne sont même pas d’accord entre eux. Mais si vous voulez en savoir plus sur la vie de ces ex pays de l’Union soviétique, je ne peux que vous recommander cette lecture. L’auteur nous emmène avec elle dans ces histoires, dans ces souvenirs, et sans prétention, elle les partage avec nous. Pour faire vivre ces voix qui autrement n’auraient jamais pu être mentionnées. Mais ce livre, c’est aussi l’interrogation sur le sens et l’enseignement de l’Histoire, ses évolutions, ses perceptions selon que l’on est vainqueur ou vaincu. Car après tout, « L’histoire, c’est la vie des idées. Elle n’est pas écrite par les gens, mais par l’époque. »

Grandes dates de l’histoire, Jean-Michel Billioud (textes) et Rémi Saillard (illustrations), éditions Nathan

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Quand j’ai commencé mes études d’histoire (je vous parle d’un temps (pas si) lointain), un de mes professeurs nous a expliqué, dans un de nos premiers cours, qu’établir une chronologie est toujours difficile, car cela implique forcément des choix. Alors une chronologie des plus grandes dates de l’histoire, je ne vous en parle même pas !

A la dernière édition de Masse Critique, je suis tombée dans la sélection des livres sur cet ouvrage à la couverture tonique, qui m’a tapée à l’œil. L’histoire est une passion et l’a toujours été. Autant vous dire que j’étais ravie d’avoir été sélectionnée pour le chroniquer. Lire la suite

Le Messager d’Athènes, Odile Weulersse, Hachette Jeunesse

Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, dans la palpitante ville d’Athènes, qui découvre les prémisses de la démocratie, notre jeune héros, Timoklès, est un mordu de sport. L’un de ses loisirs préférés est le combat à mains nues dans le stade, où la foule vient l’admirer lui et les autres athlètes. Son monde bascule quand la ville prend la décision d’ostraciser son père. Avec sa soeur Chrysilla, ils décident de le suivre. Mais ils n’imaginaient pas que cette promenade allait se transformer en périple jusqu’à l’empire Perse et que leur aventure les mettrait sur la route de pirates, de naufrage, de tyrans et de bien d’autres épreuves qui les entraîneront jusqu’à la célèbre bataille de Marathon. Lire la suite

Caïus et le Gladiateur, Henri Winterfeld, Hachette Jeunesse

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Belle découverte que celle de la suite d’un roman qui avait marqué mon enfance : L’affaire Caïus, qui mettait en scène une bande de copains, fils d’illustres personnages, vivant dans la Rome du premier siècle après Jésus Christ, celle de Tibère, et menant une enquête pour sauver l’un des leurs. Tout cela avec l’aide de leur précepteur Xantippe. Lire la suite

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