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La bibli de Momiji

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Littérature asiatique

Du Japon à l’Inde en passant par le Vietnam…

Les 7 roses de Tôkyô, Inoue Hisashi, éditions Philippe Picquier

Les années douces, Kawakami Hiromi, éditions Philippe Picquier

Haïkus des quatre saisons, Estampes d’Hokusai, Editions du Seuil

Les Deux Paysages de l’empereur, Chun-Liang Yeh et Wang Yi, éditions Hong Fei

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Dans la Chine du VIIIème siècle, la princesse Lan est nostalgique de sa région natale, le Sichuan. Son mari l’empereur souhaite apaiser son coeur et décide de demander à deux célèbres peintres de lui fournir chacun une fresque représentant les paysages de sa région tant aimée, aussi connue sous le nom de pays des nuages. Maître Li le méticuleux et maître Wu le spontané ont trois mois pour honorer cette commande. Vont-ils y arriver ?

Ce merveilleux album est une ode à l’art, à l’amour et à la beauté. En s’inspirant de deux figures qui ont réellement existées, celles des deux deux peintres Li et Wu, les auteurs ont composé un ouvrage empreint de douceur et faisant appel à notre imagination. En jouant sur le pouvoir de l’évocation, ils nous invitent à éveiller notre propre sensibilité et nous immergent dans un univers magique où chacun pourra interpréter avec son regard unique les pages parcourues.

J’ai vraiment eu un coup de cœur pour ce livre tant pour le fond que pour la forme. Côté objet, on a affaire à un assez grand format, qui n’est pas cependant pas imposant. Une tenue facile en main permet de plonger le nez dedans avec délice. Et une fois que l’on commence à le feuilleter, on n’en sort plus : les dessins sont sublimes, magnifiquement colorés, soignés et très délicats. Il s’en dégage un effet parfois vaporeux, comme si l’on était dans un songe, et qui établit une belle résonance avec le nom de la princesse : Lan signifie « Brume de montagne ». Au fil des pages, on passe du palais aux paysages variés du Sichuan, on gambade gaiement et cette balade m’a enchantée.

Sur le fond, l’histoire est en elle-même belle et touchante. Mais ce qui est encore plus appréciable est que le récit est ici le prétexte non seulement à la mise en scène de plusieurs messages mais aussi à une ouverture culturelle. En filigrane du texte se dresse la quête et la vision de la beauté, qui est propre à tout un chacun et revêt des formes variées. Maître Li va s’enfermer pendant 3 mois dans le palais pour rester concentré sur cette peinture tandis que Maître Wu va partir s’imprégner de l’atmosphère du Sichuan avant de peindre en 3 jours sa fresque, une fois les fragrances et paysages ancrés dans son esprit. Un doux message sur la notion très personnelle de la perfection vers laquelle chacun tend différemment. A la fin de l’histoire, quatre pages nous proposent de partir à la découverte de la géographie, de l’écriture et du noble art de la peinture en Chine. De quoi prolonger agréablement le voyage et nourrir la réflexion … Et petit plus qui ne gâche rien : une image panoramique d’un mètre de large accompagne l’album pour nous laisser sur une atmosphère onirique.

C’est la première fois que je parle d’un livre des éditions HongFei, que je vous invite à découvrir, car en plus de la qualité de leurs ouvrages, leur ligne éditoriale m’a tout de suite énormément plu !

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Le Ruban, Ogawa Ito, éditions Picquier

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Sumire, une grand-mère un peu fantasque et passionnée par la faune ailée, se met à couver un œuf dans son chignon. Avec l’aide de sa petite-fille, Hibari, elle le fait éclore et nomme l’oiseau Ruban. Car cette perruche callopsite les reliera désormais pour l’éternité. En prenant un beau jour son envol, Ruban ne se doute pas qu’il va bouleverser la vie de tous ceux qu’il rencontre et tel un ange gardien, leur apporter réconfort, lumière, joie, espoir et liberté.

J’avais déjà été profondément séduite par Ogawa Ito dans Le restaurant de l’amour retrouvé et c’est un sentiment qui s’est renforcé tout au long de cette lecture. Son écriture aérienne est non seulement pleine d’amour, de générosité et de tendresse, mais aussi très sensuelle. Avec une grande délicatesse, elle réveille notre ouïe, notre vue et notre goût, nous donne l’impression de caresser nous aussi cet animal céleste. Tout au long des pages, on vogue sur un flot d’émotions intenses mais dont on ressort paradoxalement apaisé et plein de joie. C’est toute la magie d’Ogawa Ito : elle nous embarque dans un univers où tout notre être s’investit et se prend à vivre ses mots. Et à l’image de cet oiseau, on avance en confiance et on se laisse emporter en douceur vers le hasard des rencontres.

La beauté de ce texte m’a énormément touchée. Tant par son style que par l’éventail des personnages mis en scène, l’auteur sait parler à notre cœur et nous offre une galerie d’environnements, de contextes très variés qui font sans cesse rebondir le récit, en créant des passerelles entre les différentes histoires. Ruban fait entrer en écho des vies qui semblent très éloignées les unes des autres avec naturel, réveillant la conscience que nous sommes tous reliés. Grand-mère qui voit en Ruban la réincarnation d’un amour mort avant d’avoir pu commencer, jeune femme apaisée après avoir perdu un enfant, grande sœur qui le chérit comme souvenir d’un être cher, vieille femme qui retrouve un souffle de vie au crépuscule de la sienne, et tant d’autres destins sont tissés et reliés au fil du déploiement de ses ailes. Symbole d’attachement et de liberté, Ruban est celui qui en partageant l’intimité de ceux qu’il croisent favorise les rencontres, les fous rires, qui fait naître les moments précieux et scintillants, qui ravive la flamme de cœurs parfois assombris et apporte une certaine douceur de vivre. En abordant des thèmes parfois tristes et graves, on ressent la culture japonaise de l’auteure dans ce rapport à la mort, qui n’est pas une fin mais le début d’un nouveau cycle. La relation humain-animal devient une amitié évidente, empreinte de respect et de transmission. L’instinct comme l’innocence de cet être réveillent les nôtres en laissant une douce atmosphère dans notre esprit. Présent sans être intrusif, Ruban est comme notre petite voix intérieure qui nous guide et nous console, nous apprend à (re)déployer nos ailes et va apprendre à voler à ceux qui en ont besoin

Ogawa Ito nous invite dans ce roman à nous saisir avec spontanéité des bonheurs que la vie nous offre. Ce texte est une ode à la beauté du monde qui nous entoure, qui nous incite à ralentir, à entrer davantage en contact les uns avec les autres et à prendre confiance en nous. Elle fait jaillir une lueur d’espoir et d’optimisme en toute situation pour nous rappeler de ne pas laisser l’ombre l’emporter sur la lumière. Ce recueil de nouvelles, qui se transforme progressivement en un conte, nous emmène dans un voyage bouleversant et plein de grâce, où le concert des voix forme une unité harmonieuse, poétique et colorée.

Et puis, Natsume Sôseki, éditions Le Serpent à plumes

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Dans le Japon en pleine mutation du début du XXe siècle, où le paysage traditionnel se mêle à l’importation culturelle et économique de l’Occident, Daisuké est un jeune trentenaire oisif, entretenu par sa riche famille tokyoïte. Celle-ci s’évertue à essayer de marier cet être retranché, qui ne trouve de satisfaction que dans l’inaction, l’esthétisme, la théorie plutôt que l’action. Une chemin de vie qui va être bouleversé quand il va tomber amoureux de la seule femme pour laquelle la société ne lui permet pas d’avoir de sentiments…

Natsume Sôseki dresse dans chacun de ses romans le portrait de la société dans laquelle il vit et usant d’un regard affûté, prend le prétexte de la fiction pour dresser des parallèles percutant avec l’évolution de son Japon. Plein de compassion pour ses compatriotes tiraillés par tous les changements sociologiques et moraux que l’ouverture au monde occidental engendrent, cet intellectuel de l’ère Meiji  met sa plume et ses connaissances au service de la rédaction d’ouvrages qui traversent le temps et dont les questionnements semblent toujours d’actualité. Avec un sens aigu et poétique de la description, Et puis nous emmène dans un récit posé mais paradoxalement haletant.

Au travers du cheminement de Daisuké, ce roman est une interrogation sur la perspicacité – voire le cynisme -, les regrets puis la résignation que l’entrée définitive dans l’âge adulte signent. Ce jeune homme fait subventionner son train de vie par sa famille car il a décidé que travailler pour gagner sa vie est plutôt vil et que tant qu’il peut s’en passer, il en profite. Un personnage qui se veut raffiné et qui est somme toute assez peu aimable au début du récit, j’en conviens. Néanmoins, au fur et à mesure que le tissu de ses relations sociales nous est dévoilé, qu’on le suit dans ses interrogations, ses affres psychologiques, il prend une dimension plus subtile qui le rend intriguant. Car l’amour va venir par frapper son cœur et malheureusement, Cupidon n’a pas lâché ses flèches là où il aurait fallu. Figurez-vous que notre ami va réaliser qu’il est amoureux de la femme de son meilleur ami, pour qui il a joué les entremetteurs trois ans auparavant. Rien que ça  ! Bon malheureusement, vous additionnez cette situation embarrassante aux codifications de l’époque et vous comprenez que ça va barder. Surtout que les sentiments sont réciproques.

La magie de ce récit, c’est que le déroulement de l’intrigue va crescendo. Ce n’est finalement qu’assez tard que l’action prend un tournant décisif, mais pour autant, la lecture n’est marquée par aucune longueur. La fluidité des mots et le déroulé de la pensée de Daisuké nous embarquent dans une réflexion esthétique sur le monde et moi qui valorise plus les intellectuels que les « fonctionnels » dirons-nous, je me suis par moments sentie en accord avec certains traits et piques que notre héros peut exprimer auprès de ceux qui l’asticotent. Car oui, il n’a pas que des amis et même parmi eux, les finances peuvent venir modifier les relations.  Quand on bénéficie d’une rente qui permet d’avoir le loisir de cultiver son cerveau plutôt que d’avoir besoin de remplir son compte en banque, ce n’est pas facile à tolérer pour beaucoup de personnes. Mais cette aisance et cette facilité de premier abord se révèlent plus complexes quand on rentre en coulisses : l’argent est un vecteur de pouvoir et le père de Daisuké sait en user pour tenter de lui faire accepter les unions arrangées qu’il concoctent en vain. Hiraoka, meilleur ami de Daisuke, revient à Tokyô endetté et au chômage, contraint de lui demander un prêt. Un prêt qui va le rendre haineux et diminué, entraîné dans une spirale infernale, cependant que Daisuké offre en douce de l’argent à son épouse, qu’il aime secrètement. Les jeux de pouvoir sont présents tout au long du livre et dressent peu à peu le piège dans lequel tous les personnages tombent chacun à leur tour. Mais ce livre est aussi l’occasion de se pencher sur  l’évolution des rapports père-fils. A l’honneur et au patriotisme, au respect des ancêtres de son paternel, Daisuke préfère l’hédonisme, l’accomplissement personnel. Un vrai individualiste dans un pays marqué par la notion de l’intérêt du groupe, plus encore à l’époque qu’aujourd’hui.

Digne d’une tragédie grecque – Natusme Sôseki étant nourri par les oeuvres occidentales, il ne faut pas s’en étonner – Et puis, nous fait passer progressivement d’une agréable brise d’été à un ouragan émotionnel détruisant tout sur son passage. Renoncements, choix et responsabilités sonnent aux oreilles de notre héros comme autant de coups de canons au fur et à mesure qu’il avance vers le destin qu’il se choisit. Un roman poignant avec une écriture poétique, calme et puissante que je vous recommande chaudement.

 

Ecrire au Japon, Le roman japonais depuis les années 1980, Ozaki Mariko, éditions Philippe Picquier

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Quand Kitchen de Yoshimoto Banana paraît en 1987, loué et adoubé par les prix littéraires, nombreux sont les observateurs et critiques à y voir un symbole fort du renouveau et de la rupture dans l’histoire de la littérature japonaise. Et ce n’est pas le seul. Que s’est-il passé de 1980 à aujourd’hui ? Comment le paysage littéraire japonais a évolué et muté ? Comment les changements culturels, sociologiques et technologiques ont affecté les écrivains ?  Tant de questions auxquelles Mariko Ozaki tente de répondre synthétiquement, en analysant avec son regard japonais la place et la perception des auteurs nippons dans son pays. Une balade qui ne se veut pas plus sérieuse que nécessaire pour comprendre les grands rouages de l’histoire littéraire japonaise et mieux connaître ses écrivains. 

Je vous vois venir et je vous entends presque : « avec un titre pareil, ça doit être un ouvrage académique, difficile, pas agréable à parcourir ». Vous avez peut-être même employé des mots moins policés. Stop. Je vous arrête tout de suite. Certes, ma passion pour le Japon joue sur ma subjectivité et mon intérêt pour sa littérature aiguise probablement ma curiosité, mais ce petit ouvrage est un vrai bon moment de lecture, aussi divertissant qu’instructif. Evidemment, il s’adresse à un public d’initiés ou tout au moins à des personnes souhaitant mieux comprendre la littérature japonaise contemporaine, ses modes, ses mouvements, ses changements. Mais il est loin d’être un pavé vous assommant plus vite qu’un somnifère (enfin j’imagine, je n’en ai personnellement jamais pris, mon sommeil est un ami fiable).

Premier intérêt de ce livre : avoir le point de vue d’un autochtone sur les écrivains japonais et au-delà, sur la panorama littéraire global du pays. Qui plus est, une journaliste et critique littéraire qui a menée une réflexion pertinente, poussée et pourtant concentrée sur l’essentiel pour ne pas perdre un lecteur qui pourrait rapidement être noyé sous la masse d’informations. En tentant de répondre à diverses questions sur cette période relativement courte, elle apporte un point de vue original qui vient enrichir notre compréhension et fait évoluer notre regard sur les plumes les plus célèbres parvenues jusqu’à nous telles que celles d’Haruki Murakami, Yoshimoto Banana et Wataya Risa, pour n’en citer que quelques unes. Car l’un des débats est bien sûr celui de la mondialisation de certains auteurs japonais et donc de la persistance d’un style proprement japonais, mais est également évoqué celui de la perte des spécificités de l’écriture et donc d’une partie de son identité (idéogrammes vs. alphabets syllabaires, anglicisation), notamment avec les nouvelles technologies.

Deuxième point qui me semble souligner la qualité de ce livre : en choisissant d’être concise et de se centrer sur le fil du mouvement de la littérature davantage que sur le paysage complet des écrivains y ayant participé, l’auteur fait des choix qui permettent de dresser un portrait compréhensible, un paysage harmonieux où l’on réussit à rassembler les pièces du puzzle de manière fluide. Certes, cela implique de ne pas évoquer tout le monde et de ne pas rentrer dans trop de détails, mais c’est justement ce qui contribue à le rendre dynamique et à maintenir notre attention. L’auteur le présente d’ailleurs tel que : il s’agit ici d’établir une synthèse pour délivrer les clés permettant de situer l’ensemble. Et si après cette lecture, votre appétit n’est pas satisfait, vous trouverez de nombreux ouvrages pour combler le manque. Ce qui est aussi agréable, c’est qu’au-delà de l’analyse de cette période, l’auteur crée des passerelles qui permettent de resituer la littérature japonaise depuis la fin XIXè – début XXè siècle et de comprendre les « écoles » d’écriture, les influences plus ou moins pérennes dans le style de certains auteurs, les grands mouvements s’opérant.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié la volonté de Mariko Ozaki de marier une analyse se voulant neutre à la diffusion d’anecdotes professionnelles, en intégrant des questionnements et des opinions qui viennent colorer le récit et l’humaniser encore plus.

 

Un ouvrage simple à lire qui nous en apprend donc beaucoup en peu de pages sur l’histoire de la littérature japonaise, et au final sur l’évolution de la société dans son ensemble. Et pour ceux qui auraient peur de ne pas pouvoir s’y retrouver, sachez qu’une notice bio-bibliographique à la fin de l’ouvrage vous sera un guide utile pour vous repérer et partir à la découverte des riches trésors de la littérature japonaise, d’hier et d’aujourd’hui.

PS : Avez-vous remarqué que lorsque je parle d’un livre type essai ou non-fiction de manière générale, j’ai tendance à retrouver mes réflexes d’étudiante en Histoire et à structurer mon article comme une petite dissertation ? Chassez le naturel…

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Haruki Murakami, éditions 10/18

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Dans le Japon des années 60, à la croisée de l’enfance et de l’adolescence, Hajime rencontre Shimamoto-san, sa voisine qui boite. Il éprouve immédiatement envers elle une attirance que son jeune âge ne permet pas de réellement bien comprendre. Il se contentera de bercer les après-midis passés en sa compagnie de musique et de complicité. Perdue de vue, il la retrouve, presque 30 ans plus tard, et ressent un désir et une nostalgie irrépressibles. Shimamoto-san l’énigmatique le fait naviguer sur les rives des idéaux perdus, réveille ses contradictions et nous emmène dans une quête troublante.

Haruki Murakami signe encore une fois une oeuvre où l’on reconnaît instinctivement sa plume, chargée d’une encre moderne, dense mais aérienne, tellement douce et envoûtante. Son écriture subtile qui manie les temporalités avec une dextérité formidable ne peut que conquérir une fois de plus mon cœur de lectrice. Dans ce roman, l’auteur joue une mélodie calme qui s’imprègne en nous, une balade d’émotions, de sons et de sens qui vient nous envelopper comme ces disques qu’écoutaient Hajime avec Shimamoto-san enfants, les rangeant ensuite précieusement comme des trésors secrets.

Si le titre de ce roman se rapporte justement à certains morceaux qu’Hajime et Shimamoto-san chérissent, la signification qu’ils revêtent est interprétée différemment par ces deux personnages selon l’époque de l’écoute. La musique a dans ce livre un rôle majeur : elle est une entité, une âme, prend presque par moments une consistance matérielle. Toujours, elle est une vieille amie, une conseillère, qui marque notamment le passage à l’âge adulte, son acceptation, avec les renoncements et la perception clarifiée du monde qu’ils impliquent. Une grande poésie se dégage de cette utilisation et vision de la Musique.
Tout au long du parcours de la vie d’Hajime, nous suivons son cheminement, son évolution, avec un regard discret et pénétrant tout à la fois sur ce narrateur. Les femmes qui accompagnent son quotidien, celles qu’il a abandonnées, aimées mais perdues, suivies mais non abordées, sont les clés de voûte de la trame et rythment le récit de manière intense. Chacune laisse une trace sur sa vie et revient vers lui à un moment de son existence, aussi naturellement que le cycle des saisons.

Le jazz et le blues occupent une grande place dans l’histoire et font partie de l’ADN d’Hajime, berçant ses songes comme ses questionnements. Ses notes viennent à nos oreilles presque inconsciemment, relevant davantage encore un univers sensuel et évanescent.
En effet, l’érotisme est une constante de ce roman, mais il vient toujours s’intégrer avec délicatesse et c’est davantage sa fragrance persistante dans l’écriture, les soubresauts qu’ils entraînent dans l’avancée de l’histoire qui nous restent que ses représentations. Haruki Murakami réussit en effet à mettre en scène ce pan de la vie qui est au cœur des préoccupations du personnage principal sans que cela vienne embarrasser la lecture.

Hajime est, malgré ses égarements, un personnage attachant. Ce père de famille qui a réussi à monter deux clubs de jazz, aime vraiment sa femme et ses deux filles. Il dévoile à de nombreuses reprises une fragilité qui attendrit, en dépit de ses agissements parfois égoïstes. Enfant unique, retrouver son amour d’enfance, la seule femme avec qui il a toujours su qu’il était en symbiose, peut-être parce qu’elle aussi n’avait ni frère ou sœur, déclenche un cataclysme émotionnel auquel on ne peut rester indifférent. Comme toujours avec Murakami, la ligne entre réel, fantasme, imaginaire est volontairement floue et très facilement franchissable.

Histoire d’amour, d’amitié, poids de la société, crise de la quarantaine, questionnement sur l’enfance, sur la quête de l’idéal, les messages sont nombreux et le lecteur est, comme Hajime, encore plein de doutes à la fin, mais étrangement apaisé. Une belle lecture que je vous recommande chaudement.

Contes zen, Henri Brunel, Librio

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La pensée Zen a accompagné depuis des temps lointains de nombreux êtres vers la sagesse, vers une vision plus apaisée du monde. Ce que l’on connaît moins, c’est l’humour et la malice qui composent cette philosophie et par lesquels son enseignement passe. Henri Brunel a réécrit des contes faisant partie du patrimoine de cette pensée et au-delà, de ce mode de vie, pour nous les rendre compréhensibles. Des récits courts qui se lisent en un rien de temps mais qui paradoxalement résonnent longtemps en nous après avoir refermé l’ouvrage…

La lecture est une passion, une source d’énergie et d’épanouissement pour moi. Elle est également une pause, une entrée dans une temporalité différente à chaque fois. Celle des Contes zen d’Henri Brunel a été tout à la fois aussi vivifiante qu’un vent frais de montagne que réconfortante comme une tasse de Chaï tea venant réchauffer l’esprit et le corps. Pouvant se lire en un bloc comme se déguster comme une boîte de chocolats, un à la fois (pour les plus raisonnables), chacun d’eux a une tonalité différente, une saveur unique. Et pourtant, tous laissent sur une même envie : savourer la vie et apprécier chaque instant, à l’endroit où l’on se trouve. Même les histoires les plus tristes réussissent à transmettre une note positive, ce qui insuffle beaucoup d’apaisement et nous laisse sur une touche pleine de douceur, et surtout, avec le sourire. Animaux, moines, empereurs, courtisanes, paysans : des êtres variés deviennent les acteurs des enseignements du Zen, chacun apportant un angle différent.

Je vous disais que l’auteur les a réécrits et il l’a bien fait : il n’est pas forcément aisé de transmettre une pensée dont certains des fondements puisent leurs racines dans des cultures très éloignées de nos conceptions occidentales. Non seulement les récits sont agréables à la lecture, mais Henri Brunel n’hésite jamais à venir ajouter un petit complément pour venir souligner un point essentiel du conte, élargir la réflexion, voire nous laisser sur une nouvelle lancée pour à notre tour prolonger l’enseignement. Par ailleurs, des notes récapitulatives en fin de récit viendront éclairer les lanternes de celles et ceux qui ne sont pas du tout initiés aux cultures du Zen et plus largement à l’Asie. Mais sans tomber dans l’énumération décourageante.

Un petit ouvrage qui se parcourt vite et qui fait du bien. Il ne fera pas de vous un disciple accompli mais vous mettra peut-être sur la voie ! A mettre dans votre PAL pour un moment de détente et de retrouvailles avec vous-même.

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