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La bibli de Momiji

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Littérature étrangère / autres pays

Les mille et une gaffes de l’ange gardien Ariel Auvinen, Arto Paasilinna

les mille et une gaffes de l'ange gardien Ariel Auvinen

Tous les ans, dans la grande église de Kerimäki en Finlande, un séminaire regroupant 500 futurs anges gardiens a lieu. En une semaine, l’ange Gabriel et ses assistants doivent les former à la noble tâche de protection des mortels. Plein de bonne volonté mais maladroit au possible, Ariel Auvinen va leur donner bien du fil à retordre et encore plus à ceux qu’il est censé protéger… Lire la suite

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Soudain dans la forêt profonde, Amos Oz, Folio

La vie est un caravansérail, Emine Sevgi Özdamar, éditions Le Serpent à plumes

Le jardin d’Epicure, Irvin Yalom, Le Livre de Poche

Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière, éditions Boréal

Ma grand-mère russe et son aspirateur américain, Meir Shalev, éditions Gallimard

L’embellie, Audur Ava Olafsdottir, éditions Points

L'embellie-labiblideMomiji

Alors que son mari vient de la quitter, la narratrice gagne non seulement un beau pécule au loto mais aussi un chalet d’été. Et sa meilleure amie, enceinte, lui confie pour quelques temps Tumi, son fils de 4 ans presque sourd. Bravant ce destin si étrange, nos deux héros vont partir faire le tour de leur Islande sauvage, ensemble, en hiver. Une route parsemée d’inattendu, l’occasion d’apprendre à se connaître et à se retrouver, bercé par les paysages, les mots, les sons mais aussi le silence qui vient les envelopper.

 J’avais gardé un excellent souvenir de Rosa Candida que j’ai lu il y a deux ans je crois et j’ai retrouvé dans L’embellie la même grâce dans l’écriture, qui est aérienne, poétique et touchante. Auður Ava Ólafsdóttir nous emmène une fois de plus dans un voyage qui vient résonner dans tout notre être et dont on ressort ému, les sens en éveil et profondément apaisé. C’est probablement en raison de la légèreté et de l’humour que sa plume distille dans son récit, qui irradient tant dans les moments graves que les instants précieux où le rire nous emporte.

On part en balade dans un parcours qui n’est pas de tout repos, dans les landes, les paysages bruts mais aussi dans la ville de Reyjavik avec un regard subtil et très personnel sur l’environnement qui entoure notre narratrice. Mais c’est surtout une exploration qui nous fait plonger  dans ses pensées, dans son passé, que l’on découvre par fragments, petits bouts par petits bouts. L’auteure nous fait vivre – bien plus que simplement lire – une histoire forte où l’on apprend à comprendre notre narratrice, les blessures de sa jeunesse, les troubles qui la tracassent, qui émergent toujours par surprise dans le récit, au détour d’un virage, d’une conversation, constituant un récit dans le récit. Ces discours que la narratrice entretient avec elle-même nous permettent de davantage nous faire partager son univers et lui donne encore plus de densité et de présence. On chemine avec elle et tout au long de la route, on vogue avec cet esprit libre, qui embrasse la vie avec tout ce qu’elle lui apporte : les tourments, les absurdités, mais aussi la beauté des rencontres faites au hasard, les situations comiques et attachantes.

Mais c’est surtout la relation que va entretenir notre héroïne avec le jeune Tumi qui constitue l’essence de cet enchantement littéraire. Au-delà de la réflexion sur la maternité sur laquelle la narratrice s’interroge, ces deux êtres vont entamer une relation drôle, originale tant dans leur manière de communiquer que par la force de ce qu’ils vont vivre. Ce petit bonhomme, sage, calme et très sensible apporte une émotion incroyable au récit. Si les premiers pas se révèlent compliqués, angoissants même pour la narratrice, les péripéties lors de leur tour de l’île vont les amener à créer un lien très fort, bien au-delà des sons et des mots, un lien impalpable mais puissant. Un fil ténu mais incassable, où chacun va trouver en l’autre amour, sérénité et joie de vivre. On voyage avec eux et on se sent faire partie de l’aventure, on devient intimement complices et on ne veut pas que l’histoire s’arrête.

La beauté de cette relation enfant-adulte m’a beaucoup touchée. Si Tumi est handicapé et que notre narratrice est obligé de penser autrement toute forme de communication au début, ils vont très rapidement trouver le meilleur moyen de se comprendre : s’exprimer avec le cœur. L’intelligence de ce petit être, sa détermination et sa douceur vont lui permettre de s’affranchir des barrières qu’elle a construites et qui entravent son épanouissement. Une vraie bouffée d’oxygène !

Une très belle lecture pleine de vie, de spontanéité et d’amour, où Auður Ava Ólafsdóttir nous fait vibrer. Une métaphore filée du voyage tant intérieur que géographique qui nous laisse sur une fragrance tendre et une douce brume de mystère. Et pour prolonger le séjour, 47 recettes de cuisine présentes dans le récit et une de tricot nous sont offertes en annexes. Nous ne sommes pas prêts de quitter l’Islande…

 

Ferdydurke, Witold Gombrowicz, éditions Gallimard

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Jojo Kowalski est un homme de trente ans, vivant à Varsovie, à qui on reproche son immaturité. Sans comprendre pourquoi ni comment, les adultes l’entourant vont le ramener à l’état d’adolescent : retour à l’école, en pension dans une famille, affrontement avec des bandes rivales, vacances à la campagne chez sa tante, rencontres toutes plus improbables les unes que les autres vont faire tourbillonner le narrateur dans un monde qu’il ne reconnaît et ne comprend plus.

Ce livre m’a été prêté par Valérie, qui suit les mêmes cours de japonais que moi. Elle sait que ma Maman est Polonaise et comme je ne connaissais pas Witold Gombrowicz, elle a eu la gentillesse de me faire découvrir l’une de ses oeuvres. Merci à elle !

Ferdydurke est un livre qui n’est pas facile de premier abord car il faut rentrer dans la trame narrative, qui est surprenante, et s’en imprégner, afin d’en comprendre tous les messages – plus ou moins cachés – qui le composent. Après lecture, j’ai voulu comprendre un peu plus l’auteur et l’œuvre. Considéré comme un livre majeur du postmodernisme européen, Ferdydurke divise les opinions. Il faut le remettre dans son contexte pour le comprendre : publié en 1937, l’ouvrage arrive à une période assez trouble de l’Histoire. Il ne reparaîtra qu’en 1957 en Pologne et au vu de son succès, sera interdit très rapidement dans ce pays, cependant qu’il sera loué ailleurs, notamment en France. Il a été écrit par W.Gombrowicz suite aux critiques sur son livre Mémoires du temps de l’immaturité. D’abord pensé comme un pamphlet contre les plumes acerbes, il va peaufiner sa volonté initiale et en faire un portrait global de la société, de la culture. Face à une ère de changements, l’auteur estimait en effet que de nouvelles formes de langage, d’écriture, de pensées devaient émerger. J’arrête ici les explications de contexte car je pourrais vous en parler pendant des pages. L’oeuvre de W.Gombrowicz a été bien analysée, vous pourrez trouver de nombreux éléments d’explication en bibliothèque ou sur le web.

Alors, comment résumer Ferdydurke ? C’est assez compliqué ! C’est une œuvre qui se lit et se vit. Je la trouve assez inclassable, à la croisée de différents courants et riche d’une pensée audacieuse pour son époque. L’auteur nous embarque dans un récit très original, où personne ne s’étonne qu’un adulte se retrouve sur les bancs de l’école. Et c’est en cela que l’auteur réussit un tour de force pour distiller son message majeur : l’infantilisation des êtres. L’adulte, c’est celui qu’on a modelé, qui a pris les contours que la société a souhaité imprimer en lui. Jojo, immature et refusant ce carcan, ce rétrécissement, cette étroitisation, se retrouve pris en étau tout en tentant d’échapper à une forme prédéfinie et actée par ceux qui l’entourent. En voulant son émancipation et en mettant en exergue l’incohérence des propos des adultes, Jojo permet la mise en place d’une critique de l’enseignement, mais aussi des normes culturels, des hiérarchies sociales, où, au final, tout le monde est infantilisé. En prenant des postures, les adultes révèlent en réalité le masque qu’ils portent et Jojo, dans une suite non logique d’événements va s’évertuer à les faire tomber. Au-delà du style et de la trame, l’utilisation du corps vient occuper une place dominante dans l’œuvre, un vrai appui à la rhétorique de l’auteur. Usant d’un langage peu châtié, Gombrowicz a ainsi inventé deux expressions. La première, « faire une gueule » à une personne, pour traduire l’idée de lui imposer une posture, une forme à adopter. La seconde, le « cucul » ou encore « cuculiser » ramène à l’idée d’infantiliser, de ramener à une condition puéril un être. Visages et postérieurs deviennent donc les étendards de l’argumentation entretenue tout au long du récit. Les grimaces des écoliers, qui vont permettre la victoire d’un groupe sur l’autre (sans manquer au passage d’imiter avec une certaine provocation les gestes de la messe), le galbe moderne de la jeune fille de la famille qui l’héberge, tout le corps est ici une métaphore de la malléabilité de notre esprit, de notre capacité à nous former ou nous faire déformer.

Un récit qui est un peu sans queue ni tête, avec des chapitres n’ayant parfois rien à voir avec le feu de l’action, mais une fois qu’on est entré dans cette lecture, on se trouve étrangement happé par cette structure qui prend volontairement le parti de ne pas s’appuyer sur la logique. Le titre même, en ne se rattachant à aucune des branches du texte est un ultime pied de nez aux codes. De plus, l’humour, parfois noir, parfois grotesque, et les situations parfois très second degré ont entretenu mon intérêt tout au long des pages. J’ai beaucoup apprécié le regard de l’auteur sur les mœurs des adultes, la notion de maturité, d’utilité et de fonctionnalité émergeant avec la « modernité » de son époque. Il renverse avec une grande force les conceptions bien normées et ne laisse pas indifférent une fois le livre refermé.

Un livre assez singulier sur l’identité et son exploration mais qui vaut vraiment le coup !

Vieux, râleur et suicidaire, la vie selon Ove, Fredrik Backman, éditions Presses de la Cité

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Depuis la mort de sa femme Sonja, Ove, connu dans tout son lotissement pour être plus intéressé par la surveillance du quartier que par la convivialité entre voisins, n’a pas le moral. Quand il est mis à la pré-retraite, c’est le coup de massue final qui le pousse à envisager le suicide. Il va désormais être animé par un seul objectif : quitter ce monde « dont il ne comprenait plus la langue ». Mais c’est sans compter sur Parvaneh, sa nouvelle voisine, et un chat, qui sans le savoir vont à chaque fois perturber ses plans, pousser le râleur à les aider et à retrouver une certaine joie de vivre…Non sans se prendre quelques coups de griffe au passage !

3 raisons vous lesquelles je vous recommande de vous plonger dans cette lecture :

1. Ca fait vraiment du bien. Une lecture qui nous fait rire, qui nous émeut parfois, une lecture qui est teintée d’espoir, qui nous rappelle qu’en regardant bien autour de nous, il y a toujours une nouvelle porte qui s’ouvre quand une autre se ferme.

2. Il y a un chat, qui pour le coup est exceptionnel (vous ne connaissez pas encore ma passion pour ces félins ? Allez voir ici, , ou encore là-bas, sans oublier celui-ci). 

3. Ce livre développera votre compréhension et votre compassion avec vos voisins et les personnes plus ou moins âgées (ou pas).

La première impression que j’ai eue en parcourant ce livre est qu’il me faisait penser à un autre que j’avais adoré : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Ce dernier se passe aussi en Suède, mais cette fois Ove est une personne pas si âgée que ça, au caractère bien trempé également. C’est essentiellement l’utilisation d’un style assez proche qui m’a marquée. On retrouve au niveau de la narration un principe assez identique qui nous fait passer un chapitre sur deux dans le passé du personnage principal et nous permet de le décrypter davantage au fur et à mesure qu’on avance dans le récit. L’humour est assez similaire : ironique par moments, désopilant à d’autres. Et surtout, de la même manière, on s’attache à ce papy, qui, derrière les ondes grincheuses qu’il dégage, a un grand cœur une fois qu’on apprend à le connaître.

On est mis très vite dans l’ambiance, ça démarre fort : dès les premières pages, on fait face à un Ove plus que remonté contre un vendeur qui essaie de lui refourguer un Ipad. On sait dans quelle lecture on s’engage.

Ove, c’est le voisin, le grand-père, l’inconnu qu’on a tous croisé au moins une fois dans notre vie et qui derrière ses airs bourrus cache une grande générosité, même s’il ne l’admettra jamais. Avec son visage fermé, sa mauvaise foi, ses coups de gueule contre ces imbéciles qui achètent des voitures étrangères, contre la bécasse qui laisser sa « serpillère sur pattes » se soulager sur son jardin, on rit et on lui découvre des facettes bien cachées qui donnent du pep’s à ce récit aux multiples rebondissements. Tous ceux qui gravitent autour de lui l’empêchent non seulement de rejoindre Sonja, mais l’obligent à leur porter secours, à faire marcher son imagination pour déjouer les complots de l’administration, à jouer au baby-sitter et au héros… La goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase ? On lui refile dans les pattes un chat qui doit en être à sa huitième vie. Un chat qui a au moins autant de personnalité que lui, qui est au moins aussi buté et indépendant. Autant vous dire qu’ils vont devoir mutuellement s’apprivoiser, pour le meilleur et pour le pire.

Ove porte un regard sans concession sur le microcosme que représente son lotissement. Il dresse un portrait bien tranché et très drôle de cette société qui a perdu le bon sens, où l’on vous propose d’acheter des ordinateurs sans clavier, à un prix exorbitant, où des consultants en informatique à chemises blanches ne sont pas fichus de monter sur une échelle sans se casser la jambe, où un obèse vous explique qu’il développe des applications mobiles, ce qui pour Ove n’est qu’une manière de dire qu’il ne fiche rien de ses journées. Il ne sait peut-être pas vraiment ce qu’est « Inter-né » mais lui au moins, il sait réparer un moteur de voiture et ne s’en laisse pas conter par ce « faux policier » qui veut lui faire payer le parking à l’hôpital. (Mal)heureusement pour lui, Parvaneh a bien cerné le personnage. Avec tendresse et parfois autorité, elle et ses deux filles vont le faire sortir de sa grotte pour lui prouver que dehors il y a de la lumière. Au final, on chemine tant pour avancer dans le récit que pour voir l’évolution d’Ove, la tribu toujours plus large qu’il va fédérer autour de lui.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette lecture, c’est tout l’enthousiasme et la joie de vivre, l’optimisme qui forgent la trame du récit et nous inspirent. En abordant des thèmes lourds (la dépression, le handicap…), l’auteur réussit à faire passer un message d’espoir : apprendre à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, à regarder le futur comme un horizon d’opportunités plutôt que le passé comme un idéal disparu.

Dernier point, petit détail qui a son importance : bravo pour la couverture qui est hilarante et donne le ton !

Je ne vous en dis pas plus, vous l’aurez compris, Fredrik Backman signe ici un roman qui se veut résolument positif et nous permet d’aller jusqu’à se dire que des râleurs comme Ove, on en veut bien !
Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité pour ce chouette partenariat !

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