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Le Grand Siècle, tome 1, l’Académie de l’Ether, Johan Heliot, éditions Mnémos

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Quand Baptiste Rochet, lieutenant de frégate, présente au jeune Louis XIV une étrange météorite sphérique rapportée de son dernier périple en mer, ce dernier y voit la source d’une nouvelle ère de progrès pour l’humanité. Il convoque dès lors Blaise Pascal pour lui faire part de ses projets célestes. Pascal va alors faire une découverte qui bouleversera à tout jamais le royaume et le destin du Roi-Soleil mais aussi de toute une fratrie impliquée malgré elle dans les drames à venir.

Le siècle de Louis XIV a toujours fait partie des périodes que j’ai aimées étudier en fac d’Histoire. Le titre m’a donc immédiatement attirée et le résumé qui promettait une uchronie a achevé de me convaincre d’emprunter le livre. Je n’avais jamais lu Johan Héliot, dont l’un des thèmes de prédilection semble être la conquête spatiale et qui en fait dans ce livre le centre des passions du roi.

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Élisabeth, princesse à Versailles, 1. Le Secret de l’automate, Annie Jay, Albin Michel Jeunesse

Élisabeth, princesse à Versailles - Labiblidemomiji

1774, la princesse Élisabeth, sœur du futur Louis XVI, est une jeune fille un brin rebelle qui s’ennuie au château de Versailles et fait des siennes. Sa gouvernante, Madame de Marsan, fait donc venir une nouvelle, Madame de Mackau et Élisabeth va très vite se lier d’amitié avec sa fille Angélique. Ensemble, elles vont enquêter sur une énigme : celle de la disparition depuis plus de trente ans d’un précieux tableau  : La Dame à la rose. Heureusement pour elles, elles peuvent compter sur l’aide du page Théo, qui est imbriqué dans l’affaire…

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L’ours, histoire d’un roi déchu, Michel Pastoureau, Le Seuil

La vie est un caravansérail, Emine Sevgi Özdamar, éditions Le Serpent à plumes

L’anniversaire du chat assassin, Anne Fine, école des loisirs

Les voyages du goût, L’histoire des fruits et des épices venus d’ailleurs, de D.Delmas et G.Reynard, éditions Actes Sud Junior

Le vert, histoire d’une couleur, Michel Pastoureau, éditions du Seuil

 

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On l’a associé au printemps, à la Nature, à la vie, à la jeunesse mais aussi au poison, à la malchance, à la sorcellerie. Le vert est une couleur ambiguë, tout à tour valorisée puis mal-aimée, qui a canalisée des symboliques opposées à travers les siècles. Michel Pastoureau nous emmène à la découverte de sa riche histoire sociale, artistique et symbolique en Europe, depuis l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. 

Le vert est ma couleur préférée : elle me rend joyeuse, va bien avec la couleur de mes cheveux (considération très intellectuelle, vous aurez noté), me fait penser à la nature, bref, je la trouve pleine de pep’s et en harmonie avec ma personnalité. Michel Pastoureau, si vous ne le connaissez pas, est un historien médiéviste, spécialiste de la symbolique des couleurs, des emblèmes et de l’héraldique. J’ai donc attendu avec impatience la sortie du volume qui lui serait dédié, Le Noir (en 2000) et Le Bleu (en 2008) ayant eu précédemment cet honneur. Autant vous dire que quand je l’ai eu entre les mains, mon sentiment était proche de celui qu’aurait eu Arthur entrant en possession du Graal. Et en le refermant, j’ai l’impression d’avoir accompli une quête (de connaissances) aussi précieuse et noble que celle des chevaliers de la Table ronde.

Pourquoi ? Parce que ce livre est une prouesse documentaire extrêmement fine et fouillée, allié à l’esthétisme d’un très bel ouvrage faisant la part belle à l’iconographie. Celle-ci constitue tant un appui à son propos que des pages de respiration propices à éveiller l’imaginaire, à nous emmener en voyage dans des contrées, époques et univers variés. Surprenantes à chaque fois, elles sont autant de pauses que de prolongements de la réflexion. Le Vert est un livre qu’on prend plaisir à tenir en main. Il est certes volumineux et assez grand, mais cela participe de sa majesté. Il fait clairement partie de ceux dont je ne me séparerai pas.

La forme attire l’œil, mais c’est le fond qui le retient. Comment Michel Pastoureau réussit-il donc à retenir notre attention avec une telle aisance sur 240 pages ? La réponse coule de source : tout en faisant preuve d’une érudition impressionnante, il a su rendre son savoir accessible en mariant un langage riche et précis à une syntaxe simple et efficace, qui suit un fil chronologique et une zone géographique, celle de l’Europe. L’auteur a en effet volontairement restreint le champ d’étude à ce continent, pour des raisons culturelles : l’étude de la perception du vert sur ce territoire recouvre déjà une forte complexité, qui serait devenu trop contradictoire s’il avait fallu prendre en compte les cultures du monde entier. Ce qui n’empêche pas Michel Pastoureau, quand besoin est, de faire un rapide parallèle avec d’autres cultures. Je pense notamment à celle de l’Islam. En évitant par ailleurs les voyages dans le temps, il établit déjà une structure nette, en plusieurs chapitres, chacun donnant le ton de l’appréciation de la couleur à l’époque sur laquelle il se concentre. Et comme j’ai déjà pu en parler à plusieurs reprises (je pense notamment à Khadija où je mentionnais un de mes professeurs d’Histoire), il use d’un procédé plaisant et qui a fait ses preuves : l’art de l’anecdote, qui ancre durablement en nous la connaissance des faits et la compréhension des mœurs, époques et contextes.

On se balade dans les siècles et on découvre comment cette couleur instable, chimiquement difficile à fabriquer et à fixer, est peu à peu apparu dans les bijoux, tableaux, vêtements. On apprend avec surprise son absence notoire des blasons, le rôle qu’il a joué dans les déclarations d’amour, qu’il a été célébré dans les poèmes avant d’être voué aux Gémonies, notamment par des théoriciens de l’Art au XIXème siècle, puis à nouveau mis sur un piédestal. Le vert a fasciné l’humanité et a tour a tour été une couleur apaisante, secondaire, complémentaire, maudite et fourbe, chanceuse, avant de s’inscrire jusqu’à aujourd’hui comme la couleur de la Nature, de la santé et de l’écologie. En prenant un angle d’analyse par chapitre (qui chacun couvre une période de 2 à 3 siècles), l’auteur nous fait découvrir le paysage de sociétés en évolution constante mais où des symboliques persistent et s’installent durablement dans l’inconscient jusqu’à aujourd’hui. Un des passages que j’ai adorés et qui illustre ce que je viens de vous dire est celui qui explique pourquoi le vert est une couleur mal vue au théâtre. Ça vient de loin et ce n’est pas qu’une simple superstition !

Je pourrais vous parler de ce livre formidable pendant des heures tant il m’a passionnée, alors je vais juste vous conseiller de vous plonger dans ce bain de vert, rafraîchissant et apaisant d’après moi ! Et si vous n’aimez pas le vert, en plus des deux volumes consacrés au noir et au bleu, sachez qu’il a aussi un petit concentré de l’histoire des couleurs qui se savoure en un rien de temps et qui constitue une très bonne introduction au sujet : Le petit livre des couleurs, co-écrit avec Dominique Simonnet.

 

Khadija, Les Femmes de l’Islam, tome 1, Marek Halter, éditions Robert Laffont

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Dans La Mecque préislamique, Khadija bint Kowaylid est une riche veuve, femme d’affaires prospère qui doit se remarier pour maintenir son rang dans une société régentée par les hommes. Refusant toute alliance par intérêt, elle va épouser un de ses caravaniers, Muhammad ibn ‘Abdallah, homme pauvre et sans instruction. En dix ans, elle va non seulement lui permettre de se hisser auprès des plus puissants de la mâla, mais former avec lui un couple exceptionnel qui traversera de nombreuses épreuves. Et quand l’ange Gabriel lui apparaît, elle sera la première à lui dire : « Moi. Moi je te crois », posant la pierre fondatrice de l’Islam…

Marek Halter est un écrivain très connu et dont on a beaucoup entendu parler pour ses ouvrages rendant hommage aux femmes et à leur rôle dans la fondation des monothéismes. Après une trilogie consacrée au christianisme (La Bible au féminin), il nous en offre une nouvelle, cette fois dédiée à l’Islam. Le premier volume prend pour figure principale la première femme de Muhammad, amené à devenir le Prophète de cette religion.

J’ai eu le privilège de rencontrer hier soir Marek Halter, pour échanger autour de ce livre. L’auteur est passionnant, touchant et l’homme l’est tout autant. Communicatif, chaleureux, intelligent, porteur de messages de paix et de tolérance, érudit et très accessible, il m’a vraiment impressionnée ! Deux heures avec lui sont passées à la vitesse de l’éclair et j’avais envie qu’il continue de nous parler de ses recherches, de sa volonté active d’œuvrer pour la paix au Moyen-Orient, de son parcours, de ses découvertes pendant qu’il préparait Khadija.

J’ai parcouru les 340 pages qui composent ce livre en moins de deux soirées. La plume de Marek Halter reflète le portrait que je viens juste de vous livrer de l’auteur : on nous entraîne dans un récit vif, composé de chapitres relativement courts qu’on souhaite enchaîner sans s’arrêter. Une fois le livre refermé, on aimerait pouvoir tout de suite commencer le second volume et pour moi, cela signe la réussite de l’auteur à captiver durablement notre attention et notre intérêt. Les ingrédients concourant à nous passionner autant par ce roman historique sont au fond assez simples : l’écrivain a pris le temps de bien se renseigner sur l’époque, les lieux, les personnages historiques, les coutumes et habitudes alimentaires, l’économie (un an de recherche nous a-t-il dit !) et il s’est tant et si bien imprégné de ces connaissances qu’il nous les transmet avec une fluidité magistrale. Quand j’étais étudiante en Histoire, j’avais eu l’opportunité de suivre pendant tout un semestre un cours sur l’Islam médiéval avec Mr Gabriel Martinez-Gros, qui m’avait passionné car ce professeur savait nous transmettre de la même manière un savoir immense sans jamais tomber dans l’écueil de la simple récitation. J’ai retrouvé avec plaisir ce monde du haut Moyen-Âge oriental avec Marek Halter.

L’auteur nous plonge avec délice dans l’univers de ces terres et de ce siècle. Il nous emmène en balade dans l’ambiance exaltée de La Mecque, nous fait ressentir la dévotion des êtres priant leurs 360 idoles entourant la Pierre Noire de la Ka’bâ, on traverse nous aussi les dunes arides du désert et nous entendons le silence, puis le vent balayant ses contrées hostiles. La description de la vie de cour de Khadija, les mets savourés, les jeux des enfants, les traditions d’hospitalité mais aussi les trahisons, coups bas, les intrigues viennent nous plonger totalement dans la vie de l’époque, et met tous nos sens et émotions en éveil. On savoure d’autant plus l’atmosphère car Marek Halter manie anecdotes et détails en les intégrant dans une trame globale extrêmement bien construite, qui permet de densifier le récit.

Lors de la rencontre, il a souligné un point qui est très important à mon sens : celui des personnages fictifs, qui accompagnent ceux ayant réellement existé. Ces premiers apportent selon lui (et je suis entièrement d’accord), de l’épaisseur au récit historique et nous permettent de nous identifier au récit, ainsi qu’aux figures de l’Histoire. Et ils viennent dans ce récit renforcer la présence et la personnalité de Khadija et de Muhammad, en soulignant certains aspects de leur vie. Ashemou et Barrira, deux servantes de Khadija, par exemple, permettent de mettre en avant les doutes, les peurs et les craintes de leur maîtresse, en tant que femme qui se livre, à l’abri des regards qui guettent la moindre faiblesse de sa part.

Second point qui a également retenu mon attention : l’importance du détail, qu’il soit psychologique ou physique. Marek Halter nous a expliqué que c’est souvent cela qui reste en mémoire et permet de se rappeler d’autant plus le récit. Le cousin Waraqà, sage, érudit, possédant les rouleaux de mémoire des Anciens, a une jambe plus courte provoquant une démarche claudicante le rendant reconnaissable entre mille. Simple détail ? Peut-être, mais en attendant, je me souviens de beaucoup de passages du livre où il se trouve grâce à cela ! Surtout que c’est lui qui instruira Muhammad avec ses manuscrits sur les prophètes du judaïsme et du christianisme, qui ébranlera ses croyances, notamment autour de la Ka’bâ et des deux principales idoles de La Mekka, Hobal et Al’lat.

Passons à l’un des points essentiels et fil conducteur de ce livre : Khadija, et plus globalement, les femmes et leur rôle. Khadija, c’est une femme moderne. Elle veut bien se remarier, mais n’être ni la seconde épouse, ni voir son mari entourée de concubines, une norme à l’époque. De plus, elle veut faire un mariage d’amour. C’est une business woman avant l’heure, qui dirige sa maisonnée avec autant de poigne que ses oncles et cousins le font avec les leurs. Quand la peste s’abat sur la ville, elle est la seule puissante à rester, à essayer de trouver une solution, à injecter de l’espoir parmi la population. Un mot de l’auteur m’a beaucoup touchée. A un certain moment, il a dit que quand il s’agit d’une question de vie ou de mort, les femmes sont plus intuitives et plus efficaces que les hommes pour prendre une décision…L’avenir donne raison à Khadija : elle ne fuit pas et gagne ainsi d’autant plus le respect des habitants de La Mekka quand le mal est vaincu. Son amour avec Muhammad témoigne d’une grande force de caractère pour l’époque. Il ne faut pas oublier qu’il y avait 15 ans d’écart entre eux deux et que Khadija a déjà 40 ans quand elle épouse le jeune Muhammed (que l’auteur a ramené à 35 ans dans le livre). On comprend que ce n’est pas un mariage d’intérêt car Khadija veille à d’abord sonder le coeur de celui-ci avant de lui accorder sa couche. Et il lui restera fidèle et monogame jusqu’à ce qu’elle meurt, même quand elle l’enjoint à prendre une maîtresse pour avoir des fils. Marek Halter dresse le portrait d’une femme pleine de conviction, à la fois mère, amante, épouse et dirigeante. Vu depuis ses yeux, on découvre Muhammad avant qu’il ne devienne prophète et cela offre une angle particulier, bien qu’évidemment teinté de romance. On découvre ici des femmes fortes, notamment ses cousines, bien loin de l’image effacée et simplement soumises aux hommes. Bien évidemment, tout n’était pas rose, les femmes n’avaient aucun pouvoir politique. Mais Khadija contourne la règle en imposant Muhammad, droit et honnête, à l’écoute, comme l’une des figures prépondérantes de la mâla – où les clans mènent leurs querelles de faction, s’allient et s’opposent continuellement – prouvant que derrière un grand homme, il y a souvent une femme.

Khadija, pourrait-on penser, il doit y en avoir des tonnes et des tonnes d’écrits sur elle ? Pas du tout ! L’auteur m’a étonnée quand il nous l’a dit mais très peu de choses ont été rédigées sur elle, c’est une figure historique que beaucoup connaissent de nom (et les musulmans en particulier) mais dont la vie est ignorée. Comme Marek Halter le dit, les femmes sont encore trop à la marge de l’Histoire, et on ne peut que le remercier grandement de réparer cette injustice au travers de ses romans.

Enfin, la question religieuse n’est pas centrale dans ce volume puisque la révélation n’intervient que dans les dernières pages. Tout au long du volume, on évolue dans le culte qu’on pourrait dire païen et animiste qui régente jusqu’alors la vie de La Mekka, mais pas seulement. Zayd, le fils adoptif de Muhammad, est lui croyant en un dieu unique, Christus. Loin de tout prosélytisme, Marek Halter délivre un beau message de tolérance. En racontant l’histoire de l’Islam depuis le regard des femmes, il les met à l’honneur et comme l’origine de la vie humaine vient du ventre de la femme, il raconte l’origine de nos religions en les prenant comme piliers fondateurs.

En ces temps de guerres religieuses, de montées des tensions, Khadija et Marek Halter viennent apporter leur pierre à l’édifice de la paix. Et comme il l’a mentionné très justement lors de notre rencontre, retracer les origines de nos religions, c’est revenir à la source de nos comportements, pour mieux les comprendre et arriver ensemble à vivre mieux. Et pour finir, je citerai une de ses phrases que j’ai pris le temps de noter « Si le monde doit changer – et il doit changer ! – cela passera par les femmes ».

C’est un très long article que celui-ci mais Marek Halter est un excellent conteur, un être exceptionnel, de ceux qui laissent durablement une empreinte sur nous et qui nous donnent envie de parler des heures durant de leur travail. Il m’a énormément appris par ce livre ainsi que lors de notre échange. Je vous recommande fortement la lecture de Khadija, tant pour l’histoire – la petite et la grande – que pour les messages qui en ressortent, les connaissances qu’elle vous apportera et la qualité de ce récit qui fait vivre le lecteur au pays des Mille et Une Nuits. J’attends de mon côté le second volume, où Fatima Zhara sera à l’honneur, avec impatience.

Je remercie chaleureusement l’auteur, les éditions Robert Laffont et Babelio pour ce très beau moment en leur compagnie et pour cette très belle lecture.

Le Roman du café, Pascal Marmet, éditions du Rocher

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Julien a 20 ans est et aveugle. Élevé par son grand-père, torréfacteur réputé de Paris, le goût et l’odorat ont été ses meilleurs alliés pour découvrir et devenir un expert en café. Ce breuvage, il en est amoureux, follement. Lorsqu’il est mis à la porte par son aïeul, il part se réfugier chez Jo, sa meilleure amie, journaliste délurée. Et qui décide de demander à Julien de lui raconter tout ce qu’il sait sur le café. C’est le début des aventures et surtout d’un voyage initiatique qui nous emmène au bout du monde mais aussi au plus profond de l’exploration de nos sens…

J’aimerais remercier l’auteur de m’avoir choisie pour lire – que dis-je – déguster ce livre.

J’aime le café. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie selon mon amoureux. Enfant, j’aimais me lever avant tout le monde le week-end pour le préparer car l’odeur était déjà un délice pour mes narines. Autant vous dire que j’avais des attentes aussi élevées que l’altitude de récolte de certains des plus grands crus du monde. Et j’ai été ravie.

L’intrigue est certes assez simple. Un panel bien serré de personnages et un fil linéaire qui ne vacille pas, la dose équilibrée amour-amitié-aventure-bon-méchant etc. Mais qu’importe, l’histoire n’est que le prétexte à la mise en scène d’une autre plus importante, celle du riche et noble café. A travers notre passionné du divin breuvage, on apprend mille et une anecdotes formidables. Il y a une âme d’historien qui se manifeste dans ce roman, pour mon plus grand plaisir.

C’est là toute la réussite de ce livre : ici, vous ne trouverez ni un exposé morne, ni une conférence à rallonge comme nous en avons tous vécu. Je pense en particulier aux anciens et actuels étudiants en Histoire qui me lisent/me liront. Sachez que 5 années d’Histoire durant, j’ai connu ces moments ennuyants. Mais j’ai aussi et surtout connu ceux merveilleux de professeurs qui savent retenir votre attention des heures et des heures durant en mariant les faits à l’anecdote, en nous immergeant dans une époque et son ambiance. Et Pascal Marmet se situe définitivement dans cette catégorie d’orateur.

De l’origine probable du mot, « Qahwa » (utilisé par les soufi et qui signifie « qui ravit et incite à l’envol »), à ses usages, ses interdictions, les voies diplomatiques qu’il ouvre, les traditions qu’il suscite, tout, tout, tout, vous allez tout savoir sur le café. Ou presque. Vous découvrirez tantôt les légendes entourant sa découverte, vous apprendrez qu’en Turquie, une femme pouvait demander le divorce si son mari ne pouvait pas lui fournir sa dose quotidienne de café. Qu’une variété, le kopi luwak (essentiellement produit dans l’archipel indonésien), est récolté après être passé dans l’estomac du luwak, animal local…Vous serez stupéfait par l’impact qu’il a eu sur l’histoire de France, pourquoi Molière tourne en ridicule la mode des salons turcs dans le Bourgeois Gentilhomme. Et au-delà de l’histoire, c’est toute l’économie du café, ses vertus thérapeutiques, les conflits politiques, les impacts environnementaux ainsi que les mauvaises pratiques engendrées qui vous seront narrés avec justesse et sans lourdeur.

J’aimerais tout de même souligner un point (juste pour chipoter) : une chronologie, comme disait l’un de mes professeurs d’Histoire contemporaine, c’est une question de choix, de logique, elle se doit d’être concentrée et de relier tous les aspects de l’Histoire entre eux. Celle de ce livre est un peu bancale par moments. On trouve notamment à deux dates éloignées le même fait… Mais elle reste tout de même intéressante à consulter.

On finit sur une note gourmande ? Préparez-vous vraiment à un éveil de vos papilles et de votre nez, votre toucher même, à l’explosion de votre imaginaire. En vous expliquant les différentes manières de préparer le café, de le déguster (un exemple ? Le mazagran : avec de l’eau de vie), l’infinie variété des arômes et saveurs, vous voyagerez très loin. Géographiquement, de Paris au Costa Rica entre autres. Mais aussi dans l’esprit de ceux qui nous permettent de le déguster par leur travail. Et enfin, au plus riche des saveurs et des parfums. Vous apprendrez même quelques bases du jargon des experts !

Si vous aimez le café, comme moi, vous serez conquis. Vous aurez tout au long de la lecture envie de vous précipiter chez un torréfacteur pour toucher les grains, pour sentir et comparer les crus, vous épater des contrées d’où il sont issus. Vous aurez envie de goûter à tout et en ce qui me concerne, de faire encore plus attention à la provenance, au label écolo et équitable quand je le peux. Et vous voudrez vous aussi investir dans l’une de ces nombreuses cafetières à l’ancienne qui à en croire notre héros, font jaillir un nectar digne des dieux de l’Olympe ! Et si vous ne l’aimez pas, c’est un roman qui vous plaira quand même, pour peu que vous soyez curieux.

Bonne dégustation et bonne lecture !

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