Recherche

La bibli de Momiji

Tag

Japon

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa, Albin Michel

9782226322883-j.jpg
Lorsque Sentarô accepte d’embaucher Tokue, vieille femme aux doigts déformés, dans son échoppe, il ne se doutait pas qu’elle allait faire de son échoppe un endroit incontournable mais aussi bouleverser son existence et son rapport au monde. Tokue lui enseigne en effet un principe essentiel pour réaliser les dorayaki, pâtisserie japonaise : écouter la voix des haricots.

Comme depuis plusieurs mois maintenant, ma liste d’articles s’agrandit car je lis toujours autant mais je m’occupe de mon adorable puce qui a eu 7 mois il y a quelques jours et qui me prend, avec mon approbation la plus grande, toute mon énergie. Enfin aujourd’hui, je me pose pour tenter de rattraper mon retard !

J’avais entendu depuis un moment parler de ce roman et j’attendais avec impatience de pouvoir me plonger dedans et l’attente n’aura pas été vaine car j’ai beaucoup apprécié ce roman adapté à l’écran par Naomi Kawase !

L’histoire relatée est aussi belle que touchante et surprenante, puisqu’elle se base sur des faits réels. Tokue fait partie des personnes atteintes de la lèpre, enfermée pendant des années dans une léproserie, interdite de sortie alors même qu’elle était guérie. Il a fallu attendre les années 90 pour que la loi abolisse ce système et aujourd’hui encore, ces personnes font l’objet de discriminations et d’un certain rejet.
Avec comme toile de fond la confection de pâtisseries, qui chatouille nos papilles, Durian Sukegawa nous emmène en réalité dans un cheminement et un questionnement bien plus profonds. Comment trouver sa voie ? Comment rebondir malgré les aléas tragiques que la vie peut nous faire traverser ? 

Espoir, persévérance, joie de vivre sont quelques uns des messages forts que j’ai ressentis tout au long de cette douce et émouvante lecture. Sentarô, bourru au premier abord, est en réalité une belle personne, au grand coeur, auquel je me suis attachée au fil des pages, tout comme à Tokue et Wakana, cette adolescente pas très heureuse dans sa vie qui lui confie son oiseau qu’elle ne peut garder chez elle. J’ai beaucoup aimé la mise en perspective de l’auteur, qui en mariant différents points de vue et perceptions des personnages, nous permet de relativiser, qu’il ne faut pas forcément se fier aux apparences.

Avec Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa signe une jolie histoire, émouvante et pleine d’espoir, qui laisse volontairement en suspens certains éléments pour mieux rappeler que rien n’est permanent et que quand une porte se ferme, une autre n’attend qu’à être ouverte. Une lecture très agréable que je vous recommande ! 

 

Publicités

Tsukushi, Aki Shimazaki, Actes Sud

tsukushi

À l’occasion de la soirée qu’elle organise pour les 13 ans de sa fille Mitsuba, Yûko trouve une boîte d’allumettes décorée de deux beaux et troublants tsukushi (tige à sporange de la prêle). Cet objet en apparence anodin contient en réalité un secret qui, révélé, pourrait bien perturber l’apparente sérénité idyllique de sa vie.

Quatrième et avant-dernier tome de la saga Au cœur du Yamato, Tsukushi nous permet de retrouver 13 ans plus tard l’un des personnages majeurs du premier opus : Yûko. Autant vous dire que j’avais hâte de le parcourir ! Lire la suite

Yamabuki, Aki Shimazaki, éditions Actes Sud

yamabuki-labiblidemomiji

Depuis 56 ans, Aïko partage la vie de Toda qu’elle a accepté d’épouser dès leur premier rendez-vous. Au gré des jours du tsuyu (période de pluie au Japon qui dure un mois aux alentours de la mi-juin), elle se remémore ces douces années passées ensemble avec son samouraï des temps modernes et se rappelle aussi son premier mariage. Lire la suite

Mes petits bento sains et gourmands, Laure Kié, éditions Marabout

mespetitsbento-labiblidemomiji

Le bento est au Japon ce qu’est le Tupperware en France : une institution ! Lunch box composée de plusieurs compartiments et étages, le bento s’est exporté sous nos latitudes avec grand succès. De toutes les formes et aux designs variant à l’infini, le bento est une incarnation de l’art de vivre nippon : une boîte qui prend peu de place, et dont l’agencement des mets est fait avec pureté, élégance et raffinement. Laure Kié, franco-japonaise, propose dans cet ouvrage 40 bento type permettant d’en créer une centaine de différents afin d’égayer vos repas et de les rendre encore plus savoureux ! Lire la suite

L’art du Kokedama, Adrien Bénard et Marie-Pierre Baudoin, Rustica éditions

Je suis un écrivain japonais, Dany Laferrière, éditions Boréal

Les années douces, Kawakami Hiromi, éditions Philippe Picquier

Et puis, Natsume Sôseki, éditions Le Serpent à plumes

etpuis-labiblidemomiji

 

Dans le Japon en pleine mutation du début du XXe siècle, où le paysage traditionnel se mêle à l’importation culturelle et économique de l’Occident, Daisuké est un jeune trentenaire oisif, entretenu par sa riche famille tokyoïte. Celle-ci s’évertue à essayer de marier cet être retranché, qui ne trouve de satisfaction que dans l’inaction, l’esthétisme, la théorie plutôt que l’action. Une chemin de vie qui va être bouleversé quand il va tomber amoureux de la seule femme pour laquelle la société ne lui permet pas d’avoir de sentiments…

Natsume Sôseki dresse dans chacun de ses romans le portrait de la société dans laquelle il vit et usant d’un regard affûté, prend le prétexte de la fiction pour dresser des parallèles percutant avec l’évolution de son Japon. Plein de compassion pour ses compatriotes tiraillés par tous les changements sociologiques et moraux que l’ouverture au monde occidental engendrent, cet intellectuel de l’ère Meiji  met sa plume et ses connaissances au service de la rédaction d’ouvrages qui traversent le temps et dont les questionnements semblent toujours d’actualité. Avec un sens aigu et poétique de la description, Et puis nous emmène dans un récit posé mais paradoxalement haletant.

Au travers du cheminement de Daisuké, ce roman est une interrogation sur la perspicacité – voire le cynisme -, les regrets puis la résignation que l’entrée définitive dans l’âge adulte signent. Ce jeune homme fait subventionner son train de vie par sa famille car il a décidé que travailler pour gagner sa vie est plutôt vil et que tant qu’il peut s’en passer, il en profite. Un personnage qui se veut raffiné et qui est somme toute assez peu aimable au début du récit, j’en conviens. Néanmoins, au fur et à mesure que le tissu de ses relations sociales nous est dévoilé, qu’on le suit dans ses interrogations, ses affres psychologiques, il prend une dimension plus subtile qui le rend intriguant. Car l’amour va venir par frapper son cœur et malheureusement, Cupidon n’a pas lâché ses flèches là où il aurait fallu. Figurez-vous que notre ami va réaliser qu’il est amoureux de la femme de son meilleur ami, pour qui il a joué les entremetteurs trois ans auparavant. Rien que ça  ! Bon malheureusement, vous additionnez cette situation embarrassante aux codifications de l’époque et vous comprenez que ça va barder. Surtout que les sentiments sont réciproques.

La magie de ce récit, c’est que le déroulement de l’intrigue va crescendo. Ce n’est finalement qu’assez tard que l’action prend un tournant décisif, mais pour autant, la lecture n’est marquée par aucune longueur. La fluidité des mots et le déroulé de la pensée de Daisuké nous embarquent dans une réflexion esthétique sur le monde et moi qui valorise plus les intellectuels que les « fonctionnels » dirons-nous, je me suis par moments sentie en accord avec certains traits et piques que notre héros peut exprimer auprès de ceux qui l’asticotent. Car oui, il n’a pas que des amis et même parmi eux, les finances peuvent venir modifier les relations.  Quand on bénéficie d’une rente qui permet d’avoir le loisir de cultiver son cerveau plutôt que d’avoir besoin de remplir son compte en banque, ce n’est pas facile à tolérer pour beaucoup de personnes. Mais cette aisance et cette facilité de premier abord se révèlent plus complexes quand on rentre en coulisses : l’argent est un vecteur de pouvoir et le père de Daisuké sait en user pour tenter de lui faire accepter les unions arrangées qu’il concoctent en vain. Hiraoka, meilleur ami de Daisuke, revient à Tokyô endetté et au chômage, contraint de lui demander un prêt. Un prêt qui va le rendre haineux et diminué, entraîné dans une spirale infernale, cependant que Daisuké offre en douce de l’argent à son épouse, qu’il aime secrètement. Les jeux de pouvoir sont présents tout au long du livre et dressent peu à peu le piège dans lequel tous les personnages tombent chacun à leur tour. Mais ce livre est aussi l’occasion de se pencher sur  l’évolution des rapports père-fils. A l’honneur et au patriotisme, au respect des ancêtres de son paternel, Daisuke préfère l’hédonisme, l’accomplissement personnel. Un vrai individualiste dans un pays marqué par la notion de l’intérêt du groupe, plus encore à l’époque qu’aujourd’hui.

Digne d’une tragédie grecque – Natusme Sôseki étant nourri par les oeuvres occidentales, il ne faut pas s’en étonner – Et puis, nous fait passer progressivement d’une agréable brise d’été à un ouragan émotionnel détruisant tout sur son passage. Renoncements, choix et responsabilités sonnent aux oreilles de notre héros comme autant de coups de canons au fur et à mesure qu’il avance vers le destin qu’il se choisit. Un roman poignant avec une écriture poétique, calme et puissante que je vous recommande chaudement.

 

Ecrire au Japon, Le roman japonais depuis les années 1980, Ozaki Mariko, éditions Philippe Picquier

écrireauJapon-labiblidemomiji

Quand Kitchen de Yoshimoto Banana paraît en 1987, loué et adoubé par les prix littéraires, nombreux sont les observateurs et critiques à y voir un symbole fort du renouveau et de la rupture dans l’histoire de la littérature japonaise. Et ce n’est pas le seul. Que s’est-il passé de 1980 à aujourd’hui ? Comment le paysage littéraire japonais a évolué et muté ? Comment les changements culturels, sociologiques et technologiques ont affecté les écrivains ?  Tant de questions auxquelles Mariko Ozaki tente de répondre synthétiquement, en analysant avec son regard japonais la place et la perception des auteurs nippons dans son pays. Une balade qui ne se veut pas plus sérieuse que nécessaire pour comprendre les grands rouages de l’histoire littéraire japonaise et mieux connaître ses écrivains. 

Je vous vois venir et je vous entends presque : « avec un titre pareil, ça doit être un ouvrage académique, difficile, pas agréable à parcourir ». Vous avez peut-être même employé des mots moins policés. Stop. Je vous arrête tout de suite. Certes, ma passion pour le Japon joue sur ma subjectivité et mon intérêt pour sa littérature aiguise probablement ma curiosité, mais ce petit ouvrage est un vrai bon moment de lecture, aussi divertissant qu’instructif. Evidemment, il s’adresse à un public d’initiés ou tout au moins à des personnes souhaitant mieux comprendre la littérature japonaise contemporaine, ses modes, ses mouvements, ses changements. Mais il est loin d’être un pavé vous assommant plus vite qu’un somnifère (enfin j’imagine, je n’en ai personnellement jamais pris, mon sommeil est un ami fiable).

Premier intérêt de ce livre : avoir le point de vue d’un autochtone sur les écrivains japonais et au-delà, sur la panorama littéraire global du pays. Qui plus est, une journaliste et critique littéraire qui a menée une réflexion pertinente, poussée et pourtant concentrée sur l’essentiel pour ne pas perdre un lecteur qui pourrait rapidement être noyé sous la masse d’informations. En tentant de répondre à diverses questions sur cette période relativement courte, elle apporte un point de vue original qui vient enrichir notre compréhension et fait évoluer notre regard sur les plumes les plus célèbres parvenues jusqu’à nous telles que celles d’Haruki Murakami, Yoshimoto Banana et Wataya Risa, pour n’en citer que quelques unes. Car l’un des débats est bien sûr celui de la mondialisation de certains auteurs japonais et donc de la persistance d’un style proprement japonais, mais est également évoqué celui de la perte des spécificités de l’écriture et donc d’une partie de son identité (idéogrammes vs. alphabets syllabaires, anglicisation), notamment avec les nouvelles technologies.

Deuxième point qui me semble souligner la qualité de ce livre : en choisissant d’être concise et de se centrer sur le fil du mouvement de la littérature davantage que sur le paysage complet des écrivains y ayant participé, l’auteur fait des choix qui permettent de dresser un portrait compréhensible, un paysage harmonieux où l’on réussit à rassembler les pièces du puzzle de manière fluide. Certes, cela implique de ne pas évoquer tout le monde et de ne pas rentrer dans trop de détails, mais c’est justement ce qui contribue à le rendre dynamique et à maintenir notre attention. L’auteur le présente d’ailleurs tel que : il s’agit ici d’établir une synthèse pour délivrer les clés permettant de situer l’ensemble. Et si après cette lecture, votre appétit n’est pas satisfait, vous trouverez de nombreux ouvrages pour combler le manque. Ce qui est aussi agréable, c’est qu’au-delà de l’analyse de cette période, l’auteur crée des passerelles qui permettent de resituer la littérature japonaise depuis la fin XIXè – début XXè siècle et de comprendre les « écoles » d’écriture, les influences plus ou moins pérennes dans le style de certains auteurs, les grands mouvements s’opérant.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié la volonté de Mariko Ozaki de marier une analyse se voulant neutre à la diffusion d’anecdotes professionnelles, en intégrant des questionnements et des opinions qui viennent colorer le récit et l’humaniser encore plus.

 

Un ouvrage simple à lire qui nous en apprend donc beaucoup en peu de pages sur l’histoire de la littérature japonaise, et au final sur l’évolution de la société dans son ensemble. Et pour ceux qui auraient peur de ne pas pouvoir s’y retrouver, sachez qu’une notice bio-bibliographique à la fin de l’ouvrage vous sera un guide utile pour vous repérer et partir à la découverte des riches trésors de la littérature japonaise, d’hier et d’aujourd’hui.

PS : Avez-vous remarqué que lorsque je parle d’un livre type essai ou non-fiction de manière générale, j’ai tendance à retrouver mes réflexes d’étudiante en Histoire et à structurer mon article comme une petite dissertation ? Chassez le naturel…

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :