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La bibli de Momiji

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En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, éditions Gallimard

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Elle est instable, passionnée, aimante et aimée. Il ferait tout pour elle, il va même jusqu’à créer une autre réalité pour la combler de bonheur. Ensemble, ils dansent sur Mr. Bojangles devant leur petit garçon, qui observe avec amour, tendresse et perplexité la folie dans laquelle sombre sa maman.

Alice, aka Page 53, m’a offert récemment ce livre pour mon anniversaire. Une très jolie surprise puisque je voulais le lire depuis longtemps. L’attente aura été à la hauteur de mes espérances : j’ai adoré cette lecture, belle et émouvante au possible. Lire la suite

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Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa, Albin Michel

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Lorsque Sentarô accepte d’embaucher Tokue, vieille femme aux doigts déformés, dans son échoppe, il ne se doutait pas qu’elle allait faire de son échoppe un endroit incontournable mais aussi bouleverser son existence et son rapport au monde. Tokue lui enseigne en effet un principe essentiel pour réaliser les dorayaki, pâtisserie japonaise : écouter la voix des haricots.

Comme depuis plusieurs mois maintenant, ma liste d’articles s’agrandit car je lis toujours autant mais je m’occupe de mon adorable puce qui a eu 7 mois il y a quelques jours et qui me prend, avec mon approbation la plus grande, toute mon énergie. Enfin aujourd’hui, je me pose pour tenter de rattraper mon retard !

J’avais entendu depuis un moment parler de ce roman et j’attendais avec impatience de pouvoir me plonger dedans et l’attente n’aura pas été vaine car j’ai beaucoup apprécié ce roman adapté à l’écran par Naomi Kawase !

L’histoire relatée est aussi belle que touchante et surprenante, puisqu’elle se base sur des faits réels. Tokue fait partie des personnes atteintes de la lèpre, enfermée pendant des années dans une léproserie, interdite de sortie alors même qu’elle était guérie. Il a fallu attendre les années 90 pour que la loi abolisse ce système et aujourd’hui encore, ces personnes font l’objet de discriminations et d’un certain rejet.
Avec comme toile de fond la confection de pâtisseries, qui chatouille nos papilles, Durian Sukegawa nous emmène en réalité dans un cheminement et un questionnement bien plus profonds. Comment trouver sa voie ? Comment rebondir malgré les aléas tragiques que la vie peut nous faire traverser ? 

Espoir, persévérance, joie de vivre sont quelques uns des messages forts que j’ai ressentis tout au long de cette douce et émouvante lecture. Sentarô, bourru au premier abord, est en réalité une belle personne, au grand coeur, auquel je me suis attachée au fil des pages, tout comme à Tokue et Wakana, cette adolescente pas très heureuse dans sa vie qui lui confie son oiseau qu’elle ne peut garder chez elle. J’ai beaucoup aimé la mise en perspective de l’auteur, qui en mariant différents points de vue et perceptions des personnages, nous permet de relativiser, qu’il ne faut pas forcément se fier aux apparences.

Avec Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa signe une jolie histoire, émouvante et pleine d’espoir, qui laisse volontairement en suspens certains éléments pour mieux rappeler que rien n’est permanent et que quand une porte se ferme, une autre n’attend qu’à être ouverte. Une lecture très agréable que je vous recommande ! 

 

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère, éditions P.O.L

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Alors qu’il est en vacances au Sri Lanka avec sa compagne et deux de leurs enfants, Emmanuel Carrère va vivre en direct le tsunami qui a ravagé l’Asie du Sud-Est en 2004. Une vague qui déchire des vies, des vies qui le mettent en relation avec d’autres et qui lui font découvrir les chemins d’individus qu’il n’aurait autrement peut-être jamais croisés et explorés. Des routes entremêlées où il est question de vie, de mort, de maladie, mais aussi et surtout d’Amour.

Ce roman m’a réconciliée avec Emmanuel Carrère. Je l’avais voué aux gémonies quand j’avais lu Un roman russe, légèrement plus apprécié dans Limonov et je suis agréablement surprise et profondément marquée par ce dernier livre de l’auteur qu’il m’a été permis de parcourir. D’autres vies que la mienne est un ouvrage émouvant, poignant, qui m’a fait pleurer, oui, vraiment, j’ai éclaté en sanglots à un moment du livre même. Mais c’est au moins autant la beauté de l’écriture que les scènes dramatiques qu’il relatent qui m’ont touchée.

J’avais pu l’exprimer antérieurement : quand Emmanuel Carrère parle de lui, dans ses livres, du peu que j’ai lu, cela m’a souvent agacée. C’était presque épidermique. Et cependant ici, pas du tout, au contraire. Habitude au style ? Peut-être. Evolution de l’auteur ? C’est à mon sens présomptueux de le penser mais certain, en tout cas, c’est mon ressenti. J’y ai découvert un être attachant, apaisé, sachant montrer plus de bons côtés et entremêlant avec délicatesse sa vie avec celles des autres auxquelles il dédie son attention. En prêtant sa plume et en se mettant dans la position modeste du scribe, l’auteur rentre dans une méditation où en s’ouvrant aux autres, il s’ouvre à lui-même. En faisant le pari de ne pas craindre la compassion et l’empathie, il fait des rencontres fortes, des contacts qui deviennent des liens puissants, qui dans ses mots du moins semblent le rendre serein et plus apte au bonheur. Je suis particulièrement admirative de la capacité qu’il a eue, dans ce récit, à nous plonger dans l’histoire, passé et présente, des personnes l’entourant, avec une fragilité, un sens de l’observation et une minutie permettant de les dévoiler plus encore. Entre famille et amitiés nouées, il navigue sur les flots d’émotions avec une certaine retenue, que je n’ai pas su toujours avoir en tant que lectrice.

Car oui, cette histoire va vous serrer la gorge, vous faire monter les larmes aux yeux. Oui, c’est injuste que des enfants soient un matin emportés par une vague et n’ouvrent plus jamais les yeux. Il est horrible de devoir l’expliquer à une mère qui au réveil pense à tout sauf à la possibilité de perdre sa fille en la laissant partir jouer sur la plage. Il est terrible que la sœur de votre compagne meurt d’un cancer qui ne l’a finalement jamais laissée vivre en paix depuis sa première manifestation, à l’aube de ses 18 ans, la rendant handicapée. Et qui laisse 3 petites filles et un mari derrière elle qui vont devoir apprendre à vivre sans elle. Il est touchant d’apprendre sa lutte, tout au long de sa carrière judiciaire, avec son collègue unijambiste Etienne, pour aider les familles victimes de surendettement. Différents combats se succèdent dans ce livre, contre la maladie, l’injustice, la Nature, le désespoir, la misère qui pousse à contracter des crédits aux clauses abusives. Mais dans tant de tristesse, il y a aussi beaucoup d’amour, d’espoir et une force incroyable que la plume d’Emmanuel Carrère fait jaillir avec brio. Comment plongé dans la tragédie peut-on trouver le moyen d’aller de l’avant ? L’auteur ne vous donnera pas de réponse exacte à cette question, mais des exemples à partir des mosaïques de vie couchées sur papier. Car chacun possède la sienne au fond du cœur.

Que vous dire de plus ? Tout au long des pages, le ballet de ces âmes nous emmène dans un tourbillon émotionnel intense, juste et profond qui, s’il semble à première vue un puzzle dont les pièces ne sont pas faites pour aller les unes avec les autres, s’assemblent pourtant à merveille et composent une ode bouleversante à la vie. Ce livre m’a fait vibrer, m’a fait frisonner, m’a donné envie de crier, de partir à l’assaut, à l’assaut de quoi, je ne sais pas vraiment, mais d’être en mouvement et aussi insolite que cela puisse paraître, de croire encore plus en mes rêves, en mes envies et surtout de les faire exister autant que possible. Car finalement, qui sait de quoi demain est vraiment fait ? C’est la beauté de la vie, pourtant fragile, la force de l’amour, l’ouverture à l’autre qui signent la tonalité de ce roman qui vous donnera, je l’espère, de belles impulsions.

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