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La bibli de Momiji

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Ainsi résonne l’écho infini des montagnes, Khaled Hosseini, Belfond

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En Afghanistan, dans le village de Shadbagh au début des années 50, Abdullah, dix ans, s’occupe comme d’un père de sa petite soeur de trois ans, Pari. Un lien puissant les unit, qui leur permet de dépasser le chagrin suite à la mort de leur mère, d’affronter la pauvreté et l’absence d’un père qui lutte pour les faire vivre. Cependant, un choix terrible va séparer ces deux enfants, modifiant pour toujours leurs vies et celles de nombreuses autres personnes.

Cela fait très longtemps que je voulais enfin me plonger dans ce livre dont j’ai tant entendu parler et j’ai enfin pu m’y atteler, pleine d’attente et d’espoir au vu des éloges qu’il a recueilli. Et je n’ai pas été déçue puisqu’il s’agit d’un véritable coup de cœur !  Lire la suite

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Nosaka aime les chats, Nosaka Akiyuki, éditions Philippe Picquier

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Dans son pavillon tokyoïte, Nosaka se livre à l’observation de ses chats qui cohabitent avec un husky, ainsi de nombreux oiseaux et crapauds dans le jardin. Il apprend à leur contact, repart dans ses souvenirs et philosophe sur les enseignements que ces êtres délivrent au quotidien.

J’ai une passion très prononcée pour les chats (qui ne détrônent cependant pas les koalas) et chaque fois qu’un roman semble leur être dédiée, je suis attirée par sa lecture. Lire la suite

La vie en gris et rose, Takeshi Kitano, éditions Philippe Picquier

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Takeshi Kitano, c’est le grand réalisateur, l’acteur de cinéma, l’artiste-peintre, l’humoriste. Mais c’est aussi un écrivain. Et quand il nous raconte ses souvenirs d’enfance dans le Japon d’après-guerre, il le fait avec sincérité en peignant son portrait de famille avec toutes les couleurs de la vie…

A cœur ouvert, Takeshi Kitano livre ce qu’il a gardé en mémoire de ses années en culottes courtes : la pauvreté du fils d’artisan méprisé par beaucoup de ses camarades, l’alcoolisme d’un père qui frappe faute de trouver les mots pour s’exprimer, l’espoir d’une mère qui veut le faire étudier quand lui aurait voulu éternellement jouer. Les joies de la cour de récréation, des après-midi avec les copains, les peines, les jalousies, l’imagination débordante des enfants qui avec une toupie, deux branches et trois brins d’herbe savaient s’occuper toute une journée.

Comme le titre l’explique, sa vie n’est vraiment pas toute rose, mais elle n’est pas non plus toute grise. C’est peut-être le propre de ses années innocentes d’oublier rapidement les malheurs pour passer à autre chose, même si ces souvenirs resurgissent avec beaucoup de violence bien plus tard. Gris et rose, c’est tout de même une palette des tonalités de la vie intrigante…Sachez qu’il s’agit des couleurs avec lesquelles son paternel peignait les maisons de ses clients, au gré de la disponibilité. Mais je n’en dévoile pas plus, l’histoire vaut le coup d’être lue !

Beaucoup de douceur, d’émotions se dégagent des mots employés par Takeshi Kitano. A aucun moment, il ne juge la vie qui a été la sienne, le contexte dans lequel il a grandi. Sans amertume, il en parle avec simplicité et s’adresse directement au lecteur, si bien qu’il crée une intimité touchante avec nous. L’enfance détermine beaucoup notre sensibilité d’adulte selon l’auteur. La sienne explique au moins autant son talent que sa créativité, l’attachement au détail et la présence à l’autre qui se dégagent de lui.

La vie en gris et rose est un petit livre qui nous ouvre une porte sur la connaissance de l’auteur. J’aime beaucoup ses films, il m’a souvent fait rire, notamment dans Kikujiro no Natsu et c’est un plaisir d’en apprendre plus sur lui. C’est une promenade bien agréable en sa compagnie, où la présence de dessins enfantins vient prolonger la résonance de l’histoire racontée,  tout en en disant long sur les enfances japonaises de l’époque.

La Maîtresse des épices, Chitra Banerjee Divakaruni, éditions Philippe Picquier

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Tilo est une maîtresse des épices. C’est du moins ce que les habitués de sa boutique d’Oakland connaissent d’elle. C’est au prix d’un dévouement total à sa fonction que le savoir ancestral lui a été transmis. Mais quand les tréfonds de la personnalité de Tilo ressortent, que le désir vient frapper à sa porte, elle prend le risque d’enfreindre les interdits…

Un titre mystérieux, qui éveille mes goûts, ma vue, laisse mon imagination se balader sur les étals chatoyants et exotiques de mes souvenirs, ces épices palpables mais vulnérables sous nos doigts, qui laissent leur empreinte, leur couleur sur nous et viennent caresser le monde de leur chaleur. Une invitation à partir vers cette destination inconnue… Je m’embarque et La Maîtresse des épices se révèle être un séjour bien étrange et envoûtant, qui débute comme un livre mystique, empreint de magie, de connaissances anciennes, de pouvoirs surnaturels et se transforme peu à peu en roman d’amour.

Chaque chapitre porte un intitulé d’épice différent, qui donne le ton. On nous introduit à une note de tête, une saveur et une odeur et on nous initie aux propriétés du curcuma, de la cannelle, du gingembre, du cumin. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce roman n’a pas vocation à nous donner un cours magistral sur les épices. On les parsème au fil du cheminement de Tilo, dans son passé, son présent, ses espoirs pour le futur. Tilo ne nous raconte pas sa vie d’un seul bloc. Comme sa boutique qui recèle des trésors pour qui sait regarder, elle nous emmène en balade avec elle et nous fait découvrir, aux détours des allées de sa pensée, le parcours qu’elle a mené. On découvre l’enfant adulée et redoutée quand elle se découvre des pouvoirs attirant les foules de régions éloignées à sa porte. Elle nous dévoile l’orgueil, la vanité l’habitant dès lors, son kidnapping par des pirates qui l’érigeront en reine. Et puis, la renaissance sur l’île sacrée, où la Première Mère domptera son caractère, la menant vers sa troisième vie en tant  que maîtresse des épices. Dès lors, elle choisira de s’appeler Tilo, qui évoque notamment « til », le sésame, mais parce qu’il fait aussi référence à la plus belle des danseuses de la cour d’Indra.

Guérisseuse, thérapeute sondant le cœur des nombreux compatriotes indiens qui viennent la trouver, Tilo exerce son don pour prescrire, parfois à leur insu, l’épice qui insufflera un peu de réconfort dans leurs vies. Mélanges, incantations, elle communique et manipule avec aisance ces épices qui en font tout autant avec elle. Ces chers condiments présents dans nos étagères se dotent d’une personnalité, de facettes multiples et tout comme nous sommes faits d’un corps matériel et spirituel, elles sont faites de saveurs et de forces médicinales, elles ravissent nos palais et enchantent nos âmes, quand elles sont bien utilisées. Et finalement, c’est en racontant la vie des autres, ceux qu’elle soigne, qu’elle aide de son mieux, avec discrétion et effacement, qu’on apprend à mieux la connaître. Avec ses qualités et ses défauts, ses regrets et ses doutes. La vie de ceux qui l’entourent vient s’entremêler dans le récit, le ponctue et l’enrichit. Les vies heureuses comme malheureuses et les solutions que Tilo tente de trouver en se plongeant dans les pensées des êtres apportent une musicalité particulière à l’oeuvre. Douceur, amertume, acidité, aigreur : adjectifs des saveurs répondant aux sentiments des enfants, femmes tour à tour battues, rejetées, ou riches et épanouies, grand-père qui ne comprend pas ce continent américain si loin de ses traditions indiennes. Tous ces portraits s’agencent et offrent par-là même des témoignages variés, qui m’ont ému. Ils apportent également une perspective différente sur la communauté indienne, qui évolue plus que l’on ne croit : l’auteur confronte la modernité et les coutumes, met en scène des femmes qui refusent de se soumettre au carcan bien établi de leurs prérogatives.

Il y a une douce poésie dans ce livre, une déférence envers la Nature qui m’a touchée, et pourtant, au moment où j’écris, je ne peux m’empêcher de ressentir une pointe de frustration en repensant à cette lecture. Difficile à analyser réellement, mais je pense que ce qui m’a le plus dérangée, c’est que j’espérais que davantage de place serait consacrée à l’apprentissage du rôle des épices. Bien sûr, on apprend beaucoup d’informations sur certaines d’entre elles, mais d’autres nous échappent. Curieuse comme je suis, une part de moi espérait probablement en savoir encore et toujours plus.

Mais à partir du moment où le jeune Raven, américain auréolé de mystère, entre dans la boutique de Tilo, le récit prend un tournant radical où les épices jouent le rôle de garde-fou et prennent même une dimension autoritaire, révèlent leur susceptibilité et leur pouvoir, éveillent notre respect. L’auteur excelle par ailleurs à nous faire frémir, à nous donner l’impression que nous aussi nous leur parlons, on se prend au jeu. Raven voit la vraie Tilo sous son masque de vieille femme et il tombe sous son charme.  Il y a en effet, en filigrane du récit, toute une réflexion sur l’apparence, la notion de la beauté, qui sans porter de jugements nous fournit les clés pour apprendre à regarder au-delà des masques parfois trompeurs.

Raven prend graduellement une part grandissante dans les pensées de Tilo et on est dès lors pris dans un tourbillon émotionnel qui donne l’impression d’avoir changé de livre. Je pense au fond que le tournant de l’histoire n’était pas celui que j’attendais et peut-être que c’est aussi cela qui m’a étonnée, moi qui m’étais probablement déjà imaginé la suite. Au fond, tant mieux, l’auteur a réussi à me surprendre et j’ai apprécié jusqu’à la dernière ligne le récit, le style et le sens du texte.

Les messages que ce livre nous fait passer sont tellement vrais et pourtant, nous avons parfois tendance à les égarer dans notre quotidien : la vie peut prendre un nouveau virage à chaque instant, rien n’est immuable. Le temps est précieux et il faut le consacrer à aimer, à apprécier chaque jour le miracle de la vie, tendre la main à ceux qui nous entourent. Car en partageant, on fait grandir le bonheur. Un geste, un regard peut apporter un peu de bien-être à autrui, et à nous en retour. Rien que pour ça, la lecture en vaut le détour.

Si vous êtes un profil très rationnel pour qui toute évocation de phénomènes surnaturels vous hérisse le poil, ne plongez définitivement pas votre nez dans ce livre, car ils constituent l’essence de la narration. Autrement, entrez dans le monde des épices, partez à la découverte de leurs vertus, allez au-delà des certitudes. Ce livre irradie de valeurs positives : partage, don de soi et agrémentées d’un zeste de mystère et de magie. Vous en ressortirez apaisé et plein d’entrain, l’âme enrichie.

Aux fruits de la passion, Daniel Pennac, éditions Gallimard

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Dans la famille Malaussène, je demande Thérèse, la soeur. Et oui, c’est elle le personnage principal de la tribu dans ce tout dernier épisode. Qu’a-t-elle fait pour mériter ça ? Notre voyante est amoureuse ! Elle, la vestale qui lit aussi bien dans les lignes de la main que dans le marc de café s’est éprise d’un homme. Et comme personne ne fait jamais rien comme tout le monde dans cette famille, c’est à Marie-Colbert de Roberval, un énarque doublé d’un aristo qu’elle décide de donner sa main. Et pour qui elle accepte de perdre son don, une fois le mariage consommé. Benjamin sent qu’une fois encore les ennuis vont frapper à la porte du clan. On aimerait lui donner tort. On aimerait contredire son réalisme frappant…

Je poursuis ma découverte décousue de la saga Malaussène, dont j’avais déjà écrit un article sur le premier tome, Au Bonheur des Ogres. J’en ai lu plusieurs autres, avant d’ouvrir mon blog, mais comme cela fait un moment, je me contente d’écrire sur les plus récentes lectures, pour lesquelles les impressions sont les plus fraîches.

La saga Malaussène comprend plusieurs constantes agréables que j’ai retrouvé ici : ça se lit vite (ça se dévore en une seule fois plutôt !), c’est drôle, jalonné de situations désopilantes, on retrouve notre Belleville et la troupe pimentée entourant les Malaussène. Et on peut tous les parcourir dans le désordre sans se sentir perdu dans la compréhension globale des rouages familiaux et des événements passés, ce qui est franchement appréciable.

Dans ce roman, c’est donc la figure de glace, discrète et effacée de Thérèse qui occupe le rôle majeur et dont tout un nouveau pan de la personnalité se dévoile. Ce qui est plutôt déroutant car on s’était habitués à la mystique l’auréolant. Mais ce n’est pas plus mal, ça apporte un coup de fouet à ce portrait de famille qu’on commence à bien connaître et qui à force pourrait nous jouer le coup de la vieille tante radoteuse.

L’intrigue est plutôt bien tournée sans trop sortir cependant des sentiers battus. Le très étrange Marie-Colbert est au cœur d’affaires louches où la pauvre Thérèse va être mêlée et où le trouble va lui faire perdre jusqu’au bon sens que les astres lui ont conféré ! Mais je ne vous dévoile rien de plus, sinon je vais vous gâcher le plaisir.

Encore une fois, la plume de Daniel Pennac est pleine de tendresse, d’humour, le récit coule comme des belles vagues qui nous bercent et nous emportent loin de la réalité, avec parfois une plus forte qui nous réveille et ravive notre concentration.
Mais ce n’est pas le meilleur de la série. J’ai conscience qu’en raison de l’excellence des volumes précédents, mes attentes étaient en conséquence très élevées. J’y ai trouvé moins d’inspiration que dans les précédents. Si je veux faire dans la métaphore poétique (rien à voir avec le sujet, mais c’est pas grave), quand on est habitué à de délicieux alexandrins, on est légèrement surpris et on se délecte moins de décasyllabes, même s’ils sont très bons.

Ca reste une lecture digne de ces fameuses retrouvailles en famille qui apportent leur lot de nouvelles, de rires et de « ça n’a pas changé décidément ». Que vous soyez déjà connaisseur des Malaussène ou pas, Aux fruits de la passion se parcoure avec plaisir et légèreté, comme une mangue bien juteuse en cette belle saison !

Khadija, Les Femmes de l’Islam, tome 1, Marek Halter, éditions Robert Laffont

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Dans La Mecque préislamique, Khadija bint Kowaylid est une riche veuve, femme d’affaires prospère qui doit se remarier pour maintenir son rang dans une société régentée par les hommes. Refusant toute alliance par intérêt, elle va épouser un de ses caravaniers, Muhammad ibn ‘Abdallah, homme pauvre et sans instruction. En dix ans, elle va non seulement lui permettre de se hisser auprès des plus puissants de la mâla, mais former avec lui un couple exceptionnel qui traversera de nombreuses épreuves. Et quand l’ange Gabriel lui apparaît, elle sera la première à lui dire : « Moi. Moi je te crois », posant la pierre fondatrice de l’Islam…

Marek Halter est un écrivain très connu et dont on a beaucoup entendu parler pour ses ouvrages rendant hommage aux femmes et à leur rôle dans la fondation des monothéismes. Après une trilogie consacrée au christianisme (La Bible au féminin), il nous en offre une nouvelle, cette fois dédiée à l’Islam. Le premier volume prend pour figure principale la première femme de Muhammad, amené à devenir le Prophète de cette religion.

J’ai eu le privilège de rencontrer hier soir Marek Halter, pour échanger autour de ce livre. L’auteur est passionnant, touchant et l’homme l’est tout autant. Communicatif, chaleureux, intelligent, porteur de messages de paix et de tolérance, érudit et très accessible, il m’a vraiment impressionnée ! Deux heures avec lui sont passées à la vitesse de l’éclair et j’avais envie qu’il continue de nous parler de ses recherches, de sa volonté active d’œuvrer pour la paix au Moyen-Orient, de son parcours, de ses découvertes pendant qu’il préparait Khadija.

J’ai parcouru les 340 pages qui composent ce livre en moins de deux soirées. La plume de Marek Halter reflète le portrait que je viens juste de vous livrer de l’auteur : on nous entraîne dans un récit vif, composé de chapitres relativement courts qu’on souhaite enchaîner sans s’arrêter. Une fois le livre refermé, on aimerait pouvoir tout de suite commencer le second volume et pour moi, cela signe la réussite de l’auteur à captiver durablement notre attention et notre intérêt. Les ingrédients concourant à nous passionner autant par ce roman historique sont au fond assez simples : l’écrivain a pris le temps de bien se renseigner sur l’époque, les lieux, les personnages historiques, les coutumes et habitudes alimentaires, l’économie (un an de recherche nous a-t-il dit !) et il s’est tant et si bien imprégné de ces connaissances qu’il nous les transmet avec une fluidité magistrale. Quand j’étais étudiante en Histoire, j’avais eu l’opportunité de suivre pendant tout un semestre un cours sur l’Islam médiéval avec Mr Gabriel Martinez-Gros, qui m’avait passionné car ce professeur savait nous transmettre de la même manière un savoir immense sans jamais tomber dans l’écueil de la simple récitation. J’ai retrouvé avec plaisir ce monde du haut Moyen-Âge oriental avec Marek Halter.

L’auteur nous plonge avec délice dans l’univers de ces terres et de ce siècle. Il nous emmène en balade dans l’ambiance exaltée de La Mecque, nous fait ressentir la dévotion des êtres priant leurs 360 idoles entourant la Pierre Noire de la Ka’bâ, on traverse nous aussi les dunes arides du désert et nous entendons le silence, puis le vent balayant ses contrées hostiles. La description de la vie de cour de Khadija, les mets savourés, les jeux des enfants, les traditions d’hospitalité mais aussi les trahisons, coups bas, les intrigues viennent nous plonger totalement dans la vie de l’époque, et met tous nos sens et émotions en éveil. On savoure d’autant plus l’atmosphère car Marek Halter manie anecdotes et détails en les intégrant dans une trame globale extrêmement bien construite, qui permet de densifier le récit.

Lors de la rencontre, il a souligné un point qui est très important à mon sens : celui des personnages fictifs, qui accompagnent ceux ayant réellement existé. Ces premiers apportent selon lui (et je suis entièrement d’accord), de l’épaisseur au récit historique et nous permettent de nous identifier au récit, ainsi qu’aux figures de l’Histoire. Et ils viennent dans ce récit renforcer la présence et la personnalité de Khadija et de Muhammad, en soulignant certains aspects de leur vie. Ashemou et Barrira, deux servantes de Khadija, par exemple, permettent de mettre en avant les doutes, les peurs et les craintes de leur maîtresse, en tant que femme qui se livre, à l’abri des regards qui guettent la moindre faiblesse de sa part.

Second point qui a également retenu mon attention : l’importance du détail, qu’il soit psychologique ou physique. Marek Halter nous a expliqué que c’est souvent cela qui reste en mémoire et permet de se rappeler d’autant plus le récit. Le cousin Waraqà, sage, érudit, possédant les rouleaux de mémoire des Anciens, a une jambe plus courte provoquant une démarche claudicante le rendant reconnaissable entre mille. Simple détail ? Peut-être, mais en attendant, je me souviens de beaucoup de passages du livre où il se trouve grâce à cela ! Surtout que c’est lui qui instruira Muhammad avec ses manuscrits sur les prophètes du judaïsme et du christianisme, qui ébranlera ses croyances, notamment autour de la Ka’bâ et des deux principales idoles de La Mekka, Hobal et Al’lat.

Passons à l’un des points essentiels et fil conducteur de ce livre : Khadija, et plus globalement, les femmes et leur rôle. Khadija, c’est une femme moderne. Elle veut bien se remarier, mais n’être ni la seconde épouse, ni voir son mari entourée de concubines, une norme à l’époque. De plus, elle veut faire un mariage d’amour. C’est une business woman avant l’heure, qui dirige sa maisonnée avec autant de poigne que ses oncles et cousins le font avec les leurs. Quand la peste s’abat sur la ville, elle est la seule puissante à rester, à essayer de trouver une solution, à injecter de l’espoir parmi la population. Un mot de l’auteur m’a beaucoup touchée. A un certain moment, il a dit que quand il s’agit d’une question de vie ou de mort, les femmes sont plus intuitives et plus efficaces que les hommes pour prendre une décision…L’avenir donne raison à Khadija : elle ne fuit pas et gagne ainsi d’autant plus le respect des habitants de La Mekka quand le mal est vaincu. Son amour avec Muhammad témoigne d’une grande force de caractère pour l’époque. Il ne faut pas oublier qu’il y avait 15 ans d’écart entre eux deux et que Khadija a déjà 40 ans quand elle épouse le jeune Muhammed (que l’auteur a ramené à 35 ans dans le livre). On comprend que ce n’est pas un mariage d’intérêt car Khadija veille à d’abord sonder le coeur de celui-ci avant de lui accorder sa couche. Et il lui restera fidèle et monogame jusqu’à ce qu’elle meurt, même quand elle l’enjoint à prendre une maîtresse pour avoir des fils. Marek Halter dresse le portrait d’une femme pleine de conviction, à la fois mère, amante, épouse et dirigeante. Vu depuis ses yeux, on découvre Muhammad avant qu’il ne devienne prophète et cela offre une angle particulier, bien qu’évidemment teinté de romance. On découvre ici des femmes fortes, notamment ses cousines, bien loin de l’image effacée et simplement soumises aux hommes. Bien évidemment, tout n’était pas rose, les femmes n’avaient aucun pouvoir politique. Mais Khadija contourne la règle en imposant Muhammad, droit et honnête, à l’écoute, comme l’une des figures prépondérantes de la mâla – où les clans mènent leurs querelles de faction, s’allient et s’opposent continuellement – prouvant que derrière un grand homme, il y a souvent une femme.

Khadija, pourrait-on penser, il doit y en avoir des tonnes et des tonnes d’écrits sur elle ? Pas du tout ! L’auteur m’a étonnée quand il nous l’a dit mais très peu de choses ont été rédigées sur elle, c’est une figure historique que beaucoup connaissent de nom (et les musulmans en particulier) mais dont la vie est ignorée. Comme Marek Halter le dit, les femmes sont encore trop à la marge de l’Histoire, et on ne peut que le remercier grandement de réparer cette injustice au travers de ses romans.

Enfin, la question religieuse n’est pas centrale dans ce volume puisque la révélation n’intervient que dans les dernières pages. Tout au long du volume, on évolue dans le culte qu’on pourrait dire païen et animiste qui régente jusqu’alors la vie de La Mekka, mais pas seulement. Zayd, le fils adoptif de Muhammad, est lui croyant en un dieu unique, Christus. Loin de tout prosélytisme, Marek Halter délivre un beau message de tolérance. En racontant l’histoire de l’Islam depuis le regard des femmes, il les met à l’honneur et comme l’origine de la vie humaine vient du ventre de la femme, il raconte l’origine de nos religions en les prenant comme piliers fondateurs.

En ces temps de guerres religieuses, de montées des tensions, Khadija et Marek Halter viennent apporter leur pierre à l’édifice de la paix. Et comme il l’a mentionné très justement lors de notre rencontre, retracer les origines de nos religions, c’est revenir à la source de nos comportements, pour mieux les comprendre et arriver ensemble à vivre mieux. Et pour finir, je citerai une de ses phrases que j’ai pris le temps de noter « Si le monde doit changer – et il doit changer ! – cela passera par les femmes ».

C’est un très long article que celui-ci mais Marek Halter est un excellent conteur, un être exceptionnel, de ceux qui laissent durablement une empreinte sur nous et qui nous donnent envie de parler des heures durant de leur travail. Il m’a énormément appris par ce livre ainsi que lors de notre échange. Je vous recommande fortement la lecture de Khadija, tant pour l’histoire – la petite et la grande – que pour les messages qui en ressortent, les connaissances qu’elle vous apportera et la qualité de ce récit qui fait vivre le lecteur au pays des Mille et Une Nuits. J’attends de mon côté le second volume, où Fatima Zhara sera à l’honneur, avec impatience.

Je remercie chaleureusement l’auteur, les éditions Robert Laffont et Babelio pour ce très beau moment en leur compagnie et pour cette très belle lecture.

Madame Pamplemousse et ses fabuleux délices, Rupert Kingfisher, éditions Albin Michel Jeunesse

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Comme chaque été, Madeleine est contrainte d’aller travailler au Cochon Hurleur, l’ignoble restaurant de son oncle, Monsieur Lard, qui porte bien son nom ! Un beau jour, au détour de ses emplettes, elle va découvrir l’épicerie de Madame Pamplemousse : un lieu magique où accompagnée de son chat Camembert, elle concocte les mets les plus insolites que l’on puisse s’imaginer. Qui est donc cette étrange dame ? Madeleine va s’attacher à le découvrir…

Il y a des livres qui m’attirent autant pour la promesse de leur contenu que leur contenant. Madame Pamplemousse en fait partie. Quand je suis tombée en librairie sur cette couverture pétillante, pleine de couleurs et qu’en le feuilletant j’ai aperçu toutes ses illustrations en noir et blanc, j’ai aussitôt été séduite par leur fraîcheur et leur vivacité. La lecture de la quatrième de couverture m’a convaincue de passer à l’acte d’achat ! Et je n’ai pas été déçue…

Reprenant le schéma traditionnel des contes avec une héroïne, ici malicieuse et malheureuse (au début), un méchant, des personnages fantastiques, Rupert Kingfisher réussit à mettre en place une histoire drôle et attachante, avec une imagination débordante. Rendant hommage à l’univers de la cuisine et de la gastronomie, les expérimentations diverses et infinies qu’on peut tenter, ce livre alterne entre l’absurdité, le régal et l’éveil des papilles, mais aussi, par moments, le dégoût, notamment quand certaines recettes loufoques nous sont décrites, ou quand Monsieur Lard vante sa carte qui s’apparente davantage à un dépotoir qu’à un menu…Vous l’aurez compris, l’auteur joue avec nos goûts et nos émotions.

Le rythme dynamique de ce livre nous maintient en haleine et les rebondissements permettent de se plonger avec délectation dans les aventures que vit Madeleine, qui ne va pas s’ennuyer, c’est le moins qu’on puisse dire. On nous emmène dans un Paris rétro, un peu idéalisé parfois, toujours avec des yeux d’enfants. On se balade dans les rues, les recoins cachés et tel un détective, on se prend au jeu de l’enquête : qui est Madame Pamplemousse, qui est Camembert, ce drôle de chat qui marche sur deux pattes et se régale d’un bon verre de vin le soir venu avec sa maîtresse ? Le critique gastronomique, Monsieur Langoustine,  si effrayant d’apparence est-il aussi cassant que ses pinces semblent l’annoncer ? Arrivera-t-elle à déjouer les complots de son oncle jaloux du talent de Madame Pamplemousse et prêt à tout pour lui voler ses recettes ?
Oui, décidément, Madeleine va de surprise en surprise et nous avec !

Abordable dès l’âge de 9 ans, cet ouvrage, au-delà du récit, offre un beau message : faire confiance à son imagination et la mettre au pouvoir de la réalisation de ses rêves. Il a tout pour plaire et donne envie de s’attaquer aux volumes suivants pour en apprendre plus sur ces bien curieux personnages ! Vous n’aviez tout de même pas cru que Rupert Kingfisher vous dévoilerait tout dans ce premier tome  ?

Vieux, râleur et suicidaire, la vie selon Ove, Fredrik Backman, éditions Presses de la Cité

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Depuis la mort de sa femme Sonja, Ove, connu dans tout son lotissement pour être plus intéressé par la surveillance du quartier que par la convivialité entre voisins, n’a pas le moral. Quand il est mis à la pré-retraite, c’est le coup de massue final qui le pousse à envisager le suicide. Il va désormais être animé par un seul objectif : quitter ce monde « dont il ne comprenait plus la langue ». Mais c’est sans compter sur Parvaneh, sa nouvelle voisine, et un chat, qui sans le savoir vont à chaque fois perturber ses plans, pousser le râleur à les aider et à retrouver une certaine joie de vivre…Non sans se prendre quelques coups de griffe au passage !

3 raisons vous lesquelles je vous recommande de vous plonger dans cette lecture :

1. Ca fait vraiment du bien. Une lecture qui nous fait rire, qui nous émeut parfois, une lecture qui est teintée d’espoir, qui nous rappelle qu’en regardant bien autour de nous, il y a toujours une nouvelle porte qui s’ouvre quand une autre se ferme.

2. Il y a un chat, qui pour le coup est exceptionnel (vous ne connaissez pas encore ma passion pour ces félins ? Allez voir ici, , ou encore là-bas, sans oublier celui-ci). 

3. Ce livre développera votre compréhension et votre compassion avec vos voisins et les personnes plus ou moins âgées (ou pas).

La première impression que j’ai eue en parcourant ce livre est qu’il me faisait penser à un autre que j’avais adoré : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Ce dernier se passe aussi en Suède, mais cette fois Ove est une personne pas si âgée que ça, au caractère bien trempé également. C’est essentiellement l’utilisation d’un style assez proche qui m’a marquée. On retrouve au niveau de la narration un principe assez identique qui nous fait passer un chapitre sur deux dans le passé du personnage principal et nous permet de le décrypter davantage au fur et à mesure qu’on avance dans le récit. L’humour est assez similaire : ironique par moments, désopilant à d’autres. Et surtout, de la même manière, on s’attache à ce papy, qui, derrière les ondes grincheuses qu’il dégage, a un grand cœur une fois qu’on apprend à le connaître.

On est mis très vite dans l’ambiance, ça démarre fort : dès les premières pages, on fait face à un Ove plus que remonté contre un vendeur qui essaie de lui refourguer un Ipad. On sait dans quelle lecture on s’engage.

Ove, c’est le voisin, le grand-père, l’inconnu qu’on a tous croisé au moins une fois dans notre vie et qui derrière ses airs bourrus cache une grande générosité, même s’il ne l’admettra jamais. Avec son visage fermé, sa mauvaise foi, ses coups de gueule contre ces imbéciles qui achètent des voitures étrangères, contre la bécasse qui laisser sa « serpillère sur pattes » se soulager sur son jardin, on rit et on lui découvre des facettes bien cachées qui donnent du pep’s à ce récit aux multiples rebondissements. Tous ceux qui gravitent autour de lui l’empêchent non seulement de rejoindre Sonja, mais l’obligent à leur porter secours, à faire marcher son imagination pour déjouer les complots de l’administration, à jouer au baby-sitter et au héros… La goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase ? On lui refile dans les pattes un chat qui doit en être à sa huitième vie. Un chat qui a au moins autant de personnalité que lui, qui est au moins aussi buté et indépendant. Autant vous dire qu’ils vont devoir mutuellement s’apprivoiser, pour le meilleur et pour le pire.

Ove porte un regard sans concession sur le microcosme que représente son lotissement. Il dresse un portrait bien tranché et très drôle de cette société qui a perdu le bon sens, où l’on vous propose d’acheter des ordinateurs sans clavier, à un prix exorbitant, où des consultants en informatique à chemises blanches ne sont pas fichus de monter sur une échelle sans se casser la jambe, où un obèse vous explique qu’il développe des applications mobiles, ce qui pour Ove n’est qu’une manière de dire qu’il ne fiche rien de ses journées. Il ne sait peut-être pas vraiment ce qu’est « Inter-né » mais lui au moins, il sait réparer un moteur de voiture et ne s’en laisse pas conter par ce « faux policier » qui veut lui faire payer le parking à l’hôpital. (Mal)heureusement pour lui, Parvaneh a bien cerné le personnage. Avec tendresse et parfois autorité, elle et ses deux filles vont le faire sortir de sa grotte pour lui prouver que dehors il y a de la lumière. Au final, on chemine tant pour avancer dans le récit que pour voir l’évolution d’Ove, la tribu toujours plus large qu’il va fédérer autour de lui.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette lecture, c’est tout l’enthousiasme et la joie de vivre, l’optimisme qui forgent la trame du récit et nous inspirent. En abordant des thèmes lourds (la dépression, le handicap…), l’auteur réussit à faire passer un message d’espoir : apprendre à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, à regarder le futur comme un horizon d’opportunités plutôt que le passé comme un idéal disparu.

Dernier point, petit détail qui a son importance : bravo pour la couverture qui est hilarante et donne le ton !

Je ne vous en dis pas plus, vous l’aurez compris, Fredrik Backman signe ici un roman qui se veut résolument positif et nous permet d’aller jusqu’à se dire que des râleurs comme Ove, on en veut bien !
Merci à Babelio et aux éditions Presses de la Cité pour ce chouette partenariat !

Manuel de survie à l’usage des incapables, Thomas Gunzig, éditions Au diable vauvert

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Dans un futur plus ou moins proche, dans un monde où le capitalisme et le matérialisme semblent toujours aussi bien installés dans le canapé confortable de notre civilisation occidentale, nous évoluons tout en restant humains…On n’atteint pas encore les X-men, mais on peut faire croiser nos gênes avec celles d’animaux. Tout change, mais rien ne change, la société consumériste triomphe toujours et le supermarché sert de décor de fond pour planter l’intrigue totalement renversante de Thomas Gunzig. Lire la suite

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